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La capitale habitée par cinq millions d’habitants en 2025 : Dakar, une bombe urbaine et foncière à retardement

A l’horizon 2025, Dakar sera habitée par cinq millions d’habitants. Un dédoublement de la population qui pose la problématique de l’urbanisation et du foncier à Dakar. L’enseignant sénégalais Djibril Diop de l’Université du Québec à Montréal (Uqam) qui vient de publier un ouvrage intitulé «Urbanisation et gestion du foncier urbain à Dakar : défis et perspectives» estime que Dakar est aujourd’hui une bombe à retardement.


Rédigé par leral.net le Mardi 23 Octobre 2012 à 09:41 | | 0 commentaire(s)|

La capitale habitée par cinq millions d’habitants en 2025 : Dakar, une bombe urbaine et foncière à retardement
(Correspondant permanent - Montréal) - Dakar étouffe. L’hypothèse d’une explosion sociale partant de la pression de l’urbanisation et du foncier sera une réalité tangible, si la tendance n’est pas renversée. Le cri du cœur de l’enseignant Djibril Diop chargé de cours à l'Institut d'Urbanisme de l'Université de Montréal au Canada ne sonne pas comme une révolte. Il appelle à une conscientisation collective à partager entre les acteurs étatiques, la société civile et les populations. A travers son livre «Urbanisation et gestion du foncier urbain à Dakar : défis et perspectives», édité par l’Harmattan, l’universitaire présente un tableau catastrophique qui ne présage pas d’un futur urbaniste et foncier heureux. Figurez-vous que Dakar qui ne représente que 0,28 % du territoire national abrite le quart de la population sénégalaise. Les choses vont se compliquer davantage, puisque les projections démographiques à l’orée 2025 révèlent que Dakar sera habitée par cinq millions de personnes. «Une telle situation va provoquer à coup sûr, si la tendance n’est pas renversée, une véritable bombe puisqu’elle pose la question de la sécurité d’une manière accrue. Elle posera aussi la question de l’alimentation de l’eau. Elle devient alors tragique lorsque la complexité foncière s’ajoute à ce méli-mélo», explique le Dr Djibril Diop. Ce dernier note que la capitale, avec près de trois millions d’habitants, constitue la région la plus densément peuplée du pays avec (+ 4000 habitants au km2 contre seulement, 10 au niveau national). Elle se particularise par son taux élevé d’urbanisation (97,2 %), contre 41 % au niveau national.

Le mirage exercé par la capitale sur les villes de l’intérieur du pays fait que Dakar accueille chaque année, entre 80 et 120 mille personnes dans la force de l’âge venant s’ajouter aux demandeurs d’accès aux différents services urbains, dont le logement. L’universitaire d’écrire à ce propos que «l’observateur qui débarque pour la première fois dans la capitale sénégalaise, il a le sentiment d’être au contact d’une ville où les populations sont extrêmement riches, que la pauvreté tant décriée n’est vraiment pas réelle, tant l’image est contrastée. Les belles villas et les immeubles qui sortent de terre et proposés à des prix élevés et trouvent acquéreurs, les autoroutes urbaines et les véhicules de luxe sont partout».

Ces zones qui font courir promoteurs immobiliers, particuliers et Etat

Essayant de comprendre l’acuité du foncier à Dakar, le chercheur axe son travail sur deux zones d’intérêt. La première tourne autour de la zone de Ouakam, Ngor, Yoff. Il note à ce niveau que les enjeux fonciers sont plus importants dans cette partie de la capitale, compte tenu de sa position vis-à-vis de la ville de Dakar. La deuxième, constituée de Malika, Mbao, Keur Massar, fait office de zone d’extension urbaine pour la région de plus en plus convoitée, tant par les promoteurs immobiliers, les particuliers que l’Etat. Pour Djibril Diop «l’hypertrophie actuelle de la ville est la résultante de choix et de stratégies de planification qui se sont surtout manifestés par leur désarticulation. Depuis l’indépendance, les différents choix politiques ont plutôt maintenu le cap et même renforcé les déséquilibres en favorisant Dakar et les régions côtières adjacentes au détriment du reste du pays».

Ce dernier déplore, outre le dédoublement de la population de la capitale d’ici 2025, le manque d’opérationnalité des lois, institutions et organes chargés de la question du foncier de Dakar. Il souligne que le fait que Dakar soit le seul centre urbain du Sénégal a pour conséquence un engorgement expliquant les inondations, la montée des périls comme les violences quotidiennes. «Outre ses équipements commerciaux et touristiques, si depuis quelques années on observe une décentralisation des structures éducatives et de formation à travers le territoire national (Ugb à Saint-Louis, Cur à Bambey, Thiès et Ziguinchor, Ism à Saint-Louis et Ziguinchor, etc.), combien d’universités et de grandes écoles ont été créées dans la région de Dakar dans la même période ? On peut aussi s’interroger sur combien de structures de santé fonctionnent encore ou disposent d’un équipement minimum pour répondre aux sollicitations en dehors de Dakar ?», se demande le chercheur.

Conséquences et perspectives

La difficulté récurrente de gestion des ordures et pollutions diverses, la disparition progressive des espaces publics et des espaces verts, l’occupation anarchique de l’espace et des zones non aedificandi, inconstructibles, le déficit dans la fourniture de l’eau potable estimé à 70 mille m3 par jour constituent les conséquences les plus dramatiques d’une telle situation, selon l’universitaire. Ce dernier, confirmant certaines études, note aussi que les dysfonctionnements observés dans le secteur du transport occasionnent des pertes estimées à 108 milliards Fcfa, dont 63 milliards liés à la pollution, deux milliards aux accidents et 41 milliards Fcfa aux congestions et pertes de temps. Les nouvelles infrastructures construites sous l’ère Wade ne constituent guère la panacée. Le Dr Djibril Diop indique que «la réalisation de l’autoroute à péage est présentée comme une bouée de sauvetage et une alternative crédible contre la congestion à l’entrée et à la sortie de la métropole. Néanmoins, si importante soit-elle, cette dernière risque de ne pas présenter les résultats escomptés compte tenu du prix à payer pour l’emprunter». L’enseignant ajoute que «malgré les ponts, les tunnels et autres nouveaux axes routiers, la circulation n’est toujours pas facile à Dakar. Plutôt, ils ont même contribué, dans certains secteurs de la ville, à accentuer les difficultés de mobilité. Dans ce bouillonnement également moderniste, le système de canalisation des eaux de pluie de la ville est aussi laissé en rade. Ainsi, certains sites comme le Boulevard Général de Gaulle, le rond-point de Colobane au niveau de la Maison du Parti socialiste, les quartiers comme la Médina et Castors, sont facilement envahis par les eaux après une petite averse, rendant presque impossible toute circulation».

Des pistes de solution peuvent être articulées. Djibril Diop de prôner le renforcement de la sécurité foncière avec une révision du régime de la propriété foncière pour faciliter l’accès à la propriété, notamment pour les pauvres, la nécessité de réorganiser l’occupation de l’espace pour mettre fin à l’occupation anarchique. Il souligne aussi la nécessité de mettre en place un système d’information foncière à partir du projet de numérisation du Cadastre avec le Projet d’appui à la modernisation du cadastre (Pamoca) et de Numéro d’identification cadastral (Nicad) à l’image du Numéro d’identification nationale des entreprises et associations (Ninea) ou celui de la plaque minéralogique des véhicules. Ces mécanismes devront être accompagnés d’une nouvelle stratégie de développement urbain pour Grand-Dakar, le désencombrement de Dakar, la construction en hauteur comme la solution, l’extension vers la périphérie et Diamniadio ou une nouvelle capitale.

Abdou Karim DIARRA






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