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Le Liban rattrapé par le conflit syrien

le 24 Mai 2012 à 09:58 | Lu 882 fois

Le rapt de pèlerins chiites libanais dans la région d'Alep provoque des troubles à Beyrouth.


Le Liban rattrapé par le conflit syrien
Beyrouth

«Dissociation.» Résumée en ce maître mot, la ligne politique défendue par le premier ministre libanais Nagib Mikati depuis plus d'un an menace de voler en éclats car le Liban est rattrapé depuis quelques jours par le conflit qui se déroule de l'autre côté de sa frontière, en Syrie.

Il a fallu un appel au calme télévisé mardi soir du chef du Hezbollah, Hassan Nasrallah, pour éviter une nouvelle escalade de violence dans les rues de Beyrouth à la suite de l'enlèvement d'une quinzaine de Libanais dans la province d'Alep. Ces pèlerins ont, semble-t-il, été pris pour cible en raison de leur appartenance confessionnelle, les chiites étant indistinctement considérés comme des alliés du régime de Bachar el-Assad, soutenu par le Hezbollah et l'Iran. L'attribution de ce rapt à l'opposition syrienne par l'Agence nationale d'informations libanaise avait provoqué la colère de partisans du Hezbollah qui sont descendus par milliers dans les rues de la banlieue sud de Beyrouth pour couper les routes et brûler des pneus. Le Conseil national syrien a démenti toute implication, suggérant même que l'enlèvement était une manœuvre «du régime destinée à semer le chaos dans la région».

Manifestations sunnites
Hier, le chef de la diplomatie libanaise semblait croire à une libération rapide des otages dans un pays tiers, mais la tension restait très vive. Car les précédents jours, ce sont des sunnites revendiquant leur opposition à Bachar el-Assad qui occupaient le pavé, barrant des routes et brûlant des pneus dans la capitale et dans le nord du Liban. Une mobilisation motivée par un réflexe de défense de la communauté sunnite, relayé au plus haut niveau par le roi d'Arabie qui - fait exceptionnel - a écrit au président libanais Michel Sleimane pour déplorer que «l'une des principales communautés libanaises soit visée».

En cause, l'arrestation le 12 mai d'un islamiste sunnite accusé «d'appartenance à une organisation terroriste» suivie quelques jours plus tard par la mort de deux cheikhs, victimes des tirs de soldats libanais à un barrage routier. Les dirigeants religieux et politiques sunnites de Tripoli et du Akkar, dans le nord du Liban, accusent les forces de sécurité libanaises d'être infiltrées par les alliés du régime syrien pour les empêcher de venir en aide à l'opposition syrienne.

L'inexorable affaiblissement de l'État
Les heurts entre différentes factions armées ont fait au moins deux morts et une vingtaine de blessés et ravivé au Liban les craintes d'un retour à la guerre civile: les images d'hommes encagoulés et armés contrôlant des quartiers entiers et défiant l'armée régulière présagent des pires scénarios. La menace d'embrasement du Liban est bien «réelle», a averti le chef de la diplomatie russe, se faisant l'écho de ces inquiétudes.

Au-delà des violences meurtrières proprement dites, c'est l'inexorable affaiblissement de l'État libanais, obligé de se soumettre manu militari à des logiques communautaires, qui alimente le pessimisme. «En ce mois de mai, une nouvelle équation s'est esquissée, celle qui oppose deux communautés armées l'une contre l'autre», écrit un éditorialiste du quotidien An Nahar . C'est la logique du «bastion sunnite contre le bastion chiite» qui est en train de prévaloir, soutient de même une analyste de L'Orient-Le Jour.


Par Sibylle Rizk