Leral.net | S'informer en temps réel



"Le Grand Débat" de la présidentielle: à chacun son quart d'heure de gloire

Rédigé par Massene Diop le 21 Mars 2017 à 07:52 | Lu 1786 fois

Au terme de 3h20 d'échanges souvent animés, les cinq candidats ont réussi à tirer leur épingle du jeu dans leur domaine de prédilection.


PRESIDENTIELLE 2017 - Certains redoutaient un premier débat télévisé inodore et sans saveur avec cinq candidats paralysés par l'enjeu. Il n'en fut rien. Après une première demi heure poussive au cours de laquelle chacun est resté dans son couloir, "Le Grand débat" de TF1  opposant ce lundi 20 mars Marine Le PenEmmanuel MacronFrançois FillonBenoît Hamon  et Jean-Luc Mélenchon  a pris son envol, donnant de fait le coup d'envoi d'une campagne présidentielle hautement incertaine.

 

Pas sûr que cette première joute cathodique n'ait fait basculer le scrutin tant sa durée aura pu décourager les plus mordus de politique. Manquaient d'ailleurs à l'appel six des onze candidats officiellement en lice, recalés par la chaîne au nom de la clarté des échanges. Si Marine Le Pen, François Fillon et Emmanuel Macron ont jugé bon de critiquer ce choix (qu'ils ont pourtant accepté), ce casting aura au moins permis aux cinq candidats présents de s'exprimer longuement.

 

Très longuement. Près de 3h30 de discussions et de propositions en rafales, entrecoupées de passes d'armes, d'interpellations et de quelques traits d'humour portés par un Jean-Luc Mélenchon particulièrement en forme. Un sondage Elabe pour BFMTV réalisé pendant l'émission  a d'ailleurs plaidé en faveur du candidat de la France insoumise. Si Emmanuel Macron a été jugé le plus convaincant par 29% des téléspectateurs, l'eurodéputé se classe deuxième (20%), juste devant François Fillon et Marine Le Pen (19%) mais loin devant son rival socialiste Benoît Hamon (11%).

 

Dans les faits, chacun des participants a eu droit à son quart d'heure de gloire ce lundi soir.

POUR MACRON, LA MEILLEURE ATTAQUE, C'EST LA DEFENSE

On connaissait Emmanuel Macron en champion de la "bienveillance", on le connaissait moins en boxeur prêt à répliquer aux coups en dessous de la ceinture. Si l'ancien ministre de l'Economie a passé un long moment à chercher des points d'accord avec ses adversaires, y compris Marine Le Pen, le fondateur d'En Marche! a su se montrer pugnace lorsqu'il se faisait harceler par ses compétiteurs. Et les occasions n'ont pas manqué tant l'ancien banquier d'affaires a concentré les critiques. "Vous vous ennuieriez si je n'étais pas là", a-t-il ironisé en mettant les rieurs de son côté.

 

Bousculé sur les conflits d'intérêts et sur ses généreux donateurs, attaqué sur le burkini comme sur le flou de sa stratégie internationale, le candidat réformiste a haussé le ton, poussant à plusieurs reprises Marine Le Pen dans les cordes dont il avait choisi de faire son unique adversaire. "C'est le vide sidéral", "vous arrivez à parler sept minutes et je suis incapable de résumer votre pensée", a raillé la candidate du FN. "Contrairement à vous je ne veux pas pactiser avec Poutine", lui a-t-il rétorqué.

 

 
 

Sans cesse renvoyé à son statut d'ancien ministre de François Hollande, Emmanuel Macron a habilement droitisé son discours en donnant raison à François Fillon à plusieurs reprises sur les questions économiques. Sa conclusion? Incarner l'alternance au "tic tac" des majorités de droite comme de gauche.

CHEZ MELENCHON, L'HUMOUR EST UN SPORT DE COMBAT

Si Jean-Luc Mélenchon cherchait à gommer son image de politique agressif, il n'a pas perdu sa soirée. Détendu, concentré, parfois grave, le candidat de la France insoumise a surtout marqué ce premier débat par une série de traits d'esprits qui ont souvent fait mouche. Concluant une longue prise de bec opposant Emmanuel Macron à Benoît Hamon d'un cinglant "il faut bien qu'il y ait un débat au PS", ironisant sur la "police du vêtement" voulue par Marine Le Pen, Jean-Luc Mélenchon a plusieurs fois provoqué des éclats de rire sans rien sacrifier sur le fond.

 

 
 

"J'ai admiré vos pudeurs de gazelle, quand vous dites que le débat a été pollué par les affaires de certains d'entre nous. Pardon, pas moi !", a-t-il mis les pieds dans le plat en désignant Marine Le Pen et François Fillon.

Plus didactique qu'idéologue, l'eurodéputé a trouvé le tempo pour se démarquer même si certains thèmes comme la sécurité ne faisaient clairement pas partie de ses priorités.

MARINE LE PEN, L'INDEPENDANCE QUEL QU'EN SOIT LE PRIX

En tête de la quasi-totalité des sondages mais donnée perdante dans tous les cas de figure au second tour, Marine Le Pen était venue chercher un surcroît de crédibilité présidentielle sur TF1. Personne ou presque n'a cherché à la lui refuser. Seule femme sur le plateau, la présidente du Front national a pu dérouler, parfois sans aucune contradiction de ses compétiteurs, son projet contre l'immigration, contre "l'islam politique" et contre la mondialisation représentée à ses yeux par l'Union européenne. Ses saillies contre les ravages du libéralisme et le programme "de rupture" de François Fillon lui ont même valu le satisfecit de Jean-Luc Mélenchon.

La candidate d'extrême droite a tout de même vu le vernis de son costume républicain se craqueler quand elle a dû reconnaître qu'elle ne reviendrait pas sur le concordat d'Alsace-Moselle  alors même qu'elle prône l'application stricte de la laïcité partout sur le territoire français. Et sa promesse d'une sortie de l'euro synonyme de prospérité a laissé ses adversaires songeurs. Qu'importe. Marine Le Pen voulait s'affirmer comme la candidate de l'indépendance de la France face à l'Europe et au libre-échangisme. Personne ne lui a contesté le rôle.

FILLON INTRAITABLE SUR L'ECONOMIE

Entré fragilisé par les affaires sur le plateau de TF1, François Fillon a retrouvé son costume de candidat à la primaire, sobre, sans excès et concentré sur son programme. Eclipsé pendant la première moitié du débat, accumulant du retard dans son temps de parole, l'ancien premier ministre s'est rattrapé sur l'économie et sa promesse de rupture libérale, distribuant alors les bons et les mauvais points à ses compétiteurs. Promettant la "ruine" à Marine Le Pen et raillant les "rêves" non financés de ses rivaux, François Fillon s'est même offert plusieurs marques de soutien d'Emmanuel Macron qu'il a renvoyé plusieurs fois à son bilan.

A l'aise sur l'entreprise, François Fillon a moins brillé sur le plan des affaires. "Vous êtes très fort en soustraction, moins en addition quand il s'agit de votre propre argent", lui a infligé Benoît Hamon. Seule Marine Le Pen lui est venue en aide en raillant la "justice TGV". Un soutien pas tout à fait désintéressé et pas forcément d'une grande aide. En conclusion, l'ancien premier ministre a encore une fois reconnu partiellement ses fautes tout en promettant d'incarner la seule alternance possible. Des arguments qui font mouche dans son électorat.

HAMON, DEMANDEZ LE PROGRAMME

Appliqué et rarement pris en faute, Benoît Hamon s'est échiné à défendre son programme d'un bout à l'autre de ce débat. Auteur de piques biens senties, notamment lorsqu'il a ironisé sur une Marine Le Pen "droguée aux pages des faits divers" ou lorsqu'il a coincé Emmanuel Macron sur l'influence de ses donateurs, le vainqueur de la primaire socialiste a surtout cherché à vanter la "désirabilité" de ses propositions pour conjurer le réflexe de vote utile qui profite aujourd'hui au candidat d'En Marche!.

Les téléspectateurs n'ont pas été convaincus par sa prestation? En phase de reconquête, Benoît Hamon a tout de même su adresser quelques signaux stratégiques à son propre camp sans rompre avec son programme: défense de l'Union européenne, refus de céder à la Russie de Vladimir Poutine et accueil volontariste des réfugiés fuyant la guerre. La suite logique de son meeting de Bercy.

 

 
 

Geoffroy Clavel Chef du service politique du HuffPost