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La libération de Michelle Martin ébranle la Belgique

le 29 Août 2012 à 12:30 | Lu 308 fois

Après la sortie de prison de l'ex-femme de Marc Dutroux, les familles des victimes réclament une modification de la législation sur la liberté conditionnelle. L'affaire fait ressortir de vieilles tensions au sein de la classe politique.


La libération de Michelle Martin ébranle la Belgique
Michelle Martin reste la «femme la plus haïe de Belgique». La libération de l'ex-compagne et complice du pédophile Marc Dutroux, mardi soir, a déchaîné un torrent de réactions très violentes. Une cinquantaine de personnes s'est massée mardi soir devant le couvent où Michelle Martin va vivre, scandant «À mort» et «Protégeons nos enfants». Une manifestation qui a «attristé» l'avocat de Michelle Martin pour qui cette «conduite ne peut conduire qu'à l'escalade».

Du côté des familles des victimes de Dutroux, l'incompréhension le dispute à la rage. Jean-Denis Lejeune, père de Julie emmurée et morte de faim chez les Dutroux, estime que «Michelle Martin n'a pas le droit de réintégrer la société». «Le verdict de mardi est un errement de plus de la justice», a-t-il confié au quotidien Le Soir. «Comment comprendre que l'Eglise qui interdit l'usage du préservatif et le remariage cautionne l'accueil d'une meurtrière d'enfants?», s'interroge-t-il. Il a adressé une lettre ouverte à Michelle Martin, lui demandant de dire enfin «la vérité» sur les circonstances de la mort de sa fille. «Quoi qu'il arrive, sachez que vous n'aurez jamais mon pardon car vous êtes directement responsable du pire», écrit celui qui rejette la médiation demandée par Michelle Martin. Celle-ci, assure son avocat, répondra à cette missive.

Un autre père, Paul Marchal, s'est déclaré «anéanti». «Mon combat contre Martin est terminé mais la lutte pour le statut des victimes n'est pas encore finie», a-t-il annoncé. «Je suis sans cesse revenu au même point: tout se passe en réalité au niveau politique où les lois sont écrites et votées». Même constat pour le père d'Eefje Lambrecks. «Nous voulons que Martin soit poursuivie. Les politiques doivent agir. La législation doit être modifiée».

Tensions au sein de la coalition gouvernementale
Les politiques ont également commenté abondamment la décision, pas toujours avec retenue. Un député flamand a enflammé Twitter en proposant, plein d'humour noir, d'engager un tueur à gages pour liquider l'ex-femme de Dutroux. «Pas déconner, si nous nous cotisons, nous pouvons trouver un Albanais et le payer pour qu'il zigouille #MichèleMartin (sic)... candidats?», a posté Jurgen Verstrepen. Avant d'enfoncer le clou face aux réactions. «Nettoyée à peu de frais, beaucoup moins cher que de garder un couvent», ajoute-t-il. «À y regarder de plus près, les Albanais sont devenus trop chers, un junkie le ferait pour moins cher:)». Ces déclarations ont été condamnées par le président du parlement flamand mais Jurgen Verstrepen juge que les réponses à ses tweets «démontrent qu'il y a bien un problème avec le système».

Des appels à la réforme que la classe politique perçoit: le gouvernement belge a enclenché une réflexion de la liberté conditionnelle afin d'allonger les périodes de sûreté. Le nouveau texte devrait voir le jour en 2013. Mais la libération de Michelle Martin a fait ressurgir de vieilles tensions. Au sein de la coalition gouvernementale le président des Réformateurs a implicitement accusé sur le PS et sa vice-première ministre Laurette Onkelinx, ministre de la justice de 2003 à 2007, d'être responsable de la libération conditionnelle de Michelle Martin. Le PS s'était opposé à une loi sur les peines incompressibles.

Ce bouillonnement politique est jugé sévèrement par la presse. À l'image de De Morgen, le quotidien flamand regrette que «le monde politique ne se comporte pas de manière adulte vis-à vis de son propre appareil judiciaire». Un signe «dangereux» de populisme, s'inquiète De Morgen. «Au lieu d'expliquer l'affaire Martin à la population, les hommes politiques n'en ont que pour l'adaptation de la loi pour que ce type de monstres ne puisse plus être libéré», regrette le journal.



Par Constance Jamet


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