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La crise au Mali mobilise Paris et Abidjan

le 27 Juillet 2012 à 12:40 | Lu 870 fois

Le président ivoirien Alassane Ouattara a été reçu jeudi par François Hollande avant la tournée de Fabius au Sahel.


La crise au Mali mobilise Paris et Abidjan
Le retour du Mali à la stabilité, priorité de la diplomatie française quelque peu occultée par la guerre en Syrie, a été au centre de l'entretien entre François Hollande et son holomogue ivoirien, Alassane Ouattara, qu'il recevait pour la première fois jeudi à l'Élysée. La Côte d'Ivoire, présidente en exercice de la Communauté des États de l'Afrique de l'Ouest (Cédéao), est à la manœuvre pour tenter d'enrayer la grave crise ouverte par le coup d'État militaire du 22 mars dernier à Bamako, la capitale du Mali, et la mainmise de groupes armés proches d'al-Qaida au Maghreb islamique (Aqmi) sur tout le nord du pays.

Paris entend laisser les Africains en première ligne mais appuie leurs efforts. Laurent Fabius était attendu jeudi au Niger, première étape d'une tournée qui le mènera également au Burkina Faso, au Sénégal et au Tchad. Objectif: contribuer au rétablissement d'un pouvoir stable à Bamako où le gouvernement de transition qui a succédé aux putschistes est fortement contesté et paralysé. Le gouvernement malien a confirmé jeudi soir que le président intérimaire du Mali, Dioncounda Traoré, soigné à Paris après avoir été grièvement blessé dans son bureau à coups de marteau par des manifestants, le 21 mai, devait rentrer à Bamako vendredi. Très réticent, il a fini par se laisser convaincre de rentrer au pays, vraisemblablement muni d'assurances françaises et ivoiriennes sur sa sécurité et l'avenir du processus politique qui apparaît bien fragile.

Trafics et terrorisme islamiste
À Paris, on insiste sur une approche «phasée», avec tout d'abord la consolidation de la transition, la reconstruction d'un outil sécuritaire et l'ouverture d'un dialogue avec les mouvements sécessionnistes du Nord, principalement les Touaregs du Mouvement national pour la libération de l'Azawad (MNLA), pris de vitesse par les mouvements islamistes radicaux qui ont déferlé vers le Sud et mis à sac Tombouctou après le coup d'État militaire de mars dernier. Paris estime toutefois que le retour du Mali dans ses frontières passe par la constitution d'une force militaire africaine et n'exclut pas une intervention armée à laquelle la France pourrait apporter un soutien logistique.

Une première résolution du Conseil de sécurité (la 2056), a été votée à l'unanimité, le 5 juillet. Le 31 juillet, le secrétaire général de l'ONU évaluera la situation devant le Conseil de sécurité qui pourrait voter un second texte autorisant une force de la Cédéao. «J'espère que cette résolution sera votée dans les tout prochains jours afin que nous ayons la couverture nécessaire pour une éventuelle intervention militaire», a déclaré jeudi Alassane Ouattara après son rendez-vous à l'Élysée.

Les enjeux sont majeurs: le retour de l'État et le respect de l'intégrité territoriale dans une région atteinte par les contrecoups de la guerre en Libye, livrée à l'instabilité, à l'extrême pauvreté, à la sécheresse, aux mouvements migratoires et en proie aux trafics et au terrorisme des «filiales» d'al-Qaida. «C'est une course contre la montre», estime un diplomate.

Un gouvernement d'union nationale
Les obstacles sont à la hauteur du défi. Paris mise sur la coopération régionale. Le Niger fait figure de modèle en matière de dialogue avec les Touaregs et va développer une mission de sécurité avec l'Union européenne. La Mauritanie est en pointe dans la lutte antiterroriste. Mais l'Algérie, très influente, veut avoir la haute main sur une solution politique et reste réfractaire à toute intervention extérieure.

Les bons offices franco-ivoiriens se heurtent également à l'opposition malienne. Une large partie de celle-ci conteste le plan de la Cédéao et juge qu'elle a perdu son crédit. Ce groupe, où l'on trouve des hommes politiques tels que l'ancien premier ministre Ibrahim Boubacar Keïta, estime que la médiation de la Cédéao, menée par le président du Burkina Faso, Blaise Compaoré, a échoué. Compaoré est par ailleurs considéré comme trop proche de la junte. Ces opposants proposent au contraire une «solution malienne» qui passerait par une large consultation de tous les mouvements politiques et de la société civile.

Cette conférence devra se mettre d'accord sur la composition d'un gouvernement d'union nationale, qui ne sera pas nécessairement dirigé par l'actuel président de la République après son retour d'exil en France. La conférence décidera, avant de nommer ce gouvernement de transition pour un an, de sa feuille de route: avec qui négocier au Nord, quelle forme d'intervention internationale demander et à qui. Leur faveur va à une résolution de l'Union africaine appuyée par le Conseil de sécurité de l'ONU, disent les opposants.

Hollande et Ouattara brisent la glace
Entre François Hollande et Alassane Ouattara, l'entente ne coulait pas de source. Le président ivoirien est un ami de longue date de Nicolas Sarkozy. Nombre de socialistes français ont longtemps été amis avec Laurent Gbagbo, l'ex-rival d'Alassane Ouattara, aujourd'hui détenu dans les geôles de la Cour pénale internationale (CPI) de La Haye. Mais François Hollande, il est vrai, avait jugé Gbagbo «infréquentable» dès 2004. De son côté, Ouattara, en dépit de son image de libéral et d'homme de droite, avait de bons relais au Parti socialiste, notamment Fabius et DSK. Jeudi, le président ivoirien a remercié François Hollande après avoir signé l'annulation de 99,5 % de la dette d'Abidjan à l'égard de la France (soit 3 milliards d'€). Un accord mis en chantier par Nicolas Sarkozy. Plaisantant, le chef de l'État a à son tour remercié son hôte de «ne pas avoir oublié les 0,5 %» de la dette non annulés… La réconciliation ivoirienne, en panne depuis la crise postélectorale de 2011, a également été évoquée. Des violences à Duékoué, à l'ouest du pays, ont encore fait au moins sept morts le 20 juillet. «Il n'y aura plus d'impunité», a promis M. Ouattara. «Le renforcement de l'État de droit et du système judiciaire fera partie des priorités de la coopération bilatérale», a indiqué l'Élysée.



Par Alain Barluet