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La plongée des cours des minéraux menace la croissance de l'Afrique

Rédigé par leral .net le 23 Décembre 2008 à 04:59 | Lu 457 fois

LE CAP (AFP) — La plongée des cours des minéraux ces derniers mois a fait chuter la production des mines d'Afrique, qui abrite 30% des réserves mondiales, et menace le financement de la lutte contre la pauvreté dans des pays à l'économie dépendante de l'activité d'extraction.


La plongée des cours des minéraux menace la croissance de l'Afrique
Certaines mines ont déjà commencé à licencier, comme dans les puits de cuivre de Zambie. Mais si la tendance ne s'inverse pas rapidement, l'impact se fera sentir surtout sur les dépenses de l'Etat, avertissent les analystes.
"La dépréciation des cours a été extrêmement sévère" en 2008, souligne Leon Myburgh, un économiste sud-africain de la banque américaine Citigroup, après une reprise constante depuis 2003 qui a porté la croissance moyenne des pays d'Afrique autour de 5% ces dernières années.
L'Afrique compte parmi les continents les plus riches en or (40% des réserves mondiales), cobalt (60%), platine (90%, dont l'essentiel est en Afrique du Sud), chrome (72%) et diamants (65%). Mais le continent peine à diversifier ses économies, et subit de plein fouet l'impact de l'évolution des cours.
La Zambie et la République démocratique du Congo (RDC) font partie des pays les plus fragiles. "Ces deux pays ont enregistré une baisse très nette de leurs revenus d'exportation", relève M. Myburgh. Déjà, "la capacité des gouvernements à lutter contre la pauvreté en souffre."
Le prix du cuivre - 85% des exportations de la Zambie - a plongé de 8.000 US dollars par tonne à 3.100 USD en l'espace de six mois.
La crise économique mondiale n'a fait que renforcer la baisse des cours entraînée par une surproduction du métal due à la constitution de stocks massifs par les spéculateurs. Et la chute de la demande en matières premières en Chine se traduit directement en Zambie, où l'essentiel des investissements récents est venu de la puissance asiatique.
L'industrie minière en Zambie soutient tout le reste de l'économie, et le ralentissement a des conséquences potentiellement dévastatrices dans un pays où 64% de la population vit sous le seuil de pauvreté.
"Nous allons vers des licenciements massifs", prévoit Chibamba Kanyama, de l'Association des économistes de Zambie. "Nous avons déjà perdu 2.000 emplois, ce qui est beaucoup pour un pays où seulement 40.000 personnes ont un travail formel." "C'est une catastrophe", estime-t-il.
Au Zimbabwe, dont toute l'économie traverse déjà une crise dramatique, la plus grande mine de platine du pays, Zimplats, risque de fermer en raison de la chute des cours, viennent d'avertir ses dirigeants.
Même en Afrique du Sud, première puissance économique du continent, les fêtes de fin d'année ne sont guère joyeuses pour les milliers de mineurs placés en congés obligatoires, qui ignorent s'ils reprendront le travail en janvier.
Le prix des diamants a chuté de 30% depuis octobre. Le géant des diamants anglo/sud-africain De Beers a mis fin à l'exploitation continue des puits, qui "ne fonctionnent plus 24 heures sur 24", explique son porte-parole, Tom Tweedy.
L'allègement des équipes, souligne-t-il, concerne toute l'Afrique australe. Il sera revu en janvier.
Au Botswana, plus gros producteur de diamants au monde, la fermeture annoncée de deux mines pendant 12 mois menace plus d'un millier d'emplois.
En Afrique du Sud, la crise mondiale s'est ajoutée à la déficience des infrastructures électriques, qui avait déjà contraint en début d'année les mines à baisser de 10% leur consommation d'énergie, et donc leur production.
Selon le syndicat du secteur, 32.000 salariés ont perdu leur emploi au 3e trimestre 2008, soit 10% des mineurs du pays. Un nombre équivalent serait menacé de licenciement.
Lesiba Seshoka, porte-parole du syndicat, avoue l'impuissance de l'organisation face à la chute des cours. "Le platine, par exemple, a perdu plus de la moitié de sa valeur sur les marchés internationaux. La situation nous dépasse", soupire-t-il.