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La campagne électorale dope le front social

Loin s’en faut, la campagne électorale pour les élections départementales et municipales n’a pas relégué au second plan les préoccupations sociales. Le front social en ébullition constante n’a pas connu de répit avec le démarrage des joutes politiques. A l’évidence, Il a même subi un regain de dynamisme. Les syndicats ont légitimement voulu mettre à profit ce moment de confrontation entre les offres politiques particulièrement diversifiées (2730 listes) pour faire monter les enchères. Et, surtout, crier fort leur désarroi devant ce qu’ils considèrent comme la surdité d’un gouvernement, dont le chef d’équipe a visiblement des soucis plus immédiats que la gestion des affaires de l’Etat.


Rédigé par leral.net le Dimanche 22 Juin 2014 à 09:46 | | 0 commentaire(s)|

En effet, Mme Touré joue son va-tout dans cette compétition déterminante pour son avenir. Les ministres sont aussi en vacance gouvernementale, priés de descendre sur le terrain pour consolider ou sauver leur base politique. Au risque de perdre leur poste au gouvernement. Les directeurs généraux des sociétés nationales et autres entreprises publiques subissent la même pression. Surtout, depuis que le président de la République les a menacés de ses foudres en leur promettant, ni plus ni qu’un limogeage, s’ils perdaient leur fief politique.

Quels interlocuteurs alors pour les partenaires sociaux du monde syndical, si les partenaires politiques ont déserté les bureaux ? Si leurs soucis électoraux sont plus pressants que les impératifs de négociation pour pacifier l’espace social et pérenniser l’activité économique ? La crise scolaire perdure. Elle a pris justement ces derniers jours un tour inquiétant. Les étudiants sont restés fermes sur leur décision de réclamer contre vents et marées le maintien et la généralisation des bourses. Ils ne veulent rien lâcher dans ce qu’ils appellent le « master pour tous ».

Et rien de moins sur l’orientation de l’ensemble des bacheliers laissés en rade. Les étudiants de l’Université numérique ne cachent plus leur courroux devant l’indifférence des autorités. Aucun cours, aucun équipement encore moins la moindre bourse depuis la rentrée … de 2013. Sur ces trois points, le gouvernement n’entend pas non plus bouger. Il continue d’invoquer des soucis de trésorerie pour justifier le retard dans le paiement de certaines bourses.

Radicalisation estudiantine

Et surtout, il cherche légitimement à auditer le système d’octroi des bourses dans lequel il soupçonne l’existence de fraudes massives, de paiements immérités et quantité de bénéficiaires illégitimes. Sur ce point, il se heurte à un refus catégorique des étudiants qui craignent un faux-fuyant et une chasse aux sorcières. Le plafonnement de l’octroi des bourses aux étudiants de moins de trente ans est source de mésentente. Sans doute aussi, l’ouverture systématique du master à tous les étudiants reste un point d’achoppement essentiel dans les discussions. Il est vrai que, sur ce point, les étudiants se raidissent de manière irraisonnable. Car ni les moyens matériels et financiers, ni les ressources humaines enseignantes et administratives ne permettent une telle perspective.

Cependant, il est regrettable que la sélection se fasse au milieu du cycle et non à l’entrée. Des milliers étudiants titulaires d’une licence professionnelle ou académique vont se retrouver dans la rue, sans travail, parce que le marché de l’emploi est bouché. Et sans perspective de poursuivre gratuitement leurs études. La bourse leur étant coupée, ils se voient ainsi délester de revenus qui apparaissent comme un traitement social du chômage que comme un moyen de faciliter les études. Radicalisation extrême des étudiants : pas d’évolution sur ces dossiers, pas de cours, menacent-ils.

Ministre décrié

Mais le problème pour les étudiants est que cette radicalisation ne fait pas l’unanimité. En fait, c’est principalement dans la faculté de lettres et des sciences humaines où les perspectives sont les plus sombres que la grève est la plus suivie. Dans les autres campus à vocation scientifique et technique, les cours sont à peu près normaux. La sécurité a quitté le campus mais reste aux abords. La violence connaît une certaine accalmie, les étudiants ayant opté pour la violence verbale plutôt que la confrontation physique. Le ministre Mary Teuw Niane, toujours aussi décrié, valse entre ses électeurs saint-louisiens et les étudiants intransigeants.

Dans un autre registre, le syndicat de la justice refuse de déposer définitivement les armes en dépit d’une rencontre fructueuse avec son ministre de tutelle, Me Sidiki Kaba. Même si toutes les deux parties ont reconnu la prévalence d’un malentendu, les risques d’actions syndicales d’envergure ne sont pas exclus. Les syndicalistes ont, il est vrai, renoncé dans l’immédiat à de nouvelles actions de grève mais se disent toujours aussi déterminés à reprendre le pavé. Ils continuent de réclamer la généralisation de l’indemnité de judicature et l’extension des privilèges de juridiction à tout le personnel de la justice.

Mêmes revendications, même réplique gouvernementales, la charge salariale de la généralisation est insupportable. Il serait irréaliste de vouloir l’étendre à toutes les catégories de personnels. D’ailleurs, en son temps, le Garde des sceaux et actuel Premier ministre, avait tenté de supprimer cette prime considérée comme astronomique ou au moins de la réduire, à cause précisément du poids de son incidence financière sur les ressources de l’Etat. Le cinglant niet des syndicats l’avait fait reculer. En tout état de cause, il sera difficile à son successeur d’envisager son élargissement.

Les médecins en alerte

Le mouvement des médecins a été ces derniers jours un feu de paille et n’a pas dépassé les limites d’une alerte. Les toubibs se sont contentés de déposer un préavis de grève d’un mois, en attendant la réaction du gouvernement. Le ministre de la Santé, elle-même ancien syndicaliste, est très au fait du dossier. Elle sait mieux que quiconque en mesurer toute l’étendue de la délicatesse. L’augmentation du salaire des médecins relève d’une complexe problématique. Car, même si leur salaire indiciaire est effectivement bas, ils bénéficient par ailleurs d’autres formes de libéralités, en termes de temps de travail privé, de consultations, de mobilité, qui compensent largement la modicité de leur salaire de base. Puisqu’ils ne veulent pas renoncer à ces juteux privilèges, leur revendication de hausse de salaire devient presque sans objet.

Du reste, la réaction des populations a été très vive contre ce qu’elles considèrent comme des avantages exagérés ou indus. Il y a fort à parier que les hommes en blouse vont privilégier les négociations au détriment de l’épreuve de force. Toutefois, dans les autres corps de métiers, véritables parents pauvres de la santé, la tentation est réelle de rallumer le flambeau du combat syndical pour exiger plus de recrutements et de meilleures conditions de travail. Notamment chez les sages-femmes et les infirmiers, leurs revendications étant portées par les élus locaux qui regrettent l’absence de criarde de personnel soignant dans les centres de santé.

Le même réflexe est constaté chez les enseignants qui n’ont de cesse de réclamer le paiement des primes de transport et de correction. Ils brandissent la terrible menace du boycott des examens du bac prévus au début du mois de juillet. Ils comprennent et acceptent mal ce qu’ils appellent la discrimination dans le paiement. Dans une même localité, des enseignements ont reçu leur dû et d’autres, non. Tandis que dans d’autres villes pas un copeck n’a été versé à un enseignant. A l’approche des examens de fin d’année, ce genre de mouvement fait souvent florès.

Et on comprend toujours difficilement que le gouvernement ne fasse pas preuve d’anticipation, pour éviter des bras de fer ainsi inutiles que nocifs.

Fait assez rare, pour ne pas être souligné, le ras-le-bol du patronat, qui menace de faire un lock-out si le gouvernement ne satisfait pas ses revendications. C’est précisément dans la boulangerie et la meunerie que les patrons veulent faire portes closes pour exiger du gouvernement la renonciation à la baisse de 15 francs CFA du prix de la baguette d’un kilo, qui passerait ainsi de 165 f à 150 f. Ce manque à gagner pour les meuniers et les boulangers se chiffrerait à près de 20 milliards à cause des répercussions immédiates qu’il aurait sur leurs revenus.

Légitimement, le gouvernement a voulu mettre à profit la baisse du prix de la tonne de farine sur le marché international pour l’appliquer au consommateur. Cependant, par le fait de l’impact du prix des transports, seules quatre des 14 régions sont actuellement bénéficiaires de la baisse. C’est l’argument massue que brandissent les boulangers et les meuniers pour dénoncer le caractère inégalitaire de la mesure de baisse et l’impact immédiat sur leur trésorerie.

Revendication et promesses électorales

En cette période propice en promesses électorales, on voit mal comment le gouvernement renoncerait à cette aubaine de communication, alors même que le coût de la vie si élevé est au cœur des débats. Les boulangers n’en ont cure. Ils préfèrent, disent-ils, fermer boutique que de continuer à perdre de l’argent. Seulement, cette mesure engendrerait des pertes d’emplois démentielles, avec des conséquences innommables. Pris entre le marteau de la demande sociale et l’enclume d’une crise sociale forte, le gouvernement semble faire le mort pour laisser passer l’orage.

Le ministre du Commerce, M. Alioune Sarr, ne compte pas transiger au risque de soulever un faux espoir aux conséquences politiques inappréciables. Il joue la montre, le temps de laisser passer les élections pour ouvrir de vraies négociations avec les patrons de la boulangerie et de la meunerie sur le qui-vive, non pas une baguette mais le couteau entre les dents.

Même si cela n’a été qu’un éclair, les retraités ont donné de la voix pendant la campagne. Retard dans le paiement des pensions, mauvaises conditions d’accueil, singulièrement à Thiès. Ils ont manifesté leur mauvaise humeur dans les médias avant qu’une rapide solution ne soit trouvée à leur complainte. Un dysfonctionnement technique qui aurait pu créer une tension supplémentaire, ajoutée à celles manifestée par les populations de Dakar victimes de coupures d’eau et d’électricité.

La SENELEC et la SDE largement mises en cause se sont contentées de plates excuses, évoquant des difficultés de gestion de leur réseau, en jurant d’y remédier. Mais singulièrement, pour l’électricité, cette période caniculaire risque de faire encore beaucoup de vagues au moment où les consommateurs ne sont plus décidés à subir les affres des années passées.

Par Aly Samba Ndiaye

Le Témoin
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