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Le Liban affiche une union de façade

le 14 Septembre 2012 à 10:09 | Lu 214 fois

La visite de Benoît XVI au pays du cèdre intervient dans un contexte de division, cristalisé par la crise syrienne.


Le Liban affiche une union de façade
À Beyrouth

Les messages de bienvenue en français, anglais ou arabe pavoisent les grandes artères du Liban. Les foules, chrétiennes et musulmanes, sont attendues au passage de la papamobile. Le pays tout entier se montre uni pour accueillir Benoît XVI. Une trêve qui ne durera que le temps de la visite pontificale, car le Liban est en réalité plus divisé que jamais, avec la crise syrienne qui cristallise des clivages multiples et compliqués menaçant la structure même de l'État libanais.

La classe politique est suspendue à l'évolution de la révolte contre le régime des Assad dont la tutelle sur son voisin s'est même exercée directement avant le retrait des troupes syriennes en 2005. «C'est bientôt la fin» ; «le régime peut encore tenir des mois» ; «après lui ce sera le chaos qui nous menace aussi»… chacun y va de son analyse. D'un côté, le camp dit du «14 mars», actuellement dans l'opposition, table sur la chute imminente de Bachar el-Assad et accuse le Hezbollah, le parti dominant du camp adverse de soutenir militairement la répression sanglante du soulèvement syrien. De l'autre, le Hezbollah, allié de l'Iran, considère Damas comme un maillon fondamental de l'axe qui les oppose aux États-Unis et ses alliés régionaux, israéliens d'une part, saoudiens et qatariens de l'autre.

Aucun des deux camps n'est pour l'instant en mesure de s'imposer à l'autre, d'où la permanence du gouvernement de coalition qui, bien que dominé par le Hezbollah, a officiellement opté pour la neutralité à l'égard de la crise syrienne.

«Jusqu'à présent le Hezbollah ne se laisse pas entraîner dans la logique suicidaire du régime Assad qui refermerait sur lui le piège de la confrontation régionale entre sunnites et chiites», explique Sami Nader, professeur de relations internationales à l'université Saint-Joseph. Le parti chiite espère que l'équilibre des forces régional lui restera favorable. «Le jour où cet équilibre changera il y aura non seulement redistribution des cartes au Liban, mais potentiellement remise en question fondamentale de la plate-forme institutionnelle actuelle.»

En attendant, c'est le statu quo. «L'État libanais est dans le coma», analyse Amine Kammourieh, du quotidien An Nahar. La paralysie se traduit par la déliquescence des institutions - le pays fonctionne sans budget depuis 2004 - et le pourrissement de la situation économique et sociale, aucune décision n'étant prise, que ce soit pour une simple nomination administrative, la création de l'autorité chargée de concrétiser les découvertes de gisements gaziers au large du Liban, ou même la production de courant électrique pour assurer un approvisionnement 24 heures sur 24. Le gouvernement peut tout au plus se targuer d'éteindre efficacement le feu, lorsque l'une des multiples poches d'insécurité menace de s'embraser. «L'armée, l'une des dernières institutions encore debout, est trop faible pour empêcher une éventuelle déflagration plus grave. Heureusement, à ce jour, il n'y a pas d'acteur externe ou interne qui ait décidé de transformer le Liban en théâtre de confrontation violente.»


Par Sibylle Rizk