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Le Japon pourrait sortir du nucléaire en 2030

le 25 Août 2012 à 11:34 | Lu 545 fois

Le gouvernement, déterminé à réduire la part de l'atome dans ses besoins énergétiques, va donner son verdict dans les prochains jours.


Le Japon pourrait sortir du nucléaire en 2030
Tokyo

Le Japon annoncera-t-il dans quelques jours l'abandon progressif du nucléaire? Le gouvernement étudie depuis des mois une réduction de la part de l'atome dans son «bouquet énergétique» (de 26 % avant la catastrophe de Fukushima) à l'horizon 2030. Trois options sont sur la table: 0 %, 15 % et 25 %. Le verdict doit être rendu dans quelques jours. Longtemps, l'option 15 % a semblé l'emporter. Mais depuis quelques jours, de toutes parts, du gouvernement à la société civile, les voix s'élèvent pour choisir un abandon total du nucléaire. Un choix qui irait à l'encontre de la politique énergétique du pays, qui glissait depuis quarante ans vers toujours plus de nucléaire.

Mardi, Motohisa Furukawa, en charge des politiques énergétiques au sein du gouvernement, a estimé devant des journalistes japonais que le pays devait progressivement abandonner l'atome. Les antinucléaires sont aujourd'hui majoritaires dans le pays. Le premier ministre Yoshihiko Noda a prévu d'organiser des élections avant la fin de l'année, et il ne peut pas se permettre davantage d'impopularité. Seuls 2 réacteurs sur 54, dans d'extrêmes difficultés politiques, ont été rallumés depuis Fukushima.

Un an après la catastrophe, le supposé tout-puissant «village nucléaire» japonais a rendu les armes. Il ne s'est même pas battu, opposant un mur de silence à ses adversaires en pensant qu'ils s'essouffleraient.

Poissons au césium
Paul Scalise, un des meilleurs analystes mondiaux du secteur de l'énergie japonais, revient sur ce qui s'est passé depuis le 11 mars 2011. À l'époque, malgré le traumatisme, les antinucléaires étaient encore considérés comme de doux rêveurs. «Dès l'année dernière, la fédération des opérateurs électriques a clairement indiqué qu'ils ne répondraient jamais aux analyses des antinucléaires. La fédération patronale a avancé mollement ses arguments, alors qu'elle est dotée d'excellents analystes et qu'elle a une vision claire des enjeux économiques réels d'une sortie du nucléaire. Le gouvernement s'est tu, pensant que les antinucléaires finiraient par disparaître», explique-t-il.

Finalement, ce sont ces derniers qui ont gagné la bataille médiatique, puis populaire. Chaque vendredi depuis des mois, une foule de dizaines de milliers de personnes se réunit devant le siège du gouvernement pour manifester. Un chiffre très impressionnant pour un peuple qui ne se mobilise pratiquement plus depuis les années 1970. Emmenés par l'écrivain Kenzaburo Oé, figure historique de l'antinucléaire depuis ses Notes de Hiroshima,leurs rangs grossissent semaine après semaine, alimentés par les mauvaises nouvelles en provenance de Fukushima: papillons mutants, poissons pleins de césium, suicides de paysans…

Promesses non tenues
Face à ces drames, la chute du Japon dans le déficit commercial, la hausse prochaine des coûts de l'énergie, le réchauffement climatique et la pollution induite par le retour aux énergies fossiles sont passées au second plan dans les journaux et l'opinion publique. «Il faudrait mobiliser massivement l'espace japonais, composé aux deux tiers de forêts, pour installer une infrastructure d'énergie renouvelable. Et ce sont les mêmes qui refusent qu'on touche aux forêts!», s'impatiente Paul Scalise. Seul espoir des pronucléaires: que les objectifs pour 2030 qu'annoncera le gouvernement soient contournés au gré des circonstances. L'histoire récente les porte à l'optimisme. En septembre 2009, le premier ministre, Yukio Hatoyama, claironnait devant l'Assemblée des Nations unies l'objectif de 25 % de réduction des rejets de CO2 d'ici à 2020 pour le Japon. Aujourd'hui plus personne ne se souvient dudit objectif, impossible à atteindre sans le nucléaire. Et Yukio Hatoyama est contre le nucléaire.

L'inquiétante piscine de Fukushima
Les experts s'accordent aujourd'hui à estimer que la piscine du réacteur 4, à Fukushima, représente le pire legs de la catastrophe du 11 mars 2011. Celle-ci contient 1.500 barres de combustible nucléaire. Une nouvelle secousse pourrait endommager davantage la piscine, la vider de son eau et déclencher le réchauffement inextinguible, donc l'émission radioactive, desdites barres. Ce scénario est peu probable, mais il existe. L'opérateur de la centrale Tokyo Electric a renforcé le bâtiment, et assure qu'il peut soutenir un séisme similaire à celui, historique, du 11 mars. Si celui-ci avait néanmoins lieu et que la piscine s'effondrait, les conséquences pourraient être similaires ou pires que celles de Fukushima. Cette fois encore, la direction du vent serait cruciale. En 2011, le vent avait poussé vers l'océan Pacifique les émissions radioactives de la centrale, les dispersant avant leur arrivée au-dessus de l'Amérique. Mais que le vent souffle à l'ouest, et ces radiations contamineraient une partie du nord du Japon, voire de la péninsule coréenne, et de la Chine. Tepco prévoit de retirer ces barres de combustibles à partir de fin 2013 au plus tôt. D'ici là…



Par Régis Arnaud