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Le Sénégal face au puissant lobby de l’industrie du tabac

Depuis le 14 mars dernier, le Sénégal a voté une loi qui interdit la publicité du tabac et sa vente près des établissements publics. Mais, la loi tarde à être appliquée. D'où la crainte de certains acteurs de la lutte anti-tabac.


Rédigé par leral.net le Samedi 14 Juin 2014 à 22:00 | | 0 commentaire(s)|

Le Sénégal face au puissant lobby de l’industrie du tabac
Le tabac tue un sur deux de ses consommateurs. Et en Afrique, la prévalence du tabagisme va augmenter de près de 39% à l’horizon 2030. C’est ce qui ressort du rapport intitulé “Le contrôle du tabac en Afrique” présenté, avant-hier, au Conseil économique, social et environnemental (CESE) par l’Académie nationale des sciences et techniques du Sénégal (ANSTS).

Dans notre continent, les jeunes et les femmes sont devenues les cibles des industries de tabac. La situation est plus qu’inquiétante et on pourrait assister à un “doublement de la consommation” dans les 10 prochaines années. Face à la “menace” que constitue le tabac sur l’avenir du continent, le président de la Ligue sénégalaise contre le tabagisme (LISTAB) appelle les “autorités des différents pays à s’engager dans un cadre structurée pour la lutte contre le tabac”.

D’après le professeur Abdou Aziz Kébé, le Sénégal s’est déjà engagé dans ce sens. Une loi a été votée depuis le 14 mars dernier pour interdire la publicité, le parrainage et la promotion du tabac. Elle interdit aussi la vente de tabac près des établissements publics et de fumer dans les lieux publics.

Mais, il reste aussi que notre pays doit faire face au puissant lobby qu’est l’industrie du tabac. Depuis que cette loi a été votée par les parlementaires, “l’industrie du tabac relaie des informations” pour décourager son application. Toutefois, renseigne le professeur Kassé, malgré cette tentative, la loi a été déjà promulguée et publiée au journal officiel.

Mais, cette loi qui a été votée à l’Assemblée nationale tarde toujours à être appliquée, selon le vice-président de l’association nationale des consommateurs, Momath Cissé. Sa crainte est que les lobbys puissants puissent freiner son application. C’est pourquoi il demande que le gouvernement diligente très vite les décrets de son application. “L’industrie du tabac est puissante et au fur et à mesure que le temps passe, on peut se poser des questions. Je ne vois pas pourquoi on attend”, conclut-il.

De l'avis du ministre de la Santé et de l’Action sociale, qui a présidé la rencontre, il faut qu’il y ait une application effective de cette loi qui a été votée par le Parlement. Éva Marie Coll Seck d'ajouter que “le Sénégal émergent se fera sans tabac”.

“Augmenter la taxation”

Par ailleurs, selon le président du Laboratoire de lutte contre le tabagisme, la meilleure manière de faire face à cette situation est “d’augmenter la taxation des produits”. Au Sénégal, c’est plus avantageux pour notre économie de fermer les industries de tabac pour se tourner vers l'importation.

Car, explique-t-il, en ce qui concerne la cigarette locale, le système de taxation se fait sur la base du produit final qui sort de l’usine. Cette taxe est comprise entre 40 et 45% plus la TVA. Alors que pour la cigarette importée, poursuit M. Kébé, la taxe comprend le “prix du tabac luimême”, les “droits de douane”, la “taxe à l’importation”, les “taxes communautaires” ou la TVA.

“Les menaces de l’industrie du tabac de fermer les usines ne posent aucun problème à l’économie du Sénégal”, rassure-t-il. En outre, le président du Laboratoire de lutte contre le tabagisme invite les autorités à “augmenter cette taxe”. “Plus vous augmentez les taxes, plus vous augmentez les recettes fiscales et plus vous diminuez le nombre de fumeurs et de malades”, dit-il.

Le tabac doit aussi avoir une taxe spéciale, recommande le vice-président de l’Association nationale des consommateurs. D’après Momath Cissé, dans tous les pays où la taxe à augmenté, la consommation a sensiblement baissé.

Les 8 recommandations de la NASAC

Le réseau des Académies nationales des sciences et techniques d’Afrique (NASAC) a, dans son rapport, formulé 8 recommandations pour lutter contre le tabagisme en Afrique. Parmi ces recommandations, il y a l’adoption, par les pays africains, de mesures efficaces pour protéger leurs politiques de santé publique contre l’influence commerciale de l’industrie du tabac. Il s’y ajoute l’utilisation efficace de mesures fiscales en restructurant l’imposition, mais aussi d’assurer la protection contre la fumée du tabac dans tous les lieux publics. Il y a aussi dans ces recommandations : “exiger un conditionnement et étiquetage ne contenant que des informations avérées et des mises en garde sanitaire très visibles”.

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