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Le Honduras tente de nettoyer sa police

le 27 Août 2012 à 09:13 | Lu 485 fois

Les forces de l'ordre sont accusées d'assassinats et d'alliances avec les narcos.


Le Honduras tente de nettoyer sa police
«La police hondurienne est un malade qui a besoin d'être soigné depuis longtemps parce que les moyens n'ont jamais été mis en œuvre pour éviter son infiltration par des délinquants», déplore le lieutenant-colonel Hector Ivan Mejia, porte-parole de la police hondurienne. «40 % des policiers sont corrompus», estime de son côté Martin Ponse, vice-président du Congrès. Beaucoup de Honduriens considèrent désormais la police comme une bande armée délinquante s'ajoutant aux maras et aux narcotrafiquants avec qui elle coopère.

Fin 2011, plusieurs événements ont montré à quel point la police était devenue une véritable menace pour la population. Le 21 octobre 2011, les corps de Rafael Alejandro Vargas Castellanos, 22 ans, et de Carlos David Pineda Rodriguez, 23 ans, sont retrouvés au bord d'une route. Ils avaient quitté des amis vers 1 heure du matin. La police a immédiatement accusé les maras. Le premier étant le fils de la rectrice de l'Université nationale autonome du Honduras (Unah), des médecins légistes de l'université ont mené l'enquête et ont retrouvé la vidéo d'une caméra de surveillance permettant de rétablir la vérité: on y voit des policiers tirant sur le véhicule des deux jeunes et blessant le fils de la rectrice à la colonne vertébrale. Deux voitures de police arrivent ensuite sur les lieux. Après discussion, ils décident d'embarquer leurs deux victimes à l'arrière d'un pick-up et s'en vont. Il était désormais évident que les deux jeunes avaient été achevés par la police. Cinq policiers seront arrêtés, détenus dans une prison, mais parviendront curieusement à s'échapper. Un seul a été retrouvé.

«Tester» les hauts gradés
En novembre 2011, Alfredo Landaverde, ancien conseiller du secrétariat à la Sécurité, accuse en direct à la télévision le directeur de la police: «Ricardo Ramirez sait qui sont les chefs du crime organisé… Il sait quels policiers participent aux bandes organisées, quels policiers ont leurs propres bandes délinquantes qui collaborent avec le trafic de drogue.» Il sera abattu par deux hommes à moto en sortant de chez lui.

Un dernier meurtre a contraint le directeur de la police à la démission: celui du journaliste de la radio HRN proche du président Pepe Lobo Sosa, Alfredo Villatoro. Il a été retrouvé dans un caniveau le 15 mai 2012 au petit matin, une balle dans la tête, vêtu d'un uniforme de la police, à quelques pas de la résidence du ministre de l'Intérieur. Le message était clair: «Laissez-nous tranquilles!» Le gouvernement était alors en train de mettre en place les moyens de «nettoyer la police». Ce crime a poussé les autorités à accélérer le processus d'épuration, commencé en décembre, d'une police en qui plus personne ne pouvait faire confiance.

Les autorités ont créé la Direction d'investigation et d'évaluation de la carrière policière (DIECP), qui s'est fixé comme objectif pour 2012 de «tester» les 300 plus hauts gradés de la police. Une enquête est d'abord effectuée sur le patrimoine du policier. Les éventuels antécédents judiciaires du gradé sont ensuite recherchés. Les policiers subissent également un test de dépistage de substances toxiques. Enfin, tous passent au détecteur de mensonge.

Sur la route de la drogue
Le gouvernement a également créé la Commission de réforme de la sécurité publique, présidée par Victor Mesa, ancien ministre de l'Intérieur de Zelaya: «Nous avons trois ans pour définir un nouveau modèle de sécurité publique: nouveau service de renseignements, code éthique, réforme de la formation des policiers, système permanent d'épuration de la police.» Problème: pour l'instant, la commission n'a reçu que très peu de financement. Malgré cela, Victor Mesa garde l'espoir que les choses puissent changer. «Le nouveau chef de la police a un avantage important: il n'y a aucune preuve qu'il soit lié de près ou de loin au crime organisé», estime-t-il. Enfin, un décret autorise le nouveau chef de la police, Juan Carlos Bonilla, à effectuer un premier travail de nettoyage dans ses rangs pendant 160 jours permettant d'évacuer les brebis galeuses les plus visibles.

Le Honduras est devenu l'escale privilégiée pour les petits avions assurant le transport de drogue à partir du Venezuela et de la Colombie à destination des États-Unis, depuis que la République dominicaine a installé en 2010 des radars. La géographie du pays est parfaite pour ce trafic, tant en termes de distance que de terrains vierges pour construire des pistes d'atterrissage clandestines.

La police, déjà perméable à la corruption, n'a pas été épargnée par le déferlement d'argent sale issu du trafic. Le Honduras est devenu en 2011 l'un des pays où se commettent le plus d'homicides volontaires sur la planète (86,5 pour 100 000) avec un triste record pour la ville atlantique de Ceiba en 2011: 149 selon l'Observatoire de la violence de l'Unah.


Par Patrick Bèle