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La banque du Vatican se veut vertueuse

le 19 Juillet 2012 à 10:38 | Lu 430 fois

Elle s'est soumise à des experts européens pour en finir avec les soupçons de blanchiment.


La banque du Vatican se veut vertueuse
Soulagement, hier à Rome, la fameuse banque du Vatican a obtenu la moyenne à l'examen qu'elle a souhaité passer pour être certifiée comme un établissement ne pratiquant pas le blanchiment d'argent sale. Mais les experts de l'institut de contrôle européen, Moneyval, venus à deux reprises cet hiver pour contrôler, à sa demande, l'Institut pour les œuvres de religion (IOR) - vrai nom de cette banque religieuse - appellent à de nouvelles réformes techniques pour éviter tout risque de transit d'argent suspect. Elles devraient être mises en place dans les mois qui viennent. Après un autre contrôle Moneyval formulera en juillet 2013 un avis qui pourra être définitif.

Hier, lors d'une conférence de presse, Mgr Ettore Balestrero, sous-secrétaire chargé des Relations avec les États, a donc promis de «renforcer» le règlement interne de cette banque particulière. Elle gère 33.000 comptes, réservés aux congrégations religieuses, diocèses, évêques, prêtres et religieuses, du monde entier pour un montant approchant six milliards d'euros. Pour lui, ce premier contrôle n'est pas «la fin mais une étape de notre engagement pour conjuguer l'engagement moral et l'excellence technique». L'objectif est de devenir, en matière financière, un «partenaire fiable de la communauté internationale».

De fait, les experts ont reconnu que «le Saint-Siège avait beaucoup progressé en très peu de temps». Ils ont constaté que «bon nombre» de procédures visant à écarter le blanchiment d'argent sale étaient déjà «formellement en place». Ainsi, sur 16 recommandations retenues comme «essentielles» en ce domaine, la banque du Vatican en satisfait 9.

Deux affaires en dix ans
À l'avenir, Moneyval souhaite, en particulier, que cet établissement soit «supervisé de façon indépendante», car il doute que l'autorité de contrôle interne - l'autorité d'information financière (AIF), créée en décembre 2010 à la demande de Benoît XVI - ait suffisamment de pouvoir pour assurer la maîtrise de toutes les opérations. Notamment celui de mener des inspections.

Autres recommandations: mettre en place des critères encore plus stricts pour définir les personnes physiques ou morales qui peuvent «avoir le droit d'ouvrir un compte». Enfin, mieux signaler aux autorités internationales des transferts d'argent qui pourraient paraître «suspects».

L'insistance sur ces derniers points pourrait donner l'impression que la banque du Vatican aurait pu être un lieu ordinaire de recyclage. Deux affaires de ce genre ont été effectivement référencées ces dix dernières années car elles ont fait l'objet d'enquêtes de la magistrature italienne. On retrouve, à chaque fois, une même technique: en abusant de la confiance d'un prêtre ou d'un prélat, des mafieux ont fait transiter à l'insu de ces religieux des sommes d'argent sur leur compte à l'IOR.

Deux affaires de trop pour Benoît XVI. Il a donc exigé que la banque du Vatican devienne un établissement «irréprochable». D'où l'engagement de cette procédure de contrôle. D'où, également, le recrutement, il y a moins de trois ans, d'un banquier extérieur, Ettore Gotti Tedeschi, pour mener à bien cette réforme.

Mais limogé en mai dernier, ce professionnel reconnu semble avoir payé le débat houleux qui a agité le Vatican cet hiver sur le principe même de la transparence de cette banque. Il voulait la pousser plus avant, mais il a rencontré de fortes oppositions. Certains craignaient pour la souveraineté et l'indépendance du Saint-Siège. Moneyval semble toutefois aller dans le sens du banquier éconduit.


Par Jean-Marie Guénois