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Le Sénégal à l’heure de la Diplomatie économique


Rédigé par leral.net le Lundi 6 Janvier 2014 à 11:53 | | 0 commentaire(s)|

Le Sénégal à l’heure de la Diplomatie économique
En instruisant d’organiser la 4ème Conférence des ambassadeurs et consuls généraux, le Président Macky Sall a voulu maintenir une dynamique salutaire qui place notre diplomatie dans le dispositif des clés de développement du Sénégal. Le conclave tenu au King Fahd Palace du 26 au 28 décembre 2013 a enregistré la participation d’une cinquantaine d’ambassadeurs, d’une vingtaine de consuls généraux et de chefs de bureaux économiques et, pour la première fois, a été élargi aux attachés militaires. On y a noté une forte présence des acteurs économiques sénégalais, principaux concernés.
Nous devons la réussite de la rencontre à la volonté du Chef de l’Etat de donner à notre diplomatie, la place qui lui revient de droit. Il a placé à la tête du département des Affaires étrangères un fonctionnaire sénégalais dont le profil pour le travail rassure. Diplomate de carrière, Mankeur Ndiaye est, avant tout, un technicien qui a fait ses preuves .Conseiller dans différentes missions diplomatiques, directeur de cabinet puis ambassadeur avant de passer ministre des Affaires étrangères, ce pur produit de l’Administration sénégalaise devrait bénéficier de l’appui effectif des agents du MAE pour la mise en œuvre effective des directives du Chef de l’Etat.
En faisant de la Diplomatie économique le thème central de cette 4ème Conférence des ambassadeurs et consuls généraux, le Sénégal s’est mis au diapason de ce qui se fait aujourd’hui sur l’échiquier international caractérisé par les lois d’une mondialisation qui ne laissent aucune chance aux retardataires.
L’exemple français
La Diplomatie économique est une arme pacifique de conquête de marchés et d’investissements pour le renforcement des économies nationales. Les grandes puissances la pratiquent sans état d’âme pour asseoir leur hégémonie à l’extérieur et drainer sur le plan interne la croissance et la création d’emplois locaux et à l’étranger. L’exemple de la France est, à ce propos, assez édifiant et pourrait servir, dans l’esprit comme dans la lettre, de référence (à adapter à nos besoins).Porté à la tête du Ministère des Affaires étrangères au soir de la victoire des socialistes à la présidentielle de 2012, Laurent Fabius se fixa immédiatement comme objectif majeur de rendre effective la contribution des Affaires Etrangères dans le retour de l’équilibre de la balance commerciale française, hors énergie, en 2017.Pour ce faire, le ministre français décline 3 objectifs principaux assignés à la Diplomatie économique que sont le soutien aux entreprises françaises sur les marchés extérieurs, l’attrait des investissements étrangers créateurs d’emplois, une meilleure adaptation du cadre de régulation européen et international aux intérêts économiques français. Pour Fabius, « la Diplomatie économique, c’est un ensemble d’actions qui doivent permettre à la fois aux entreprises de mieux se développer à l’étranger tout en rendant l’espace français plus attractif aux investisseurs étrangers ». C’est fort de cette conviction que le Chef du département des Affaires étrangères du gouvernement français a eu à déclarer lors d’une rencontre avec des hommes d’affaires et promoteurs économiques nationaux que « le Quai d’Orsay doit être aussi, à travers toutes ses tâches, la maison des entreprises ».Un des piliers sur lesquels s’appuie le concept de Diplomatie économique chez Fabius, se traduit par la nomination de personnalités célèbres comme « représentant spécial » : Jean Pierre Chevènement pour la Russie, Jean-Pierre Raffarin pour l’Algérie, Louis Schweitzer pour le Japon… Martine Aubry, « représentante spéciale » pour la Chine, a résumé dans une déclaration publique, la règle qui régit la philosophie de la Diplomatie économique : «j’aime autant que les Chinois viennent investir chez nous que de les voir aller chez nos voisins »... C’est cette idéologie du profit qui pousse François Hollande à sillonner le monde avec dans sa suite une brochette de chefs d’entreprises en quête de débouchés pour leurs produits et d’occasions à exploiter pour faire prospérer leurs affaires. Le plus gros contrat de son histoire (3,8 milliards d’euros), le groupe Alstom l’a décroché en Afrique du Sud, sur un terrain balisé par les diplomates français avant une récente visite de Hollande en compagnie de 8 ministres et d’une vingtaine de chefs d’entreprises.
En insistant sur le rôle que devrait jouer notre diplomatie dans l’essor économique du Sénégal, le Président Sall exprime donc un désir légitime et une volonté sincère de mettre à la disposition de nos entreprises et de nos différents acteurs économiques, l’expérience et le savoir-faire de nos diplomates en fonction dans les différentes régions du monde.
Je voudrais à ce propos rappeler que les puissances occidentales, les pays du golfe arabique, la Chine, l’Inde, le Japon etc. s’intéressent de plus en plus à l’Afrique qui affiche aujourd’hui, malgré les clichés et les préjugés négatifs véhiculés à dessein, l’un des taux de croissance les plus élevés du monde (environ 6%).
La Diplomatie économique sénégalaise devrait aussi s’intéresser à toutes les opportunités que des pays africains comme le Nigéria et d’autres encore pourraient offrir à nos hommes d’affaires. Le Tchad par exemple, reste, si sa stabilité est maintenue, un terrain propice avec d’énormes ouvertures sur les produits vestimentaires (boubous traditionnels…), l’hôtellerie, la restauration et l’agroalimentaire. Ce pays est un chantier ouvert où nos acteurs économiques trouveront leur place si notre diplomatie se met à niveau et prépare bien le terrain. Le même constat est valable dans plusieurs autres pays du continent y compris ceux du Maghreb.
La CEI, une Région à conquérir
Une région est particulièrement négligée par les Etats africains à cause essentiellement d’un « enclavement informationnel » lié à l’histoire de l’Union Soviétique. Devenues toutes indépendantes après l’éclatement du géant communiste, la plupart des ex républiques soviétiques se sont retrouvées dans la CEI (Communauté des Etats Indépendants).En tant qu'héritière de l'Union Soviétique dont elle constituait l'épine dorsale, la Russie continue à être considérée comme la locomotive économique des ex républiques soviétiques que sont la Biélorussie, l'Arménie, l'Azerbaïdjan, le Kazakhstan, le Kirghizistan, l'Ouzbékistan, le Tadjikistan, le Turkménistan, la Moldavie, l'Ukraine et la Géorgie. Même les trois républiques baltes qui ont pris leur distance vis à vis de la Russie dès l'éclatement de l'URSS en 1991, restent encore économiquement, fortement liées à ce pays. Nous devons trouver les moyens de superviser la stratégie qui pourrait aider le Sénégal à bénéficier des atouts dont dispose cette Région.
Ces ex républiques soviétiques comptent environs 280 millions d'habitants dont la moyenne d'âge est de 30 ans. Avec une croissance annuelle de presque 9% et un PIB par habitant de 7000 $ US, la CEI regorge de richesses et de potentialités dont pourrait bénéficier notre pays. Le Sénégal gagnerait beaucoup à mener une politique de vente de sa destination dans cette Région où cohabitent une classe moyenne friande de découvertes et des nouveaux riches curieux de découvrir d'autres «ailleurs». Déjà saturés d'occident et inquiets des soubresauts sociaux qui agitent beaucoup de pays, arabes notamment, ces touristes potentiels pourraient être dirigés vers le Sénégal qui offre l'image d'un pays stable avec des sites touristiques de référence. La coopération avec la CEI pourrait être orientée vers l'installation d'un partenariat dans les secteurs de l'agroalimentaire, de l'élevage et de l'agriculture avec des échanges d'expérience et de savoir-faire mais aussi par l'import/export de produits de consommation et d'outils de travail (de bons tracteurs et des véhicules tout terrain de qualité et pas chers sont fabriqués ici) etc. Au niveau de l'éducation, il faut noter que la plupart de ces ex républiques soviétiques ont une expérience avérée de la formation de cadres étrangers dans des domaines aussi divers que l'aéronautique, les mathématiques, la pêche, l'économie, la biochimie, l'environnement, l'architecture, la géologie, etc. Le Sénégal peut aussi obtenir des bourses d'études dans ces pays pour les étudiants qui remplissent les conditions requises. Nos footballeurs qui évoluent déjà dans le championnat russe, peuvent trouver ici aussi des contrats intéressants. L'Islam étant la religion dominante dans ces pays de l'ex Caucase soviétique, la coopération dans ce domaine bien gérée pourrait aussi nous apporter beaucoup de dividendes, sans compter les échanges culturels et les visites parlementaires à organiser régulièrement en vue de renforcer les relations multilatérales...Le récent séjour du Président Macky Sall en Russie a montré, contrairement à ce qui se disait, qu'il y a bien des investisseurs de ce pays intéressés par le Sénégal. Il en est de même pour tout l'espace ex soviétique. Je me tue à le répéter depuis des années ! Il serait souhaitable de prendre des initiatives et conformément aux attentes inscrites dans l'agenda diplomatique du Chef de l’État, superviser les actions à mener dans cette Région sous l'autorité du Ministre des affaires Étrangères en vue d’ accentuer le rayonnement du Sénégal connu ici surtout grâce à la brillante prestation de notre équipe de football en coupe du monde2002.Des ressources humaines de qualité comme les anciens étudiants sénégalais en URSS, regroupés dans une amicale, pourraient être mises à contribution dans ce travail avec notamment la création du Forum Sénégalo-Russe des Affaires et de la Culture(FORSERAC) envisagée lors de la réouverture de l’ambassade du Sénégal à Moscou à laquelle j’ai modestement contribué en fin 2004.


Francophonie et Diplomatie

Il faut encore une fois saluer tous les efforts déployés ces derniers temps par le Chef de l’Etat pour « revaloriser » la fonction de diplomate dans le « voisinage immédiat » ainsi que la mesure effective de rapatriement de nos compatriotes qui souhaitaient quitter la République centrafricaine en proie à des déchirements atroces.
C’est pour renforcer les capacités de notre diplomatie dans le monde arabe que le Président Sall a annoncé l’ouverture prochaine de la filière arabophone à la section diplomatique de l’Ecole Nationale d’Administration. Cette décision attendue depuis longtemps par une frange importante de notre population scolaire et universitaire, confirme la nécessité de doter les soldats de notre diplomatie, des instruments de réalisation de leurs missions, dans les meilleures conditions. La parfaite maitrise des langues et des réalités sociologiques des lieux d’affectation combinée au «réflexe économique », est aussi une nécessité imposée par les exigences d’une diplomatie performante. Dans le même esprit, il n’est d’ailleurs pas exagéré de penser faire du 15ème Sommet de la Francophonie qui se tiendra chez nous les 29 et 30 novembre prochains, une plateforme exceptionnelle de relance de la Diplomatie économique sénégalaise. Le Ministère des Affaires étrangères, impliqué au plus haut degré dans l’organisation de cet évènement mondial, tient là une occasion rêvée de confirmer le rôle capital qui devrait être le sien dans la réalisation des chantiers… économiques du Président de la République !



Dr. Souleymane Anta Ndiaye
Initiateur du Pôle de Jonction
souleyanta@gmail.com







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