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La justice tunisienne débat du film Persepolis

le 20 Avril 2012 à 12:01 | Lu 872 fois

La liberté d'expression est au centre du procès en blasphème qui vise le diffuseur de cette œuvre primée à Cannes.


La justice tunisienne débat du film Persepolis
Dans le laboratoire de la révolution arabe qu'est la Tunisie, la reprise, jeudi à Tunis, du procès du directeur de la chaîne Nessma TV, accusé d'avoir porté atteinte «aux valeurs du sacré» en diffusant le film Persepolis, où Dieu est représenté en vieil homme à la barbe blanche, n'a pas manqué de raviver le bras de fer entre islamistes et défenseurs de la liberté d'expression. Les plaidoiries d'avocats se sont succédé tout au long de la journée, avant que le président du tribunal ne fixe le verdict au 3 mai prochain.

Comme lors des précédentes audiences de ce procès plusieurs fois ajourné, des partisans des deux camps se sont affrontés à l'extérieur du palais de justice. «Dégage! Dégage, média de la honte», ont crié des dizaines de jeunes, agitant le drapeau noir des salafistes. «À bas les Rcdistes!» ont-ils proclamé par haut-parleur en référence aux partisans de l'ex-parti au pouvoir (RCD), dissous après la fuite de l'ex-président Ben Ali, envers lequel Nessma était jugée complaisante.

En face, des partisans de la chaîne ont entonné l'hymne national. Des «dégage!» ont été lancés en direction des salafistes. «Médias libres en Tunisie, ni Amérique, ni Qatar», ont-ils scandé, en dénonçant un appui supposé des États-Unis et du Qatar aux islamistes au pouvoir en Tunisie. Plusieurs organisations internationales de défense des droits de l'homme étaient également présentes.

Vague de violences
«Nous sommes dans l'attente et l'espoir de voir acquitté Nabil Karoui (le patron de Nessma TV), a déclaré la représentante de l'Organisation française de défense de la liberté de la presse (RSF). «Cela coïncidera avec la célébration de la Journée mondiale de la liberté de la presse», a poursuivi Olivia Gré, qui se disait confiante. «On attend avec impatience» l'épilogue de ce procès «qui n'aurait dû avoir lieu».

Nabil Karoui s'était «excusé» pour la diffusion de ce film, sans réussir à faire cesser les poursuites. Avec le respon­sable de la traduction en arabe dialectal tunisien et le responsable du vision­nage, il demeure poursuivi par quelque 140 avocats pour «atteintes aux valeurs du sacré, atteintes aux bonnes mœurs et troubles à l'ordre public».

Le 7 octobre 2011, la diffusion du film d'animation franco-iranien Persepolis, primé au Festival de Cannes en 2007, racontant la révolution iranienne et le régime de Khomeyni à travers le regard d'une fillette, avait suscité une vague de violences, quinze jours avant les élections en Tunisie. Que dans ce film cette gamine s'adresse à Allah avait horrifié les fidèles pour lesquels aucune représentation picturale de leur Dieu n'est tolérée.

Des groupes d'extrémistes salafistes avaient tenté d'attaquer, le 9 octobre, le siège de la chaîne à Tunis, puis quelques jours plus tard, le 14 octobre, une centaine d'énergumènes avaient manifesté devant la maison de Nabil Karoui, certains jetant des cocktails Molotov.

Une première audience s'est tenue le 16 novembre 2011, elle a été reportée au 23 janvier 2012, puis à nouveau reportée au jeudi 19 avril 2012, devant la chambre criminelle relevant du tribunal de première instance de Tunis. Les peines encourues dans cette affaire peuvent aller jusqu'à cinq ans de prison.


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