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La manie de grossir une banalité - Par Madiambal Diagne

La publication d’extraits des auditions judiciaires de Lamine Diack dans le cadre du scandale de la corruption qui éclabousse l’Iaaf, a donné libre cours à tous les commentaires au Sénégal. Le journal français Le Monde a été brocardé violemment, a été même un défouloir, pour une méprise dans le traitement de cette affaire. Des leçons de professionnalisme lui ont été prodiguées avec la grâce d’un cheval de labour. Sans doute, «on préfère exagérer la banalité plutôt que de s’inventer une originalité».


Rédigé par leral.net le Lundi 28 Décembre 2015 à 13:04 | | 14 commentaire(s)|

La manie de grossir une banalité - Par Madiambal Diagne
En effet, on a voulu voir, dans l’article du Monde, un vaste complot contre le Sénégal et ses plus hautes institutions. Il faut dire que c’est une manie bien de chez nous, de voir, derrière tout article de presse, une main manipulatrice, un commanditaire, un adversaire tapi dans l’ombre et qui utiliserait le journaliste pour nuire. Le Monde s’est fourvoyé, il a commis une faute en mettant le nom de Macky Sall dans le chapeau du résumé de son article publié sur son site internet. Une telle peccadille pourrait arriver à n’importe quel organe de presse.

Les gorges profondes du Monde ont livré à l’auteur de l’article des informations extraites d’un procès-verbal authentique et les propos, tenus par Lamine Diack, suscitent un grand intérêt pour le public. N’importe quel journal qui aurait l’occasion d’accéder à de telles informations en ferait sa manchette. Nos confrères du journal sportif L’Equipe ont eu les mêmes informations et les ont exploitées avec plus de pot. Ils n’ont pas extrapolé pour citer le nom de Macky Sall. S’il s’agissait d’un complot international, pourquoi L’Equipe ne déduirait-il pas aussi le nom du chef de l’Etat du Sénégal des déclarations de Lamine Diack, selon lesquelles, l’argent tiré du blanchiment du dopage d’athlètes russes aurait servi à financer l’opposition politique contre Abdoulaye Wade ?

Les fuites de Pv d’enquête n’ont pas commencé avec l’affaire du scandale de l’Iaaf et le tollé provoqué ne les arrêtera pas. Seulement, dans le cas d’espèce, l’information a été filée à des journalistes sportifs car le sujet relève du sport et malheureusement, ces journalistes n’ont pas une bonne connaissance de l’environnement politique au Sénégal pour pouvoir éviter certains amalgames. Il arrive à tous les médias de commettre des erreurs. Que n’avait-on pas dit quand la chaîne d’infos Lci, reprenant la grande et respectée Agence France presse (Afp), avait annoncé la fausse mort de son patron Martin Bouygues ? Qui a vu derrière cette bourde monumentale une main ennemie qui voudrait enterrer Monsieur Bouygues ou un complot pour jouer sur les cours du Cac 40 ? C’est méconnaître totalement les réalités de la presse française que de penser, un seul instant, que le cabinet Image 7 et sa patronne Anne Méaux -il faut bien les nommer- pourraient pousser Le Monde dans un complot contre le Sénégal ou contre Macky Sall. Il est assez facile d’en faire une raison suffisante pour remettre en cause l’intégrité éditoriale du journal Le Monde.

Depuis que Abdoulaye Wade était au pouvoir, le même cabinet Image 7 travaille pour lui et pour autant le journal Le Monde n’a jamais été un grand ami des Wade. Abdoulaye Wade criait au complot quand sa gouvernance était pourfendue par les médias internationaux ! Comment alors Anne Méaux peut-elle réussir ce qu’elle n’avait pas pu du temps où ses clients sénégalais avaient tous les moyens ? Je n’ai jamais pris un verre avec Anne Méaux, mais c’est lui donner trop de pouvoir que de l’affubler d’un pouvoir d’influence sur le journal Le Monde. Dans la galaxie des agences internationales de communication politique, le cabinet Image 7 est un petit poucet, par sa taille, son aura et ses budgets. Je ne cherche point à défendre également Le Monde parce que certains de ses dirigeants sont membres d’une organisation internationale de médias que je dirige. Je ne le défends pas non plus parce que j’ai eu à y effectuer un stage comme d’ailleurs au Figaro, à Libération, à l’Afp ou au Groupe Prisma Press. L

e procès d’intention qui leur est fait est injuste. De la même façon, le Président Macky Sall, fort irrité dans une interview à la chaîne Française itélé par des questions insistantes sur l’affaire Karim Wade, estimait que l’intérêt des journalistes à ce dossier s’explique par la capacité à payer de grands avocats et de grands cabinets de communication internationaux. Qu’à cela ne tienne, pourquoi alors l’Etat du Sénégal ne ferait-il pas autant sinon plus ? D’ailleurs, Macky Sall lui-même n’a t-il pas confié la gestion de son image au cabinet Pb Com International de Patricia Balme ? De toute façon, nul ne peut dénier à Karim Wade ou à un autre le droit de se défendre par ses moyens.

Ce qui est encore plus aberrant dans le traitement de cette affaire, a été la première intention d’ouvrir des poursuites pénales contre des journalistes sénégalais qui avaient relayé les informations publiées par Le Monde. Nos confrères de D-Média ont eu à faire certains commentaires déplacés mais pour autant, il serait bien maladroit de les poursuivre et d’épargner les journalistes du Monde. Ce serait faire montre d’un gros complexe vis-à-vis de la presse française. Il est donc heureux que le Président Macky Sall ait décidé de se détourner des avis qui pousseraient à envoyer les journalistes de Sen Tv à la case prison. C’est une décision de sagesse que de renoncer aux poursuites judiciaires pour saisir le Tribunal des pairs. Nous devons applaudir une telle démarche, qui satisfait une revendication de toujours de la presse sénégalaise, à savoir d’éviter la «judiciarisation» des infractions de presse.

Dire que le projet de nouveau Code de la presse n’a pas encore été voté par les députés, parce que justement les journalistes y préconisent notamment la formule initiée par le Président Macky Sall ! L’attitude du président de la République est à encourager et on ose espérer qu’elle fera des émules. Cette démarche interpelle fortement la responsabilité des journalistes et des membres du Conseil pour le respect de l’éthique et de la déontologie (Cored). La presse sénégalaise dans son ensemble devra se montrer à la hauteur. En attendant, les autorités sénégalaises, vivement offusquées par le charivari provoqué par les écrits du journal Le Monde, ne devraient pas faire le dos rond ou nourrir une quelconque peur que rien ne pourrait justifier. Il convient, à tout le moins, d’adresser des protestations fermes au journal Le Monde. Il faut aussi savoir se faire respecter.






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