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Le « Macky-sallisme » ou le mythe de la pensée unique - Par Chérif Ben Amar Ndiaye

Le régime de Macky Sall a la particularité de niveler les esprits au niveau d’une ligne intellectuelle où les thèses officielles sont dominantes. Il se caractérise par une tendance sidérante de neutraliser les esprits critiques et qui provoque une sorte d’anesthésie de l’opinion publique.


Rédigé par leral.net le Mercredi 11 Novembre 2015 à 10:55 | | 10 commentaire(s)|

Par rapport au régime d’Abdoulaye Wade, celui de Macky Sall bénéficie de beaucoup de « circonstances atténuantes » injustifiées et incompréhensibles. La rupture tant espérée et assujettie au vote de 2012 n’est pas au rendez-vous. Pourtant les dérives politiques et les outrances partisanes qui empreignent son pouvoir sautent aux yeux et s’étalent dans la presse quotidienne. Cependant l’intelligentsia sénégalaise a tendance à absoudre ses «péchés » qui sans être fondamentalement comparables à ceux commis sous l’ère Wade, leur sont pourtant assimilables à bien des égards.

Pourquoi alors ce que l’on ne pardonnait pas à Abdoulaye Wade, on semble le tolérer à Macky Sall ?

C’est cette situation politique sous tendue par une idéologie que je qualifie de « Macky-sallisme », néologisme politique certes non consacré mais néanmoins réel et visiblement constaté. Il s’agit d’une stratégie politique voire politicienne qui consiste en l’instauration de la duplicité et du camouflage ou déguisement dans l’action et la pratique politiques. Stratégie relevant du Machiavélisme politique, un autre néologisme cette fois bien consacré et érigé en philosophie.

En langage imagée, on peut dire que : « c’est signaler à droite et tourner à gauche ». C’est porter un masque de carnaval pour dissimuler son visage. Je ne résiste pas au plaisir, pour illustrer mon propos, de citer Edmond de Goncourt : « Les masques à la longue collent à la peau. L’hypocrisie finit par être de bonne foi ». La propagande « Macky-salliste » a la fâcheuse manie d’obscurcir le raisonnement et l’analyse de nos commentateurs. Ce n’est pas seulement dû au matraquage de la RTS, qui est un maillon de la chaîne, mais à une stratégie de communication politique affichant les beaux principes et voilant les pratiques politiciennes malsaines.

Macky Sall a proclamé urbi et orbi : « La patrie avant le parti ». Que reste-t-il aujourd’hui de cette profession de foi ? Après la brusque bousculade de Cheikh Bamba Dièye, pourtant membre du gouvernement et de BBY, hors de la Mairie de Saint Louis, pour favoriser l’élection d’un beau-frère qui n’avait jamais rien gagné en politique, par un coup de force judiciaire et policier. Entérinant ainsi l’immixtion et l’implication du cercle familial proche dans les sphères du pouvoir. Leur élection ne saurait être un argument valable mais plutôt un alibi trompeur pour masquer le soutien dissimulé de leur parent-Président car sans cette posture ils ne se seraient même pas présentés aux joutes électorales.

Après les lois adoptées ou plutôt imposées aux députés pour rendre difficile la constitution de groupes parlementaires, conséquences du charivari actuel, en foulant du pied le règlement intérieur et les lois régissant l’Assemblée Nationale devenue «Keur Diay Dollé ». Le silence étourdissant du Président Macky Sall sur cette question vaut tous les aveux de complicité. En passant par les nominations fortement partisanes, avec une tendance rampante de l’éthnicisation des emplois particulièrement dans les forces de sécurité et de défense, « l’apérisation » des postes notamment dans les services diplomatiques, la floraison de conseillers à la Présidence avec des soubassements politiques etc…Nominations dont on dit que Madame la chère épouse en est souvent l’inspiratrice. Voilà que ce que l’on avait honni hier avec Karim, Sindiély et Viviane Wade, on courbe l’échine aujourd’hui devant Aliou Sall, Mansour Faye, Marième Faye Sall et autres.

Le régime de Wade n’avait pas beaucoup de respect pour le principe de séparation de pouvoir entre l’exécutif, le parlement et la justice. Macky est venu s’installer encore plus dans l’irrespect. Beaucoup plus sournoisement et toujours dans la dissimulation de ses vrais objectifs. La traque des biens dits mal acquis, exercée dans la sélectivité et la perfidie, en témoigne largement. Après avoir éliminé Karim Wade et mis sous le coude des dossiers justiciables pour des considérations politiciennes, on peut dorénavant songer à réformer la CREI. Une justice qui semble être tenue en laisse quand on voit le nombre d’opposants certes provocateurs et tonitruants, embastillés en nombre et en toute partialité.

Une justice actionnée pour des règlements de comptes politiques ? Le cas de Toussaint Manga relève du statut de prisonnier politique sans contestation. Tels en sont le ressenti et la perception dans l’opinion. Pourtant les défendeurs des droits de l’homme restent tolérants pour ne pas dire complaisants. Il est vrai que beaucoup ont préféré les sinécures aux forums. C’est d’ailleurs un stratagème payant et gagnant consistant à enrôler les pourfendeurs du pouvoir et en faire des thuriféraires. Ils sont légion dans la besace depuis l’arrivée de Macky au pouvoir, éblouis par sa bonhomie d’agneau qu’affiche le masque.

Les « Y a en marristes » y ont succombé, allant jusqu’à servir de caisse de résonance au pouvoir, en affirmant que la crise à l’Assemblée Nationale est un problème interne du PDS transposé dans l’hémicycle, ignorant les lois scélérates de modifications scabreuses des groupes parlementaires. Ils sont simplement devenus « Y a n’en pas marre ». De même le M23 a préféré botter en touche en proposant une illusoire dissolution de l’Assemblée Nationale. Autant le qualifier de M32, jour inexistant dans le calendrier, pour lui signifier son inconséquence complice. L’anesthésiste Macky est certainement passé par là. A moins que ce ne soit les Saltigués de Fatick qui ont fait agir leurs fétiches.

La nouveauté dans l’art de la mystification et l’imposture réside aussi dans l’omniprésence jamais égalée de Mme la première dame. Pur produit de la sénégalité féminine avait-on chanté. On peut déchanter aujourd’hui tellement elle est encombrante dans l’ostentation médiatico-politique. Dotée d’une arme de politisation massive, elle utilise sa fondation « Servir le Sénégal » dont le titre est d’ailleurs usurpé du slogan de campagne du parti Rewmi, pour battre subrepticement campagne pour « servir Macky Sall ».

Ses actions humanitaires, œuvres de bienfaisance et dons généreux, sont organisées en un ciblage marketing bien orchestré dans une sorte de pré- campagne électorale déguisée, pour appâter les populations vers le succès d’un deuxième mandat de son époux de président. Tant mieux pour les populations qui ont un grand besoin de soulagement de leurs peines. Mais avec quels financements ? Je doute que l’OFNAC puisse un jour sous le magistère du Président Macky Sall, pointer le nez dans les finances de cette fondation dont l’opacité est parfaitement verrouillée. Par contre peut-on douter que certaines entreprises publiques ou parapubliques puissent contribuer à renflouer ses caisses ? Par zèle opportuniste pour espérer les bonnes grâces du prince certainement.

Autre proclamation péremptoire dans l’idéal mais une fanfaronnade dans la réalité des actes posés : Le principe d’une « gestion sobre et vertueuse».

Le Président Macky Sall est lui-même le premier à fouler du pied ce principe par ses promesses oubliées. Un gouvernement pléthorique et des services présidentiels surabondants à l’antipode des déclarations de principe déclamés. Comment ne pas être dubitatif, perplexe et finalement pessimiste, quand on observe les gestions des fonds pour le financement des immigrés et le financement des femmes par les « distributeurs automatiques de billets ambulants que l’on voit exhiber les attributions de ces fonds en plein meeting. Des prêts assure-t-on officiellement.

Les remboursements sont-ils respectés ? L’OFNAC serait-elle tentée de s’autosaisir ? Et la gestion du port autonome de Dakar par le phénoménal Ch. Kanté dont l’exubérance frise la luxuriance et suscite légitimement des inquiétudes sérieuses quant à sa probité et sa rigueur. Malgré les récriminations de citoyens et les réclamations de députés, le pouvoir reste sourd et empêche sa « comparution » devant l’Assemblée Nationale. Cela ne rappelle-t-il pas le cas Karim Wade ? Ces quelques exemples parmi d’autres, suffisent à battre en brèche cette fumeuse rodomontade.

Les bien-pensants de la société civile et des mouvements citoyens ne se mobilisent pourtant pas comme autrefois, pour fustiger cette mauvaise gouvernance. Etant peut-être impressionnés par les mirages du PSE chanté par toute la « mackysie ». Voilà encore une vaste supercherie économique vendue aux sénégalais comme étant le sésame qui ouvre toutes les portes de l’émergence économique. Présenté comme un plan architectural qui permet de vendre les bâtiments après achèvement des travaux, l’agent immobilier Macky nous vend son PSE sous forme de dessins sans les avoir construits.

Pourtant l’étude du sol montre que les fondations ne pourront pas soutenir les édifices. La grande pauvreté récurrente du pays, le vaste chômage de la population essentiellement jeune, l’étouffement du secteur privé national par la préférence accordée aux entreprises étrangères d’une part et l’absence totale de politique de substitution des importations pour impulser le marché local, sont autant de pesanteurs socio-économiques qui ne sont pas solutionnés par la gestion du pouvoir actuel, avant de prétendre émerger. Il faut que les sénégalais comprennent que les pays dits émergents « sont des pays dont le PIB par habitant est inférieur à celui des pays développés, mais qui connaissent une croissance économique rapide et dont le niveau de vie ainsi que les structures économiques convergent vers ceux des pays développés. »

Les BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud….) sont cités comme étant les principaux pays émergents. Sans plus de théorisation, disons simplement qu’il suffit de voyager dans ces pays pour comprendre qu’on est loin d’apercevoir même l’ombre de ces pays dans la distance qui nous sépare d’eux. On ne bâtit pas un pays sur des chimères. Voilà pourquoi la « mackysie » s’est tant offusquée du classement du Sénégal dans les 25 pays les plus pauvres de la planète. Rappelons tout de même que le Sénégal fait partie des pays pauvres très endettés (PPTE). Non pas pour nous en réjouir tout au contraire, mais pour dire qu’on ne peut pas tromper un peuple tout le temps. Mettons le pays sur les rails du développement d’abord avant de chercher à émerger. Cela n’a que trop tardé.

La politisation à outrance de toute l’action gouvernementale et la primauté donnée à la chose politique dans toutes les options du chef de l’Etat-chef de parti, constituent une caractéristique saillante du régime du Président Macky Sall. Sa déclaration de guerre à l’opposition : « Je réduirai l’opposition à sa plus simple expression », ainsi que son obsession du second mandat, obstruent toute sa gestion politique marquée par la duplicité en un jeu de dupes avec les populations.

« Je réduirai mon mandat de 7 à 5 ans ». C’est bien Monsieur le Président. Mais alors pourquoi tant de tergiversations et pourquoi en fin de mandat ? Autre filouterie : On en est encore dans le flou des réformes institutionnelles et des dates des élections. Organiser un référendum sur la réduction du mandat, sujet consensuel, à moins d’un an avant les élections législatives et présidentielles, c’est rechercher un plébiscite impactant en sa faveur. Placer à la tête du Ministère de l’Intérieur un Homme acquis à sa cause et ne s’embarrassant pas de neutralité ni d’impartialité, est encore un autre reniement des recommandations des assises nationales et de celles de la CNRI.

Dans son gouvernement et dans sa coalition, les signataires de ces bons principes restent bouche bée, oreilles bouchées et nez pincé. Pour les avancées démocratiques sous Macky, il faudra repasser. Et le peuple des contestataires sénégalais s’en accommode. Il continue d’être amorphe devant les transgressions anti-démocratiques exercées sur les partis d’opposition, par le principe machiavélique de diviser pour régner et par la ruse du « cheval de Troie ». Les chevaux utilisés sont dénommés : Djibo Ka, Omar Sarr, Modou Diagne Fada, entre autres. L’objectif c’est d’arriver à ce qui est réussi avec l’AFP : Fissurer les partis par des scissions afin de les affaiblir et les empêcher de se regrouper.

Objectif atteint à minimum et insuffisamment. La « monocoloration » de l’Assemblée Nationale ne peut-être un succès valorisant pour notre démocratie. Réussira-t-il ce jeu dangereux avec le PS ? Le jeu du chat et la souris entre eux se dénouera tôt ou tard. Attention au retour du bâton déjà observé. Abdoulaye Wade à force de diviser les autres a fini par les regrouper contre lui. Macky court les mêmes risques, à condition que l’opposition cesse le nombrilisme dans lequel elle se complaît, pour l’union voire l’unité d’action.

Le « Macky-sallisme » ? C’est le mythe de la caverne exposée par Platon dans le livre VII de la République. Le débat public tourne autour de la pensée unique, élaborée et proposée par le pouvoir et acceptée par les esprits critiques neutralisés par des manifestations de bonne volonté et des affirmations de bons principes soporifiques. Mais des desseins inavoués sont cachés derrière les masques. Le Sénégal recule sous le règne du Président Macky Sall. Le régime nous fait croire que le pays avance. Refusons d’y croire et tombons les masques !

CHERIF BEN AMAR NDIAYE
Les-rewmistes.org







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