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La médiocrité Sénégalaise !

Le dernier sommet de l’OIF, qu’il nous a échu l’honneur d’abriter dans notre pays, a été unanimement salué, par les observateurs, comme une réussite. Notre pays, qui a relevé avec brio le défi de l’organisation, en sort couvert de lauriers. Cependant, la réussite et le succès de l’évènement, pour importants qu’ils soient, ne doivent pas, pour autant, occulter le lancinant problème de la dégradation, dans notre pays, de la langue française, chef-d’œuvre en péril sous nos cieux.


Rédigé par leral.net le Jeudi 11 Décembre 2014 à 12:26 | | 32 commentaire(s)|

La médiocrité Sénégalaise !
Jadis admiré comme une terre de littérature et de poésie, notre pays voit peu à peu cette notoriété s’amuïr. Les brillants écrivains et hommes de lettres qui, jadis, faisaient sa fierté ont peu à peu laissé la place à des grimauds de toutes sortes. Quant à ses journalistes émérites qui, autrefois, aimaient et faisaient aimer la langue française, ils ont disparu au profit d’une basse engeance de journaleux et autres folliculaires qui sévissent aujourd’hui dans la presse et les médias. Voici donc qu’à l’heure du sms, du vocabulaire basique et du bredouillis général, la langue française se dégrade dans notre pays et perd ses repères. La passion de la lecture, la passion corollaire du verbe, le scrupule de toujours employer le mot juste, tout cela a totalement disparu. Non seulement sommes-nous devenus médiocres mais notre médiocrité nous indiffère. Pire, nous la revendiquons. On appréciera, à ce titre, cette réflexion constante chez le Général De Gaulle qui disait que « la médiocrité, à la longue, porte drame ». Pardi !
Au premier rang des coupables, le système éducatif sénégalais qui, osons le dire, est devenu une véritable usine à fabriquer des illettrés (au sens du latin « litterae », les belles lettres). Le processus de crétinisation des élèves commence dès l’école primaire où la pédagogie subversive et le nivellement par le bas les livrent en proies exsangues à l’illettrisme. A l’école primaire déjà, une bonne partie des gamins ne savent ni lire, ni écrire et finissent par décrocher, devenant ainsi proprement analphabètes. Quant aux autres, ils ne comprennent que très peu ce qu’ils ânonnent et accumulent toutes sortes de lacunes grammaticales qu’ils traineront, tel un boulet, tout le long de leur cursus scolaire. Vient ensuite l’école secondaire avec son brevet-passoire et son bac dévalué qui expédient un lourd tribut d’épaves vers l’enseignement supérieur. Arrivés à l’université, beaucoup d’étudiants savent à peine prononcer une phrase correcte en français. Mises à part quelques exceptions glorieuses, le profil de nos étudiants est à peu près le même, indépendamment de la filière suivie : Indigence du vocabulaire, carences grammaticales, lacunes orthographiques et j’en passe et des meilleurs. Le viatique langagier de bon nombre d’entre eux n’est que de quelques centaines de mots, interjections et onomatopées comprises ! Médiocres au possible, ils sont en revanche très prompts à partir en grève et à paralyser nos universités. C’est ainsi que dans l’insoutenable charivari de leurs manifestations, ils brûlent des voitures et des pneus, jettent des pierres, s’affairent au saccage méprisable des biens publics et se disputent les enchères de la fureur et de la violence. Hélas, l’illettrisme et l’ignorance ont ceci de fâcheux qu’ils ensauvagent l’individu. Lorsqu’on n’a pas les mots pour exposer ses revendications, il ne nous reste plus que le cri et la violence. On hurle quand on ne peut pas dire, on frappe et saccage quand on n’a pas de vocabulaire. La misère du verbe fait souvent la violence du poing. La culture incline au raffinement et à la civilité, l’inculture confine à la barbarie. Les lettres et la culture, loin de corrompre l’homme, le lissent, l’élèvent, l’arrachent à la brutalité qu’il croit être son horizon indépassable.
Outre le système éducatif sénégalais, le délitement de la langue française s’explique également par la prédominance de l’image dans notre environnement quotidien. Dans sa « Rhétorique de l’image » parue en 1964, Roland Barthes vaticinait : « Un jour, l’image aura le dernier mot ». Sombre prophétie aujourd’hui réalisée. Nous vivons, en effet, des temps très obsessionnels de l’image avec la prolifération des télévisions, l’avènement d’Internet et des tablettes numériques. Notre univers est devenu visuel et sensible, il ne se construit plus autour des mots. Or l’image, malgré sa richesse et sa noblesse, fait, avant tout, appel aux sens. La langue, elle, est plus élitaire, elle est une exigence qui sollicite l’esprit. A l’inverse de l’image qui se perçoit d’emblée et tolère d’être reçue passivement, les mots exigent une mobilisation, fût-elle minimale, de l’intellect. L’image s’accommode de l’inconscient tandis que les mots inclinent au conscient. Renoncer à l’effort de déchiffrage des mots au profit exclusif de l’image, c’est abâtardir l’esprit, c’est galvauder la matière grise. Un film historique, fût-il de qualité, ne vaudra jamais un roman historique.
Une autre raison du déclin, dans notre pays, de langue française est qu’une vulgate populaire, bien ancrée chez nous, voudrait que la langue ne servît strictement qu’à communiquer. Aussi, beaucoup de nos concitoyens ne voient-ils pas l’utilité d’avoir un vocabulaire riche ou un langage recherché, l’essentiel étant de se faire comprendre. Cette vision utilitaire voire pragmatique de la langue est, à bien des égards, réductionniste. Si nous n’étions mus que par la stricte nécessité de communiquer, nous n’eussions point eu besoin de mots. De simples gestes, des cris et quelques onomatopées feraient largement l’affaire. Dois-je rappeler ici que les sourds-muets communiquent très bien avec de simples gestes. La langue n’est donc pas réductible à sa seule dimension véhiculaire, elle est aussi esthétique, ornementale. La pluralité des mots, c’est aussi la pluralité des idées et des sensations qu’ils expriment. «Les mots sont consubstantiels à la pensée, à l’idée » disait un célèbre avocat. En effet, l’idée ne devient claire que lorsqu’elle trouve les mots. Avant qu’elle ne les trouve, elle n’est rien d’autre qu’une intuition aléatoire. Condillac disait d’ailleurs à juste titre : « L’art de bien penser se résume à l’art de bien parler ». On pense dans les mots. Les mots ne sont pas que l’expression de la pensée, ils la façonnent, la forgent, l’ordonnent en même temps qu’ils l’expriment.
Nous voyons donc que la langue n’est pas seulement la condition de l’expression, elle est aussi la condition de la pensée. Les mots étant consubstantiels à l’idée, le déclin de la langue est indissociable de celui des idées, de la pensée. Dès lors, il appert que la dégradation de la langue française dans notre pays affecte inévitablement la matière grise nationale. La langue française est donc un enjeu national, son enseignement dans nos écoles doit être repensé et nécessite une réforme en profondeur de notre système éducatif. Un jour, disait Nietzsche, il n’y aura plus d’autres réflexions que celles portant sur l’éducation. Au Sénégal, il nous tarde de voir enfin ce jour arriver.

EL HADJI MALICK SALL ELIMANE DONAYE
milkspe@yahoo.fr










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