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«La trêve doit permettre aux mareros de se réinsérer»

le 23 Juillet 2012 à 15:28 | Lu 398 fois

L'évêque aux armées du Salvador, Mgr Fabio Colindres, joue un rôle essentiel dans les négociations entre les principales maras.


«La trêve doit permettre aux mareros de se réinsérer»
LE FIGARO. - Comment avez-vous réuni autour d'une même table les ennemis jurés de la mara Salvatrucha (MS) et de la 18?

Mgr Fabio COLINDRES.- J'ai d'abord reçu des demandes des prisonniers et de leur famille pour obtenir un meilleur traitement. Je me suis approché d'eux et nous nous sommes réunis avec les leaders de chaque mara, séparément. Je leur ai demandé si on pouvait envisager d'agir ensemble pour faire baisser le taux d'homicides dans le pays. Ils ont trouvé que c'était une opportunité pour attirer l'attention sur leurs conditions de vie et celle de leur famille. Ils ont compris qu'ils pouvaient s'impliquer dans la baisse de la criminalité, que le traitement qu'ils subissent en prison pouvait s'améliorer. Les réunions ont ensuite pu se dérouler avec les représentants des deux maras, une quinzaine d'entre eux à chaque fois. Raul Mijango, représentant de la société civile, et moi étions là pour faciliter le dialogue, pour les aider à trouver un terrain d'entente. De mon côté, je me suis engagé à chercher comment, dans le cadre de la loi, leurs conditions de détention pouvaient être améliorées.

Comment les leaders de la 18 et de MS ont-ils gardé un tel ascendant sur leurs troupes depuis la prison?

Au Salvador, les maras ont une structure hiérarchique très pyramidale. Les chefs ont conservé, malgré les années de prison, un pouvoir très important sur leur troupe. Ils sont très respectés.

La négociation porte donc sur une baisse de la criminalité en échange de meilleures conditions d'incarcération?

Non, ils n'ont jamais rien demandé en échange de la baisse de la criminalité. La négociation se passait entre les MS et les 18. Ils ne nous ont jamais imposé de changer de prison. Le transfert a été décidé dans le cadre strict de la loi.

Le nombre de meurtres a baissé, mais la criminalité perdure. Quelle est la prochaine étape?

Nous voudrions sortir d'un processus de trêve pour entrer dans un processus de paix. Nous espérons que la visite du secrétaire général de l'Organisation des États américains, José Miguel Insulza, donnera une impulsion vers cette nouvelle étape. C'est un expert en dialogue et en processus de paix. Nous avons une opportunité historique.

Comment faire abandonner au mareros les activités illicites alors qu'il s'agit de leur seule source de revenus?

C'est le point névralgique. La trêve comme le processus de paix doivent nous permettre de leur proposer une réinsertion dans la vie nationale. Il faut que la prison leur offre la possibilité de se réhabiliter. C'est un processus inédit dans le monde. Les entreprises privées peuvent participer au processus. Il faut le rendre durable en permettant aux mareros de trouver des sources de revenus nouvelles et légales. Nous avons beaucoup parlé avec eux de la nécessité de ce processus de paix. Ils sont très conscients que cette étape est indispensable pour leur assurer une vie meilleure. Ils m'ont étonné sur ce point: la paix est leur objectif et ils sentent qu'ils ont une opportunité historique pour assurer un futur à leurs enfants, à leur famille mais aussi à la nation. Ils ont tous des enfants et ils pensent à leur avenir.



Par Patrick Bèle


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