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Le calvaire d'un contestataire soudanais

le 22 Août 2012 à 15:26 | Lu 856 fois

Jeté en prison et torturé, Rudwan Dawod, un animateur du « printemps de Karthoum », a finalement été acquitté par la justice et remis en liberté.


Le calvaire d'un contestataire soudanais
Chaque semaine au Nord Soudan apporte son lot de manifestations que le régime du président Omar el-Béchir réprime d'une main de fer. Après 47 jours de détention et de tortures, Rudwan Dawod, un étudiant soudanais qui travaillait pour une ONG américaine, a finalement été libéré. Il a vécu depuis un mois tout ce que le régime du président Omar el-Béchir a de plus diabolique.

«Ils me battaient toutes les nuits jusqu'au petit matin. Ils me frappaient avec des cannes dans des endroits si sensibles que j'en perdais la conscience. Ils voulaient me faire admettre que j'étais un espion et que j'appartenais a la CIA.» C'est de sa prison d'Omdurman (ville jumelle de Khartoum) que Rudwan Dawod nous racontait comment il avait été torturé lors de sa première arrestation le 3 juillet dernier, alors qu'il préparait une manifestation pacifique dans le quartier d'Haj Youssef. Les membres de sa famille ont aussi été arrêtés. Traumatisé par les tortures, son frère est d'ailleurs toujours en hôpital psychiatrique.

Contre la discrimination
Rudwan était résident permanent aux États-Unis depuis deux ans, mais il avait décidé d'interrompre ses études dans l'Oregon pour rentrer au pays. «Notre combat n'est pas contre Béchir en personne. Béchir n'est que le résultat de nos problèmes historiques. Je me bats contre la discrimination, contre la marginalisation», affirmait l'étudiant en sciences politiques.

La discrimination, Rudwan et sa famille en savent quelque chose. Ils sont originaires du Darfour, une région dont les massacres valent au président Omar el-Béchir un mandat d'arrêt international. Rudwan représente tout ce que le régime déteste. Il est marié à une Américaine qu'il avait rencontrée au Sud-Soudan, dans des zones opposées au régime de Khartoum. Directeur de projet de l'organisation Soudan Sunrise, il a travaillé avec Manute Bol, le basketteur soudanais qui avait beaucoup œuvré pour la réconciliation dans le pays. Pour ne rien arranger, Rudwan est membre fondateur de Girifna - un mouvement d'opposition qui signifie en arabe «ras le bol».

Très présent sur les réseaux sociaux, Girifna est devenu la bête noire des autorités. Le groupe s'était notamment fait connaître l'an dernier quand l'une de ses activistes, Safia Ishag, a eu le courage de raconter sur YouTube comment trois agents des services secrets soudanais l'ont violée en détention. Depuis, Safia vit en exil, comme bien des membres de Girifna. «Girifna est une organisation qui terrorise le public et s'oppose à l'autorité de l'État avec la force», avait déclaré le juge au début du procès de Rudwan Dawod. Au premier jour d'audience, l'accusé n'était ni en état de marcher ni en état de parler. L'audience a été repoussée pour qu'il se remette de ses tortures.

Inculpé de «terrorisme» (article 65 du Code pénal soudanais), Rudwan risquait la peine de mort. Mais l'accusation n'avait pour preuves que quelques bouteilles d'alcool, une poignée de drapeaux et des vieux pneus récupérés dans la cour familiale qui auraient soi disant servi à monter une insurrection. Ses deux bourreaux, membres des services de sécurité, constituaient les témoins à charge. «C'est toi qui m'as torturé. C'est même toi qui m'as menacé de me violer», avait lancé à la cour le prisonnier d'opinion.

Vagues d'arrestations
Girifna a voulu faire de Rudwan un exemple. Des dizaines de personnes se massaient à chaque fois devant la cour. «Rudwan est un héros», «nous sommes tous des Rudwan», pouvait-on lire sur les pages Facebook ou Twitter du groupe. Les organisations de militants assurent qu'au moins 2 000 personnes ont été arrêtées depuis le début de la contestation. «Ce sera un test pour la justice de ce pays. Nous verrons si les juges sont indépendants», faisait remarquer Abdelmoneeme Am, l'un des avocats de Rudwan.

Le verdict est tombé le 13 août. Rudwan a été acquitté. Mais le Service national de sécurité et de renseignement (NISS), véritable État dans l'État, en a décidé autrement. Le prisonnier n'a pas eu le temps de sortir de l'immeuble où l'attendait sa famille qu'il a été emmené vers une destination inconnue. Le 14 août, le département d'État américain «demandait fermement au gouvernement soudanais de respecter la décision de justice». Le 15 août, la société civile soudanaise rendait public un mémorandum sur la brutalité des forces de l'ordre face aux manifestants. Le lendemain, Amnesty International lançait un «appel urgent» pour le prisonnier d'opinion. Rudwan Dawod a été libéré dans la nuit du 16 au 17 août après plus d'un mois et demi de détention.



Par Caroline Dumay


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