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La gestion du système éducatif : gage de la qualité tant recherchée


Rédigé par leral.net le Mardi 12 Août 2014 à 16:15 | | 0 commentaire(s)|

La gestion du système éducatif : gage de la qualité tant recherchée
L’actualité reste dominée ces jours-ci par la découverte de cas de fraudes dans le concours

de recrutement des élèves maitres. Une telle situation, si elle aurait prospéré, allait impacter

négativement sur la qualité. Comment peut-on se permettre de telles légèretés dans un enjeu

aussi important que celui de l’éducation. On ne peut faire des hommes sans être plus que des

hommes, disait Rousseau. Le courage du Ministre est à saluer pour avoir su prendre la bonne

décision et en réparant une injustice subie par certains candidats méritants laissés en rade.

Félicitations également aux inspecteurs de l’éducation des centres régionaux de formation des

personnels de l’éducation qui ont sonné l’alerte après avoir perçu des carences chez certains

futurs enseignants. Cela montre une fois de plus l’importance de leurs missions malgré les

faibles moyens de travail dont ils disposent (manque d’infrastructures, de véhicules, de

connexion, de téléphone, etc.) Même si le Ministre de l’éducation a posé un acte fort pour une

gouvernance vertueuse et transparente du système, beaucoup de chemin reste encore à faire

pour une éducation de qualité. Ce secteur a connu des remous de façon récurrente depuis la

mise en œuvre des plans d'ajustement structurels en 1981. Et ce sont les mêmes exigences

qui reviennent chaque année. Les revendications tournent principalement autour des points

suivants: la réforme du statut des volontaires, vacataires et contractuels, rationalisation de la

carte scolaire et universitaire, l’amélioration des conditions d'apprentissage et d'enseignement,

la promotion de l'habitat social et le paiement immédiat des indemnités de déplacement après

service effectué. Entre octobre 2007 et mars 2008, les enseignants en étaient déjà à prés de

deux mois de grève et donc autant d'heures de cours en moins pour les élèves. La grève de

2008-2009 a connu aussi de nombreuses perturbations, au total, près de cinq mois d'arrêt

des cours dans le public. Ainsi de 730 heures en 2007, le volume horaire est tombé à 720

heures en 2008, au lieu des 900 heures au moins requises par la norme internationale. Ce

qui occasionne du coup une fragilisation de la qualité des enseignements/apprentissages et

une faible proportion des apprenants de l’élémentaire au supérieur qui terminent leur cycle

d’éducation et de formation. Par contre, certains élèves qui parviennent à passer entre les

mailles du filet scolaire éprouvent au niveau supérieur d’énormes difficultés à suivre le train

en marche, compte tenu de leur faible niveau. Malgré la concertation initiée par la Coalition

nationale pour l’Education Pour Tous, les pré-assises de 2007, sans compter les nombreuses

rencontres gouvernement et syndicats, le mal persiste. Aujourd’hui, l’Etat devrait trouver une
stratégie communicationnelle pour prévenir les conflits et procéder à une résolution inclusive

des problèmes par une démarche participative acceptée par tous. Cependant, quelque soit la

démarche mise en œuvre, une organisation n’est jamais exempte de conflit et ne trouve guère

un style managérial idéal pour atteindre à cent pour cent ses objectifs. Il convient dès lors de

mettre l’accent sur les espaces de compromis. En plus, l’enjeu doit consister, dans le contexte

actuel, à créer des conditions d’émergence d’un bon leadership, du sommet à la base. Dans

le cas du management en milieu scolaire, le consensus consiste à chercher l’adhésion des

enseignants et les amener à s’impliquer. En outre, la nouvelle vision de la gestion scolaire doit

s’inscrire dans le cadre d’une politique volontariste de déconcentration et de décentralisation

du système éducatif qui met un accent particulier sur l’autonomisation de l’école.

L’état des lieux révèle que notre système éducatif connait un déficit chronique

d’enseignants qualifiés, soit du fait de la demande croissante de places dans les établissements

d’enseignement, de la faible valorisation de cette profession, des conditions de travail

déplorables et du manque de motivation. Par ailleurs, ce déficit d’enseignants qualifiés

semble plus criant en ce qui a trait aux enseignants de sciences et de mathématiques. En plus,

on remarque une féminisation du corps enseignant et une forte concentration de ces dernières

en zones urbaines. S’agissant de la qualité des intrants, on déplore des écoles à cycle

incomplet, des abris provisoires, des écoles sous équipées, un déficit en mobiliers, un faible

ratio manuel/élève et une absence de bibliothèques fonctionnelles. Bref, ce qui semble
poursuivre le système éducatif à l’heure actuelle, ce sont les conséquences du caractère trop

politique et informel de la gestion du système de l’ancien régime. Le système de recrutements

d’enseignants appelés ”quota sécuritaire » et la « vacation » qui consistaient à engager des

clients politiques ont beaucoup contribué à rabaisser la qualité des enseignements/

apprentissages. Pour la simple raison qu’on les envoyait directement dans les classes sans une

formation au préalable, alors que certains étaient restés pendant longtemps en rupture avec les

livres. Aujourd’hui, il faut impérativement professionnaliser les enseignants par l’adoption

des mesures suivantes : renforcer les capacités des formateurs dans les centres de formation

initiale et mettre en œuvre une réforme de la formation initiale des enseignants qui s’appuie

sur les approches retenues dans les curricula et sur une meilleure articulation entre la théorie

et la pratique, assurer un suivi des enseignants sur le terrain par les chefs d’établissement et

les inspecteurs ( mais à condition que ces derniers soient dotés de moyens logistiques adaptés

et suffisants pour faire correctement leur travail), renforcer la formation continue pour

répondre aux besoins concrets des enseignants, y compris pour les nouveaux agents, mais

également pour les chefs d’établissement à travers, notamment, des structures d’échanges

pédagogiques de base. Cette revalorisation des personnels de l’éducation ne peut-être

effective que si des solutions sont trouvées à certaines contraintes extérieures: il s’agit des

salaires, des conditions de travail, des perspectives de carrière et la faiblesse de

l’encadrement. Parallèlement, il faudra concevoir des curricula reposant sur une approche par

compétences en fonction des réalités locales, régionales et répondant aux attentes et besoins

de la société, tout en prenant en compte les capacités réelles des apprenants. Notre éducation

ne doit plus être à l’image du modèle occidental, en déphasage avec les réalités du milieu

social et culturel des enfants sénégalais. En outre, notre école a l’obligation de recourir aux

valeurs cardinales et aux exigences de la société pour produire le type d’homme apte à participer positivement au développement de sa nation. Notre système éducatif doit aider à

former des citoyens qui partagent les valeurs, les coutumes, les principes, de même que les

interdits de la société, en restant bien sûr ouvert au monde. Nous devons surtout éviter d’avoir

une société sans école car elle devient comme un troupeau sans berger.




Ngor FAYE

Inspecteur de l’Education et de la Formation






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