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Le 11 Septembre pèse toujours sur la communauté sikhe

le 10 Août 2012 à 12:23 | Lu 242 fois

La communauté sikhe américaine est sous le choc après l'assassinat de six des leurs dans le Wisconsin par un ancien soldat influencé par les thèses néonazies et de la suprématie de la race blanche.


Le 11 Septembre pèse toujours sur la communauté sikhe
Un foulard imprimé du drapeau américain noué sur la tête, Neal Singh se tient bien droit face au temple sikh, le visage éclairé par la bougie qu'il brandit en silence, pour honorer la mémoire des six membres de sa communauté tués dimanche dans le Wisconsin. Quelque 300 personnes ont convergé vers ce lieu de culte, niché au milieu de la campagne, à Potomac, riche ville du Maryland située dans la banlieue de Washington. La majorité des présents - hommes portant des turbans et des barbes, femmes arborant des voiles légers sur leurs longs cheveux bruns -, sont sikhs, mais des membres d'autres confessions se pressent à leurs côtés, pour une veillée du souvenir. «Je ressens beaucoup de tristesse, mais aussi de la fierté car notre communauté sikhe montre sa force et sa mobilisation dans l'adversité. Et puis, il y a tous ces gens, chrétiens, juifs et musulmans, qui sont venus ce soir. Cela fait chaud au cœur, car cela montre que nous sommes unis, tous américains. C'est pour cela que j'ai tenu à mettre ce foulard», explique Neal, un étudiant de master. Le jeune homme reconnaît toutefois «ne pas avoir été vraiment surpris» par l'attentat, vu le climat dans lequel vit la communauté sikhe depuis le 11 Septembre. «Cela devait arriver, dit-il, car beaucoup de gens ici s'imaginent que si vous portez un turban, vous êtes nécessairement un terroriste!»

Il raconte comment, à l'âge de 16 ans, en Californie, il s'est fait poursuivre dans un parking par des skinheads qui lui ont tiré dessus avec un revolver. «C'était en 2004. Ils ont essayé de m'avoir, mais j'ai couru! J'ai eu tellement peur. C'est le résultat de la haine et de l'ignorance.»

Quolibets et humiliations
Si l'attentat de Oak Creek dans le Wisconsin a stupéfié la communauté sikhe, ses responsables soulignent, comme Neal, que la vie des Sikhs n'a pas été facile ces dix dernières années. Depuis les attentats contre les tours jumelles, ses membres, confondus à tort avec les musulmans en raison de leurs turbans et de leurs barbes, sont souvent pris à partie. Quolibets, humiliations, incidents violents… La coalition sikhe de Washington a signalé quelque 700 cas d'actes racistes et les violences ont été si nombreuses qu'une centaine de magistrats ont demandé au département de la Justice, en avril dernier, de rassembler des données précises. Un tableau qui en dit long sur la fragilité du «paradis» multiculturel américain, et qui fait écho aux problèmes que rencontre la communauté musulmane aux États-Unis depuis les attaques contre les tours jumelles.

«Ils nous prennent pour des musulmans sans savoir que nos relations avec ces derniers ne sont pas bonnes», note Angu, Singh, 52 ans, une mère de famille, «choquée» par l'attentat. Elle explique avoir quitté l'Inde pour fuir la violence religieuse en 1985. «Si l'Amérique n'est plus sûre, où aller?», s'interroge-t-elle. Elle raconte l'attaque dont fut victime son mari au mois de décembre 2001, alors qu'il revenait du travail, parce qu'il portait un turban. Dans la rue, des inconnus lui collent une arme sur la tempe, en lui disant qu'il va mourir. Il est forcé de s'agenouiller et bourré de coups. «Il leur a répété qu'il n'était pas musulman et qu'il n'avait rien à voir avec tout ça et c'est comme ça qu'il s'en est sorti. Depuis, il ne porte plus le turban, sauf au temple, car il a peur», dit sa femme. Angu dit pourtant toujours croire «à la tolérance» de la société américaine qui, dans l'ensemble, «compatit à ce qui nous arrive». «J'ai foi en ce pays, j'ai toujours dit à mes enfants qu'ils étaient américains d'abord.»

Un vieil homme à la barbe blanche taillée, coiffé d'un turban noir, acquiesce: «Parfois, d'un malheur peut sortir un bien, dit-il. Avec cet attentat, nous avons une chance de nous faire connaître et d'expliquer ce qu'est la religion sikhe, une religion de paix et de tolérance.» La foi sikhe est née au XVe siècle en Inde sous l'impulsion du guru Nanak Dev, en réaction aux tensions qui opposaient les hindous aux musulmans. Elle compte aujourd'hui quelque 30 millions de pratiquants, dont 500.000 à 700.000 aux États-Unis.



Par Laure Mandeville