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La justice chinoise reste sourde à l'appel d'Ai Weiwei

le 20 Juillet 2012 à 14:13 | Lu 474 fois

L'artiste a saisi en vain la justice pour contester l'énorme redressement fiscal qui lui est infligé.


La justice chinoise reste sourde à l'appel d'Ai Weiwei
Correspondant à Pékin

Il n'avait guère d'illusions, mais le dissident chinois Ai Weiwei a eu confirmation vendredi que la justice rejetait sa plainte contre l'énorme redressement fiscal qui le vise. L'artiste s'est vu imposer une amende de 15 millions de yuans (plus de 1,7 million d'euros). Estimant que cette décision est destinée à le briser, Ai Weiwei en avait appelé à la justice. Et, grâce à une mobilisation de plus de 30.000 Chinois anonymes, il avait pu verser la garantie nécessaire pour entreprendre cette action. Il entend aujourd'hui faire appel du rejet de la plainte par le tribunal de Pékin, dans le délai légal de quinze jours.

Une fois de plus, les services de sécurité chinois l'ont empêché de quitter son domicile pour se rendre au tribunal. Des policiers en tenue et en civil bloquaient tous les accès à l'enceinte, empêchant journalistes et diplomates d'en approcher. «Ce pays prouve encore une fois au monde que la loi et la justice n'existent pas ici», a déclaré l'artiste frondeur. Son avocat, Pu Zhiqiang, a estimé que le jugement avait été rendu «en dehors de toute raison».

Un trou noir extrajudiciaire
L'an dernier, alors que les révoltes arabes inquiétaient fortement le régime chinois, Ai Weiwei avait fait les frais d'une intense campagne de répression. Il avait disparu dans un trou noir extrajudiciaire pendant près de trois mois, entre avril et juin. Il a raconté depuis avoir été soumis à de fortes tortures morales. Libéré, il avait été placé de facto en résidence surveillée dans sa maison pékinoise.

Le mois dernier, comme prévu un an après sa libération, certaines restrictions le concernant ont théoriquement été levées. Il est censé ne plus être confiné à Pékin et pouvoir se déplacer en Chine, son contrôle judiciaire étant théoriquement terminé. Mais la police l'a averti qu'il lui était interdit de quitter le pays.

Pékin avait sous-estimé la popularité de l'impertinent créateur et les réactions tant intérieures qu'internationales que son arrestation susciterait. Fin 2011, Ai Weiwei a été désigné comme la plus importante personnalité artistique au monde par le magazine britannique spécialisé Art Review. Et il a exposé ces derniers mois à la prestigieuse Tate Modern londonienne ou au Jeu de Paume à Paris.

«Une fois de plus, le régime chinois est la meilleure agence de relations publiques de ses détracteurs, en donnant une résonance énorme à leur voix avec un harcèlement absurde et inutile, commente un universitaire chinois sous le couvert de l'anonymat. Je pense que ce pouvoir ne sait pas comment se sortir de cette affaire, ayant déjà perdu la face en montrant au monde entier qu'il ne respectait pas les droits élémentaires de ses citoyens.»


Par Arnaud de La Grange


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