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Le Sénégal se rattrape - Par Madiambal Diagne

Cheikh Hadjibou Soumaré va encore rester dans son bureau ouagalais de président de la Commission de l’Union économique et monétaire ouest africaine (Uemoa). Le Sommet extraordinaire des chefs d’Etat de l’institution communautaire, réuni hier 5 juin 2016 à Dakar, a décidé de maintenir un statu quo au niveau de la gouvernance des institutions communautaires. Pourtant au terme de l’accord convenu au dernier Sommet de janvier 2016 à Cotonou, le Niger devait prendre la présidence de la Commission de l’Uemoa, à l’occasion de ce nouveau Sommet de juin 2016. Seulement, les choses ont dû évoluer, car le Niger qui avait accepté d’échanger avec le Sénégal le poste de président de la Commission de l’Uemoa contre celui de vice-gouverneur de la Banque centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Bceao) a cherché à revenir sur son engagement.


Rédigé par leral.net le Lundi 6 Juin 2016 à 12:56 | | 2 commentaire(s)|

Evoquant des problèmes politiques propres à son pays, le Président Mahamadou Issoufou avait du mal à demander à son compatriote qui occupe présentement les fonctions de vice-gouverneur de démissionner pour permettre au Sénégal de récupérer le poste. Alors, le chef de l’Etat nigérien espérait convaincre le Sénégal de lui faire une nouvelle fleur. En fait, comme disait François Cavana, «quand on brûle la chandelle par les deux bouts, on la fait tenir par son voisin». Le Président Macky Sall ne l’a pas entendu de cette oreille. Il a fait montre d’une fermeté à l’endroit de ses pairs pour leur dire que s’il avait consenti à lâcher le poste de président de la Commission, c’était simplement parce que son prédécesseur Abdoulaye Wade avait eu à prendre un tel engagement diplomatique, acté par un protocole dûment signé. Ainsi, ne voulant pas renier la signature du Sénégal, Macky Sall avait, la mort dans l’âme, accepté de lâcher du lest tout en exigeant une compensation avec un poste au sein des instances de l’institution communautaire. Le Niger avait donc décidé à Cotonou de lui laisser le siège de vice-gouverneur de la Banque centrale. La consolation était assez maigre, mais le Sénégal pouvait faire contre mauvaise fortune bon cœur. C’est dire que cette volte-face du Niger aura été en quelque sorte une aubaine pour le Président Macky Sall. Le chef de l’Etat sénégalais s’est montré inflexible estimant que son pays, qui constitue la deuxième économie de l’espace Uemoa, ne peut être totalement dépourvu de poste dans les instances communautaires. En effet, la Côte d’Ivoire n’accepte aucune négociation ou concession sur sa chasse gardée que reste le poste de Gouverneur de la Bceao ; le Bénin continue de conserver le poste de président de la Banque ouest africaine de développement (Boad) tandis que le Burkina Faso et le Niger se sont partagés les postes de Vice-gouverneur de la Bceao. Il reste que du point de vue économique, la contribution du Sénégal dans le poids de l’économie de la Communauté est de loin supérieure à celle d’un pays comme le Niger. Il s’y ajoute que le Sénégal fait partie, d’après la dernière notation de l’Agence Moody’s, des dix économies les plus performantes de l’Afrique et qu’il est le seul pays africain dont le Fonds monétaire international a levé les plafonds d’endettement. Dans une telle situation, le Président Macky Sall avait un rôle plus aisé qu’il y a six mois, quand le Président Issoufou menaçait de quitter l’institution communautaire si jamais le Sénégal ne respectait pas l’engagement souscrit par le Président Wade, selon lequel le Sénégal céderait le poste à l’issue du mandat de Cheikh Hadjibou Soumaré. Les témoins du Sommet de Cotonou avaient pu constater l’arrogance publiquement affichée par la délégation du Niger qui brandissait un document portant un acte additionnel au traité de l’Uemoa et signé par le Président Abdoulaye Wade. C’était plutôt un camouflet diplomatique, car bien que ledit document passait pour être secret, le chef de l’Etat du Sénégal ne devait pas ignorer son existence. Cheikh Hadjibou Soumaré, lui, devait être bien placé pour savoir son existence. Qu’à cela ne tienne !

Cet ancien Premier ministre de Abdoulaye Wade n’a pas encore vu son mandat renouvelé, mais il peut encore continuer de jouer à l’intérimaire jusqu’au prochain Sommet des chefs d’Etat prévu pour la fin de l’année 2016. De toute façon, la lecture de la situation par le Sénégal semble complètement changée. Cet épisode libère le Président Sall de tout scrupule. Les chefs d’Etat viennent de décider de faire mener une étude qui permettrait de réorganiser les instances communautaires et leur mode de gouvernance. Le Sénégal a annoncé la couleur pour se faire fort d’exiger que la présidence de la Commission de l’Uemoa demeure sa chasse gardée. Macky Sall, qui n’avait pas manqué d’irriter certains secteurs de l’opinion publique sénégalaise quand il avait accepté de confirmer le sacrifice consenti par Abdoulaye Wade, ne voudrait plus s’y tromper. Cheikh Hadjibou Soumaré n’est certes pas son homme, il avait été désigné par le Président Wade, mais Macky Sall entend mener ce combat de principe pour son pays. On ne peut pas ne pas se rappeler que, placé dans la même situation, Abdoulaye Wade avait pris sur lui de renoncer au poste, indiquant que le président de l’Uemoa d’alors, l’ancien ministre des Finances de son prédécesseur Abdou Diouf, n’était pas son candidat. Les autres chefs d’Etat qui soutenaient le renouvellement du mandat de Moussa Touré ne pouvaient pas être plus royalistes que le roi. Ainsi, le Malien Soumaïla Cissé, alors Premier ministre de son pays, hérita du poste. Abdoulaye Wade espérait par ce sacrifice enclencher un processus de rotation au niveau de tous les postes des organes communautaires de l’Uemoa. C’était sans compter avec le fait notamment qu’aucun chef d’Etat ivoirien ne s’aventurerait à laisser le poste de Gouverneur de la Bceao tomber entre des mains non ivoiriennes. Le Président Laurent Gbagbo disait d’ailleurs que «puisque nous avons le plus d’argent dans le coffre-fort, nous avons le droit de garder les clefs». Son successeur Alassane Dramane Ouattara reste sur les mêmes positions. Pourquoi le Sénégal devrait-il se faire ainsi harakiri ? On peut donc considérer que la nouvelle tournure des choses traduit une certaine victoire diplomatique du Sénégal qui a l’opportunité de se faire restaurer dans «ses droits». Le ministre sénégalais de l’Economie, des finances et du plan, Amadou Ba, qui préside le Conseil des ministres de l’Uemoa, aura la mission de faire mener l’étude commanditée par les chefs d’Etat afin que les conclusions soient examinées au prochain Sommet. A ce dernier, le Sénégal pourra présenter une candidature sénégalaise, celle de Cheikh Hadjibou Soumaré ou d’une autre personnalité sénégalaise pour la présidence de l’Uemoa.






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