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La chute de Morsi: Quelle lecture pour l’Afrique ? (Par Ibrahima Séne)

Il est consternant de remarquer encore une fois, l'aveuglement qui s'empare des néo convertis à la Démocratie représentative avec son mythe de respect de la durée du mandat d'un élu.


Rédigé par leral.net le Lundi 8 Juillet 2013 à 13:14 | | 2 commentaire(s)|

La chute de Morsi: Quelle lecture pour l’Afrique ? (Par Ibrahima Séne)
L'entrée récente et massive de nos pays à la Démocratie représentative avec les exigences de tenue des élections à échéance régulière et en toute transparence, a fortement conditionné la conscience politique de l'écrasante majorité des jeunes dans nos pays.

C'est incontestablement une avancée progressiste qu'il faut consolider et défendre bec et ongle.

Cependant, il faut éviter de tomber dans le piège qui voudrait que l'élu, durant son mandat, ne soit comptable de sa politique, de sa gestion et de ses actes devant le peuple qui l'a élu, qu'à la fin de son mandat. Et que durant son mandat, fort du suffrage du peuple, il peut mener une politique aux antipodes des aspirations du peuple qui l'a élu!

C'est ce mythe que les peuples du monde entier sont entrain de briser, en descendant dans les rues pour exiger des comptes en cours de mandat de leurs élus. C'est ce qui s'est passé chez nous, au Sénégal, avec la manifestation populaire de ce 23 juin historique de 2011, avec les "printemps arabes", le mouvement des "indignés" en Europe du Sud, avec le mouvement "occupy Wall Street" aux USA, et récemment, en Turquie à la "Place Taksine" et au Brésil.

Ce sont ces nouvelles exigences des peuples que Morsi, en Egypte, n'a pas su intégrer dans sa politique, jusqu'à braquer son peuple contre lui. Pourtant, le peuple mécontent lui demandait tout juste de rendre compte en remettant son mandat en jeu. Le peuple réclamait des élections anticipées que Morsi refusait, sous prétexte que le peuple devait attendre la fin de son mandat. Morsi, et tous ceux qui s'émeuvent sur son sort semblent oublier, que son Parti, les " frères musulmans" n'a pas initié l'occupation de la "Place Takhrir", et qu'il avait pris le mouvement en marche, et fut même obligé de retirer ses slogans islamistes pour être accepté dans cette révolution démocratique et citoyenne en marche.

C’est différent de l’instrumentalisation du « Printemps arabe » en Libye et en Syrie, par les puissances occidentales, dans leur stratégie de reconfigurer le moyen Orient et l’Afrique du Nord, avec l’appui de l’Arabie Saoudite et du Qatar, pour mieux sécuriser la route des hydrocarbures et l’existence d’Israël, tout en coupant l’Afrique de sa partie Nord, déjà rattachée à un ensemble géostratégique et économique, dénommé officiellement par la Banque mondiale de « Zone Meadle Est/Noth Africa » ou ( MENA) .

Cette stratégie tente de briser l’aspiration profonde des peuples d’Afrique, de voir , un jour, se réaliser l’Unité de tous les Etats et tous les peuples de ce vaste et riche continent, du Nord au Sud, et de l’Est à l’Ouest, que l’Union Africaine (UA) a la charge de matérialiser.

C'est donc ce même peuple égyptien qui avait accepté Morsi et son Parti, les « Frères musulmans » le 25 janvier 2011, qui leur refuse, aujourd’hui, le 30 juin 2013, le tournant islamiste, même modéré, qu'ils ont voulu donner à leur révolution.

Ainsi, en refusant de rendre compte comme le peuple le lui a exigé, Morsi s'est présenté en contre révolutionnaire qui veut confisquer sa victoire et dénaturer le sens de son combat.

Le risque devenait donc énorme de voir l'Egypte implosé; ce que l'armée a courageusement cherché à éviter en donnant une chance à Morsi de répondre positivement aux exigences du peuple dans la rue, en lui accordant 48 heures pour se décider.

L'on connait donc la suite. L'armée, en le débarquant, a crée les conditions pour que le peuple, par son suffrage, donne un nouveau souffle qui devrait le réconcilier avec ses prochains élus.

Y voir donc la main des USA ou de l'Europe, est non seulement une courte vue, mais exprime inconsciemment une conviction, que nos peuples sont incapables de prendre leur destin en main. C’est surtout, ne pas saisir la portée stratégique de la position des États-Unis qui ont immédiatement dénoncé ce qui s’est passé et ont suspendu leur aide, et les sanctions prises par l’UA contre le peuple d’Egypte en lutte pour sa liberté.

En effet, cette pression évidente sur l’armée égyptienne, que les USA ont façonnée trente ans durant par la corruption systématique pratiquée par la CIA, avec un puissant corps de dirigeants d’officiers l’armée totalement corrompu, qui fait partie aujourd’hui des nouvelles classes riches d’Égypte, devrait être considérée comme le plus grand danger pour cette deuxième révolution du peuple égyptien de ce 30 juin 2013.

Mais, il est évident, qu’avec cette intervention de l’armée, un puissant mouvement d’officiers patriotes a su s’imposer à la hiérarchie, pour l’amener à répondre positivement aux exigences du peuple, de tenue d’élections anticipées pour se faire entendre.

A cette pression des USA, qui cherchent visiblement à diviser l’armée, vient s’ajouter la sanction politique que l’Union Africaine, (l’UA) vient d’infliger à ce vaillant peuple, en le suspendant de tous les organes et de toutes les activités de cette organisation continentale, jusqu’au retour de l’ordre constitutionnel.

L’UA reste donc prisonnière du dogme du respect de la durée du mandat de l’élu, quel que soit le degré de rejet de sa politique, en cours de mandat, par le peuple, en conformité avec le dogme de la Démocratie représentative que les puissances occidentales, dans nos pays, utilisent, à géométrie variable, selon leurs intérêts stratégiques.

Mais, c’est aussi, et surtout, pour prémunir les Chefs d’Etat de cette organisation à vocation pan africaine, de sanctions populaires avant le terme de leurs mandats.

C’est la conjugaison des effets de cette pression américaine et de l’isolement politique décidé par l’UA, sur le déroulement de la crise ouverte par l’éviction de Morsi, qui a encouragé les « Frères musulmans » à se radicaliser, et les « Salafistes » à bloquer un choix consensuel de l’opposition d’un Premier Ministre de Transition.

Ce blocage est lourd d’hypothèque pour la paix civile et la stabilité politique nécessaire à cette transition.

S’il est évident que le rejet des « coups d’Etat, » comme mode d’accès au pouvoir est une ligne politique progressiste en conformité avec l’aspiration des peuples à décider, par leur suffrage, de leur destin, il ne faudrait pas, cependant, les confondre avec le « soulèvement » des peuples pour se réapproprier leur souveraineté, s’il leur est devenu évident que leurs aspirations sont dévoyées par leurs élus.

Ce droit des peuples au « soulèvement » relève, partout, de leurs droits démocratiques reconnus par les Constitutions démocratiques sous forme de droit de marche, et de rassemblement dans les places publiques, comme forme collective d’expression, à côté des droits individuels d’expression.

Les peuples sont aujourd’hui décidés d’exercer pleinement leurs droits collectifs à l’expression de leurs opinions, pour amener les élus à les prendre en considération en cours de mandat, ou de les obliger à remettre prématurément leur légitimité à la sanction de leur suffrage.

Les peuples refusent ainsi d’être prisonniers de leurs élus durant tout leur mandat, sous prétexte, que ceux détiennent leur légitimité de leur suffrage.

C’est cette mystification entretenue par la Démocratie représentative qui est prodiguée par les grandes puissances, qui est en train de voler en éclat, dans la rue, par l’action massive des peuples, décidés de recouvrer leur souveraineté confisquée par des élus, et dévoyée des objectifs d’émancipation économique, sociale et culturelle qu’ils attendaient deux, en les portant au pouvoir.

C’est lorsque l’élu refuse cette exigence démocratique, comme le fit Morsi, que toute armée républicaine, soucieuse de la stabilité politique et de la paix civile, devrait rentrer en action, pour créer les conditions les meilleures permettant l’organisation de l’expression du suffrage du peuple, afin de surmonter démocratiquement les contradictions, devenues irréductibles, entre la volonté de l’élu, et les exigences du peuple.

C’est pour cette raison, que taxer une telle intervention de l’armée de « coup d’état », est juste un amalgame pour trouver des prétextes pour étouffer l’aspiration des peuples à reprendre leur destin en main par le suffrage.

C'est donc contre cela, qu'il faut se battre sans concession, en exigeant fortement de l’UA, la levée immédiate de ses sanctions politiques contre le peuple d’Egypte, et en développant, dans tous les pays d’Afrique, un vaste mouvement de soutien à ce peuple frère, confronté à un tournant décisif de l’histoire des révolutions démocratiques et citoyennes de nos peuples, qui se joue, aujourd’hui, en terre d’Egypte.

Ibrahima Sène

PIT /SENEGAL



1.Posté par Diallo le 08/07/2013 14:20 | Alerter
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Je constate que ce honorable Monsieur parle beaucoup et réfléchit peu....Le fait que les frères musulmans prennent-ils le train en marche entacherai-t-il la légitimité du président? Vous évoquez souvent le terme de peuple...mais de quel peuple s'agit-il? L'Egypte compte plus 85 millions de citoyens et lors des élections prés de 49% n'a pas voté pour lui...alors imaginer...ce que cela représente en terme de nombre absolu...L'autre peuple, celui qui a élit Morshi vous l'estimer à combien?
C'est vrai qu'il a fait des erreurs (qui n'en a pas fait?) mais est ce une raison de confisquer la vérité des urnes? En France, Hollande fait moins 30% des voix si jamais des élections étaient organisés aujourd'hui selon les sondages....Prés de 70% de son peuple ne semble satisfait de son travail..mais vous ne verrez jamais les français descendre dans la rue pour exiger son départ....CAR DANS UNE DEMOCRATIE LA VOIX DES URNES RESTE LA SEULE LEGITIME ET LA SEULE VALABLE...
Enfin, Monsieur un coup d'Etat reste un coup d'Etat....Lorsqu'on confisque le pouvoir d'une personne élue démocratiquement ça s'appelle COUP D'ETAT....
PS: Ne lisez pas trop les journaux car visiblement ça biaise votre regard...Wassalam...

2.Posté par Djibril Diop le 08/07/2013 17:51 | Alerter
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J’en vois aussi un reniement de la démocratie à l’occidentale.
Le renversement du président Morsi prouve si besoins en était encore que la démocratie n’est pas une panacée toute faites qu’on peut ingurgiter à volonté à toutes les parties du monde sans tenir compte de leurs particularités.
La démocratie à l’occidentale n’est pas forcément le meilleur système de gouvernance pour les pays d’Afrique Subsaharienne ou ceux du Maghreb. Nous ne pouvons pas faire table rase sur notre legs historiques et exporter un soi-disant démocratie qui n’est que le reflet des aspirations de gouvernance et de liberté (je devrais même dire de libertinage) de l’occident. C’est au nom de la liberté et de la démocratie que nous en sommes par exemple à la légalisation du mariage entre personnes de même sexe. (Cette démocratie ne peut pas être imposée à tous)
Le but ultime de ce concept taillé sur mesure à qui l’on prête toutes les bonnes vertus est semble-t-il : le développement économique et social. Nous devons donc nous demander est-ce que les pays dits démocratiques sont les plus riches au monde ? Le resteront-il jusqu’à quand ? Quelle est la solidité de ce système ? Est-il l’ultime record ?
Le cas de la chine qui occupe le deuxième rang des pays les plus riches du monde depuis 2010 est très édifiant.
On parle pour le cas du Qatar d’une démocratie wahabite donc contextualisée il est pourtant classé en 2013 à la 3em place des pays au plus gros PIB par habitant de même les émirats arabes unis sont à la 6ème place de ce classement.
Je crois que le meilleur système politique qu’il s’appelle démocratie, monarchie, "libertocratie"… est celui qui avant d’être extraverti se fonde sur les réalités historiques, cultuelles et culturelles de la nation.
Comme le dit un proverbe algérien : « la poule qui veut marcher comme la perdrix finit par ne plus savoir marcher »

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