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La victoire cachée d'Angela Merkel à Bruxelles

le 3 Juillet 2012 à 11:57 | Lu 478 fois

Les apparentes concessions de la chancelière allemande lors du sommet européen ne remettent pas en cause sa vision d'une Europe plus intégrée


La victoire cachée d'Angela Merkel à Bruxelles
La «défaite» d'Angela Merkel au sommet de Bruxelles était-elle en réalité une victoire habilement déguisée? C'est ce qu'affirment analystes et médias allemands avec un peu de recul, après avoir dénoncé dans un premier temps la «capitulation» de la chancelière face à l'Italie, l'Espagne et la France. Cependant, le sauvetage de la zone euro est désormais soumis à la volonté des juges de la Cour constitutionnelle de Karlsruhe, qui doit entériner la ratification du Bundestag avant la mise en œuvre du MES (Mécanisme européen de stabilité).

«Elle a trébuché, ont critiqué de nombreuses voix allemandes. Mais si Merkel a plié, c'est avec agilité», se félicite le quotidien économique Financial Times Deutschland (FTD). La principale concession de la chancelière a porté sur le pouvoir donné au MES de recapitaliser directement les banques. Selon les déclarations données après le sommet, la chancelière n'a accepté cette décision que sous la menace de Mario Monti de retirer son appui au nouveau «pacte de croissance» européen dont elle avait besoin pour emporter les votes cruciaux de vendredi soir au Parlement allemand.

En réalité, Merkel avait posé une seule condition à ce principe en réclamant le soutien de ses partenaires à une demande clé de Berlin: la création d'une autorité centralisée de supervision des banques affiliée à la Banque centrale européenne (BCE). Les modalités de fonctionnement de cette nouvelle autorité restent à définir, mais sa création pourrait à terme apparaître comme une victoire de la chancelière et de sa vision d'une Europe intégrée dotée de moyens de contrôle centralisés. La perte de souveraineté qu'elle implique pourrait donc apparaître au grand jour une fois que le projet aura pris corps, en principe avant la fin de l'année.

Mesure inoffensive
Pour le chef de l'institut IFO, Hans-Werner Sinn, «la stabilité allemande est désormais en danger», parce que «la République fédérale est de plus en plus impliquée dans la crise des pays du sud de l'Europe» après des «pressions inégalées exercées sur un chancelier allemand depuis la guerre».

Mais, après décryptage des experts allemands l'autre concession de Berlin, réclamée par l'Italie, - la possibilité pour le MES d'acheter directement des obligations souveraines sur les marchés, sans demande officielle d'un Etat - paraît plutôt inoffensive. Berlin la présente comme une mesure devant permettre à Rome de «sauver la face»… alors que l'aide financière reste soumise à un mémorandum et à la surveillance de la troïka (UE, BCE, FMI).

Berlin semble davantage embarrassé par l'attente de la ratification allemande suspendue à la décision de la Cour de Karlsruhe. Les juges se sont donné trois semaines, pour trancher la légalité du MES et du Pacte budgétaire. Les experts légaux du gouvernement estiment que les sages devraient donner leur feu vert.

Théoriquement, ils n'ont pas à se prononcer sur les dernières modalités du MES, décidées à Bruxelles, et qui pourraient poser problème. Ils sont censés le faire après un nouveau vote du Bundestag dans plusieurs mois.



Par Patrick Saint-Paul