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La «guerre des municipales» ensanglante le Brésil

le 19 Septembre 2012 à 10:47 | Lu 266 fois

Au moins 23 personnes ont été tuées depuis deux mois dans des violences électorales avant le scrutin d'octobre.


La «guerre des municipales» ensanglante le Brésil
Sept impacts sur le pare-brise, les vitres latérales et la lunette arrière: le tireur ne voulait laisser aucune chance à Wellington Campos en tirant sur sa voiture, garée devant le comité de soutien d'Helil Cardozo, candidat à la mairie d'Itaboraí, une ville à 50 kilomètres de Rio de Janeiro. Coordinateur de sa campagne, Wellington Campos n'était plus au volant ; l'agresseur a été trompé par les vitres teintées. «Il ne se passe pas une journée sans qu'on reçoive un coup de fil relatant une agression, ou une tentative d'intimidation des candidats aux élections municipales ; cette année, on bat tous les records», soupire Gilson Conzatti, président de l'Union des conseillers municipaux du Brésil (UNV).

Quelque 23 personnes ont été assassinées du fait de leur engagement politique au cours des deux derniers mois de la campagne pour les municipales, qui auront lieu les 7 et 28 octobre. «Dans les journaux, on ne parle que des morts, mais dans 99 % des cas, les autres victimes de violences ne signalent rien à la police», précise Gilson Conzatti. Selon ses calculs, au moins 5 % des équipes de candidats ont été victimes d'agressions ou de menaces.

Appel au renfort de l'armée
Les juges électoraux de 410 villes ont demandé le renfort de l'armée. Mais la mission de protection s'annonce titanesque dans un pays grand comme 16 fois la France: 300.000 personnes se disputent plus de 56.000 postes de conseillers municipaux dans 5565 communes. Piauí, Rio Grande do Norte, Alagoas, Parà, Amazonas: c'est dans les États du nord et du nord-est du pays que les crimes sont les plus nombreux. Sur ces terres où la justice est rarement rendue, les «pistoleiros» au service de potentats locaux pullulent. L'enjeu est le contrôle de terres agricoles ou minières, dont les titres de propriété sont détournés par des caciques locaux, grâce à des documents falsifiés et une corruption massive. Militants et paysans sans terre sont éliminés de façon courante. En période électorale, la tension monte d'un cran. «C'est le vieux clientélisme en action», explique Ignacio Cano, spécialiste des questions de violence à l'université d'État de Rio. Pour emporter la mairie, y placer un proche ou contrôler la majorité des conseillers municipaux, certains notables font taire les voix dissidentes.

Plus au sud, seul l'État de Rio a fait appel à l'armée. «Ici, l'enjeu est d'empêcher que les narcotrafiquants et les milices ne pèsent sur le scrutin», précise Ignacio Cano. Alors que près de 50.000 personnes sont assassinées chaque année au Brésil, les 23 victimes de la guerre électorale pourraient être banalisées. «Mais c'est très inquiétant, car s'ils réussissent à intimider ou à éliminer des candidats, les criminels vont intégrer l'usage de la violence à leur arsenal politique», dit-il.

Dans l'État de Rio, c'est l'annonce des gigantesques investissements publics liés à la Coupe du monde de football et aux Jeux olympiques, mais surtout à l'exploitation des gisements de pétrole récemment découverts au large des côtes, qui font exploser la violence. Itaboraí a ainsi vu sa population augmenter de 50.000 personnes ces cinq dernières années, après l'investissement par la compagnie nationale d'hydrocarbures Petrobras de 78 millions d'euros dans un pôle pétrochimique. Les élections ont attiré des candidats venus d'autres villes, prêts à tout pour mettre la main sur la future poule aux œufs d'or. «Au Brésil, l'essentiel des royalties du pétrole va aux villes, explique Gilson Conzatti. Être conseiller municipal dans ce contexte, c'est voter le budget d'une mairie millionnaire, avec, pour certains, d'immenses possibilités d'enrichissement personnel.»


Par Lamia Oualalou