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La reine des tabloïds sur le gril à Londres

le 12 Mai 2012 à 11:25 | Lu 544 fois

David Cameron terminait parfois ses textos à Rebekah Brooks par la formule «LOL». Il a arrêté d'utiliser l'acronyme lorsque la papesse des médias britannique l'a averti qu'il ne signifiait pas «lots of love» (beaucoup d'amour) comme il le pensait, mais plus généralement «laugh out loud» (rire à haute voix).


La reine des tabloïds sur le gril à Londres
Ces touchants échanges en langage adolescent entre le premier ministre et la patronne du plus grand groupe de médias du pays, filiale du groupe News Corp du magnat Rupert Murdoch, étaient monnaie courante. «En moyenne, une ou deux fois par semaine», a admis vendredi Rebekah Brooks lors de son audition devant la commission d'investigation du juge Leveson sur les pratiques des médias. Malheureusement, ces messages ont disparu.

Cette enquête publique, lancée par David Cameron après le scandale des écoutes téléphoniques du tabloïd News of the World l'été dernier, pourrait se retourner contre le premier ministre ou certains membres de son gouvernement. Au fil des auditions se dessine en effet une proximité dangereuse confinant souvent au mélange des genres entre dirigeants des médias et politiciens.

«Gardez la tête haute»
Après les Murdoch père et fils il y a deux semaines, après Andy Coulson jeudi, ancien rédacteur en chef de News of the World embauché comme responsable de la communication de Cameron (remercié depuis), c'était donc au tour de la passionaria des tabloïds d'être placée sur le gril pendant cinq heures.

À 43 ans, Rebekah Brooks a été arrêtée deux fois et fait l'objet d'enquêtes policières pour interception de communications, suspicion de corruption et atteinte à l'exercice de la justice. Elle a démissionné en juillet dernier de ses fonctions de PDG de News International, qu'elle occupait depuis deux ans, après avoir été successivement directrice de la rédaction de News of the Worldet du Sun, les deux plus gros tirages de la presse britannique, propriétés du groupe Murdoch. Cette autodidacte - elle a débuté comme secrétaire après un passage à la Sorbonne et à la revue française L'Architecture d'aujourd'hui - s'est imposée comme l'une des plus influentes personnalités britanniques, proche des plus hauts responsables politiques.

Avec Tony Blair, cette rousse à la crinière flamboyante a développé au fil du temps «une amitié». L'époque n'était pas aux SMS affectueux - «il n'avait pas de portable» -, mais des dîners en tête à tête avaient lieu, entre autres occasions plus ou moins mondaines.

Avec Cameron, des relations de voisinage se forgent dans leurs maisons de campagne de l'Oxfordshire, distantes de quelques kilomètres. Le mari de Brooks était un condisciple du premier ministre à Eton. On se voit plus ou moins à l'improviste, trois fois pendant les vacances de Noël 2010. David et Rebekah montent ensemble à cheval, notamment une jument à la retraite de la police prêtée par Scotland Yard.

«Gardez la tête haute»
Quand Rebekah démissionne face au scandale du piratage de la boîte vocale d'une adolescente assassinée, Cameron lui fait parvenir un message lui recommandant de «garder la tête haute» et s'excuse de ne plus pouvoir lui être «aussi loyal qu'avant» en public.

Plus embarrassant pour son gouvernement, l'audition de vendredi a révélé un e-mail du lobbyiste du groupe News Corp, Frédéric Michel, à Rebekah Brooks, dans lequel il affirme que le ministre de la Culture conservateur, Jeremy Hunt, déjà sur la sellette pour sa proximité avec les Murdoch, lui aurait demandé de lui fournir en privé des conseils sur la façon de réagir au scandale des écoutes pour «guider son positionnement et celui de Downing Street».

Jeremy Hunt, plusieurs autres ministres et David Cameron en personne devront témoigner à leur tour devant la commission d'investigation prochainement.


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