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La pléthore de coalitions en compétition le 30 juillet 2017 n’a pas que du mauvais (Par Pr Demba Sow)


Rédigé par leral.net le Lundi 19 Juin 2017 à 14:23 | | 0 commentaire(s)|

Nombreux sont ceux qui pensent que la pléthore de coalitions de partis politiques prenant part au scrutin du 30 juillet 2017, montre que notre démocratie a de réelles insuffisances à combler au plus vite.

Les 47 listes validées par le Ministère de l’Intérieur constituent un triste record montrant combien nos politiciens sont avides de pouvoir et de privilèges. La quasi-totalité des responsables et militants des partis politiques veulent être députés. Cela laisse croire qu’ils ne pensent qu’à eux, aux avantages liés au poste de parlementaire, les intérêts des citoyens relégués au second plan.

Certains députés sortants non investis ou responsables politiques ne figurant pas sur les listes des candidats, se sont montrés ces jours-ci, lamentables, en s'en prenant vertement aux présidents de coalitions uniquement parce qu'ils vont perdre ou ne bénéficieront pas des avantages inhérents aux fonctions de député.

Leurs protestations véhémentes ne sont en fait sous-tendues par aucun argumentaire crédible. Ils ne démontrent pas que leur absence sur les listes va coûter la victoire à leurs coalitions ou impacter négativement la qualité du travail parlementaire de la 13e législature.

Ils crient dans les médias, sans sourciller, qu’ils ne se reconnaissent pas à titre personnel, dans les listes confectionnées par les mandataires des coalitions, qu’ils ont été humiliés voire insultés parce que ne figurant pas sur les listes de candidatures.

D’autres menacent, prétextant que leurs partis ont été lésés et qu’ils ne se laisseront pas faire. A dire vrai, certains recalés de la confection des listes de candidats députés n’ont pas d’arguments autres que défendre leurs intérêts personnels et immédiats.

Une réflexion sur cette pléthore de coalitions engagées dans la consultation électorale du 30 juillet 2017, montre que les nombreux partis politiques créés au Sénégal ne visent pas dans leur majorité la conquête du pouvoir, comme pourtant toujours bien mentionné dans leurs textes statutaires.

Beaucoup de formations politiques ont été créées en vérité pour intégrer une coalition afin de permettre au mentor du parti d'exister, de parler au nom du peuple sans mandat, de bénéficier des largesses du chef de la coalition et d’être promu en cas de conquête du pouvoir. De nombreuses illustrations de cette allégation existent.

Le nombre de ces alliances exagérément élevé, montre aussi que beaucoup de partis politiques au Sénégal n'osent pas aller aux élections sous leurs propres bannières Si une loi permettait de dissoudre les formations politiques n’ayant pas participé seules à une élection, moins d’une vingtaine resterait légale.

Pour illustrer cette peur des élections, beaucoup de responsables politiques protestent actuellement après la publication des listes nationales et départementales parce que se sentant lésés mais sans velléités sérieuses de quitter leurs coalitions.

Ces responsables savent pertinemment que le nombre de députés attribué à leurs partis est supérieur de loin, à ce qu'ils auraient obtenu s'ils étaient allés seuls aux élections.

Le Président de BBY a raison d’affirmer avec force, que les frustrations déclarées par ci par là, ne mettront nullement en péril l’APR et BBY. Des votes-sanctions ne sont pas à exclure mais BBY va transcender cette période post investiture et survivra tant que leurs leaders seront bien « bien casés ».

Le nombre élevé de coalitions est aussi le reflet de l’immaturité d’une bonne partie de notre classe politique et de son manque d’engagement pour l’intérêt national. Il est regrettable que la formation des coalitions ne soit pas fondée sur une vision politique commune de l'avenir du Sénégal.

Aucune des 47 coalitions n’a un programme commun de gouvernement ou quelque chose qui lui ressemble. Nos leaders politiciens ne parlent jamais de programmes ou de projets lors de leurs rencontres.

Les préoccupations majeures du moment des populations ne sont pas prises en compte : agriculture, élevage, éducation, sécurité, environnement, santé, mines, industries etc.

Les coalitions engagées dans les élections législatives du 30 juillet 2017 sont quasiment toutes électoralistes. C'est pourquoi elles sont fragiles et se disloquent à la moindre secousse politique.

Les illustrations ne manquent pas. Que sont devenues les coalitions du Président Diouf et du Président Wade après la perte du pouvoir ainsi que celles de leurs oppositions respectives de l’époque ?

La CAP21 qui semblait donner des signes de solidité à toute épreuve, s’est disloquée immédiatement après la défaite du 25 mars 2012. BBY semble faire exception mais à quel prix et jusqu'à quand. Après les élections du 30 juillet 2017, beaucoup de coalitions de l’opposition vont disparaître et d’autres vont naître sur leurs cendres.

La pléthore de coalitions engagées dans les élections législatives du 30 juillet 2017, n’a pas que du négatif en terme qualitatif pour la 13e législature. Si toutes les têtes de listes nationales proportionnelles sont élues députés, notre assemblée nationale pourrait être l'une des meilleures depuis l'indépendance du Sénégal.

Le niveau intellectuel de ces leaders, leurs expériences politiques et maîtrise des dossiers économiques et des textes législatifs sont des gages que les débats au parlement pourraient être de haut niveau, avec des échanges présumés civilisés, dignes d’une démocratie majeure comme la nôtre.

Sans ce nombre pléthorique de coalitions, les investitures qui ne sont fondées que sur la combinaison permettant de gagner, ne devrait pas permettre d’avoir un nombre critique d'intellectuels au Parlement.

En regardant de près les listes des investis, on voit nettement que les candidats, dans leur majorité, n'ont pas le niveau requis pour un débat parlementaire de haute facture.

Tout semble montrer que le prochain parlement du Sénégal serait différent du sortant, le plus nul depuis 1960 selon les spécialistes, grâce au nombre pléthorique de coalitions prenant part au scrutin du 30 juillet 2017.

Pr Demba Sow
Ancien député








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