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Le Français Devillers se rend en Chine pour témoigner

le 19 Juillet 2012 à 10:32 | Lu 388 fois

L'architecte est sorti de prison au Cambodge et a accepté de collaborer à l'enquête de Pékin sur Bo Xilai et sa femme.


Le Français Devillers se rend en Chine pour témoigner
Correspondant à Pékin

Le «Français de l'affaire Bo Xilai» revient au cœur de la rude tempête politique chinoise. Patrick Devillers était en prison au Cambodge depuis le 13 juin, arrêté à la demande de Pékin qui demandait instamment son extradition pour nourrir son dossier sur le couple déchu de la nomenklatura. Depuis mercredi, il est libre et a gagné la Chine «volontairement», pour y être entendu comme «témoin».

Le chef adjoint de la police cambodgienne, Sok Pal, a indiqué qu'il était parti dans un avion pour la Chine «de son plein gré» - à destination de Shanghaï apparemment - et que «l'ambassade française était 100% d'accord avec cela». Mercredi, l'ambassade de France en Chine se refusait à tout commentaire sur le sujet. Mais le Quai d'Orsay a confirmé que le Français s'est rendu en Chine «volontairement», et qu'il avait assuré les diplomates français avoir «obtenu des autorités chinoises un certain nombre de garanties». La France «n'est pas partie aux discussions qui ont eu lieu à Phnom Penh entre M. Devillers et les autorités chinoises. Il ne nous appartient donc pas de les commenter», a ajouté le porte-parole, Bernard Valero, précisant que l'architecte bénéficierait de la protection consulaire française en Chine.

Que peut apporter Devillers aux dirigeants chinois? Vraisemblablement des éléments sur les menées financières illégales de Gu Kailai, l'épouse de Bo Xilai. Cette dernière est suspectée du meurtre de Neil Heywood, ressortissant britannique retrouvé mort dans sa chambre d'hôtel à Chongqing en novembre dernier. Or, Patrick Devillers faisait comme lui partie de ce petit cercle «d'amis étrangers» de Gu Kailai et de son mari, depuis qu'il avait fait leur connaissance à Dalian dans les années 1990.

«Partenaires»
Patrick Devillers aurait commencé, dès cette époque, à travailler avec la femme de Bo Xilai, alors avocate, au sein du cabinet Horas. Puis, quand en 2000 Gu Kalai gagne la Grande-Bretagne pour les études de son fils, Devillers devient son partenaire dans le cabinet Adad, chargé de sélectionner des architectes européens pour des projets en Chine. En 2006, quand il enregistre une société au Luxembourg, Devillers utilise encore l'adresse pékinoise d'Ang Dao Law Firm, un cabinet lié à Gu Kailai. Les deux «partenaires» auraient aussi partagé un appartement dans la ville de Bournemouth, sur la côte anglaise, et certains suspectent une liaison plus intime entre eux.

De ce que les autorités chinoises ont laissé filtrer, on comprend que Neil Heywood aidait la famille Bo Xilai à sortir de l'argent illégalement de Chine. Les citoyens chinois ne sont en effet pas autorisés à transférer plus de 50.000 dollars par an à l'extérieur du pays. Le malheureux Britannique aurait été tué parce qu'à la suite d'un différend, il menaçait de révéler ces agissements frauduleux. Devillers était-il un autre acteur de ce système? Fin juin, le ministre cambodgien de l'Information, Khieu Kanharith, a déclaré que le Français était détenu en raison de liens financiers avec Gu Kailai, puisqu'il semble qu'il «gardait de l'argent pour elle».

La façon dont Patrick Devillers va être «débriefé» par les autorités chinoises reste un mystère. Il est en tout cas peu banal de voir un ressortissant français en position de donner des éléments clés dans une affaire impliquant un des plus hauts dirigeants communistes chinois.


Par Arnaud de La Grange