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Le Ps, un inquiétant allié pour Macky Sall

Entre le président de la République et son allié socialiste, ce n’est plus la grande entente. La victoire de Khalifa Sall à Dakar oblige Macky Sall à repenser sa stratégie des alliances.


Rédigé par leral.net le Dimanche 13 Juillet 2014 à 11:12 | | 4 commentaire(s)|

Le Ps, un inquiétant allié pour Macky Sall
Les alliés de Macky Sall peuvent déchanter. Rien qu’à voir la constitution du nouveau gouvernement, l’on se rend compte que le président de la République a décidé de faire bouger la ligne qui le lie aux socialistes, faire bouger la ligne pour voir si ça mord.

Il a viré l’écologiste Ali Haïdar, pourtant bon ministre, mais empêtré dans des alliances locales qui l’ont fait membre de la cohorte que le maire de Ziguinchor, Abdoulaye Baldé, a correctement «fusillée» dans les urnes lors des élections locales du 29 juin dernier ;

Ali Haïdar qui avait été nommé ministre dans le premier gouvernement Abdoul Mbaye grâce au quota des socialistes dans la majorité présidentielle.

Le nouveau gouvernement est aussi marqué par la perte de certaines compétences ministérielles pour des partis comme le Parti de l’indépendance et du travail (PIT) et la Ligue démocratique (LD).

Ainsi, Mme Khoudia Mbaye est maintenant ministre de la Promotion des Investissements, des Partenariats et du Développement des Télé-services de l’Etat, alors qu’elle occupait auparavant le département de l’Urbanisme et de l’Habitat. On ne peut pas dire que les «jallarbistes» ont d’importantes responsabilités dans le nouveau gouvernement.

La reconduction de Mme Aminata Mbengue Ndiaye comme ministre (Elevage et Productions animales) a fait jaser, car créant une exception de la «loi» qu’a imposée Macky Sall, à savoir la porte pour les perdants.

Battue dans son fief de Louga par le néo-apériste Moustapha Diop (nommé ministre), la baronne socialiste a pourtant été reconduite. Interrogé sur le cas de la responsable du Mouvement national des femmes socialistes, Ousmane Tanor Dieng a été laconique : «seul le Président Macky Sall peut vous apporter la réponse à cette question, peut vous expliquer pourquoi a-t-elle été reconduite», a estimé le secrétaire général du Parti socialiste (PS).

Tanor a-t-il été consulté lors de la formation du gouvernement ? Aurait-il encore proposé Mme Aminata Mbengue Ndiaye pour faire partie des représentants des socialistes au gouvernement si on lui avait demandé son avis ? Ça, c’est le vernis ; le vrai problème est la tournure que prennent les relations entre le Président Macky Sall et le PS.

Ces questions affleurent car c’est au PS que se trouvent les dangers, les principales ambitions qui feront face au projet du deuxième mandat. Toutefois, les relations personnelles entre Macky Sall et Ousmane Tanor Dieng restent fortes ; le second est du reste fréquemment consulté par le premier.

Les progressistes jouent le jeu, Moustapha Niasse faisant partie des piliers du régime, en attendant que Malick Gackou accélère sa propre cadence. Donc, c’est principalement via le PS que Macky Sall réalise la nature de ses relations avec ses alliés ; de la pertinence même de Benno Bokk Yaakaar, qui a éclaté comme un feu de Bengale, lors du dernier scrutin.

Ce qui est sorti des urnes le 29 juin 2014 n’est guère rassurant pour Macky Sall.

A Dakar, Taxawu Dakar, la liste dirigée par le maire sortant, Khalifa Sall, a gagné un peu partout. Il y a bien eu une vague Khalifa qui a déferlé sur la capitale. Khalifa Sall, désormais dans des habits de présidentiable. Si Guédiawaye est dans l’escarcelle de l’Alliance pour la République (APR) avec Aliou Sall comme tête de file, le maire de Pikine peut bien venir du Parti démocratique sénégalais (PDS).

Dans les régions, Saint-Louis et Kaolack virent au marron, mais des fiefs se sont consolidés. Abdoulaye Baldé à Ziguinchor ; Idrissa Seck à Thiès ou encore Me Aïssata Tall Sall à Podor, tous candidats déclarés à la prochaine présidentielle, du moins pour les deux premiers cités.

Grosso modo, le président de la République sait que l’APR seule n’est pas en mesure de le faire réélire. Macky Sall a obtenu 26% des suffrages lors du premier tour de la présidentielle de 2012. D’où la nécessité de repenser la stratégie des alliances. Elections de mi-mandat pour le Président Macky Sall, le scrutin du 29 juin dernier a été révélateur de l’état du parti présidentiel.

Cinq ans après sa naissance, il a le double paradoxe d’être au pouvoir, et d’être en même temps une coquille vide. Seule l’opinion présidentielle compte ; on a appelé ce paradoxe «la non structuration». Est-ce le fond du problème ? Si Macky Sall a forcé son destin, son parti ne l’a pas suivi. Or, sans un appareil fort et structuré, point de déroulé...

Le PS est devenu un vrai parti politique. La démocratie interne y a-t-elle droit de cité ? L’exclusion de Malick Noël Seck, la réalité d’un «système OTD» bien organisé et qui contrôle toujours toutes les structures de la formation, les crocs-en-jambe faits à Me Aïssata Tall Sall (soutenue par Me Wade en personne lors de sa reconquête de Podor) font en tout cas du vieux parti un bloc toujours monolithique.

Une moissonneuse-batteuse avec toujours Ousmane Tanor Dieng aux commandes. Expliquant les raisons de son adhésion au PS, après la défaite historique de 2000, le député Barthélemy Dias avait souligné que ce n’était plus le parti de quelqu’un, comme le Bloc des centristes gaïndé (BCG) de son père, Jean-Paul.

Par une originale mutation, le PS est devenu un grand parti de gouvernement, le plus expérimenté sur la scène, le mieux structuré. Sur ses flancs, sont nées les ambitions présidentielles du très populaire maire de Dakar, Khalifa Sall et du maire de Podor, Me Aïssata Tall Sall.

Cela, Ousmane Tanor Dieng n’y peut rien. Le PS n’est pas l’Alliance des forces de progrès (AFP), où le patron, Moustapha Niasse, satisfait de son perchoir de l’Assemblée nationale, a dit qu’il ne soutiendra personne de son propre parti contre son décidément indéfectible allié, Macky Sall, lors d’une éventuelle présidentielle.

Reconfigurer la majorité présidentielle

Il faut donc pour le chef de file des apéristes reconfigurer sa plate-forme. Il lui faut aller au-delà de ce qu’il a sous la main. C’est ce qu’a compris le pauvre Moustapha Diakhaté, qui a mené un raid solitaire dans ses anciennes amours au PDS, par de retentissantes audiences avec Me Wade et Idrissa Seck dont la révélation des tenues a poussé le palais à se réajuster en niant tout contact avec l’opposition libérale de Gorgui.

Il est donc évident que le PS présentera au moins un candidat à la prochaine présidentielle. Face à Macky Sall. Ça coule de source. Sur ce plan, les relations de Macky Sall avec le PS sont comme une boîte à vitesse sans marche arrière.

Sur tous les fronts, le président de la République est acculé. «Carton jaune» a titré «Jeune Afrique» la semaine dernière, parlant du bilan du quatrième président du Sénégal. Sans numéro deux, l’APR était jusqu’ici globalement coachée par un trio Mbaye Ndiaye – Mahmoud Saleh – Mme Aminata Touré, mais les élections locales vont remettre les compteurs à zéro.

Aujourd’hui, après une victoire mitigée aux locales, l’APR ne sait toujours pas ce qu’elle pèse sur l’échiquier. Sa nécessaire structuration pourrait prendre du temps en raison du chevauchement des échéances. Et du temps, le Président n’en a plus.

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