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Le clan Ianoukovitch domine l'oligarchie

le 4 Mai 2012 à 13:36 | Lu 693 fois

Le clan du président ukrainien a phagocyté les postes clés du pouvoir.


Le clan Ianoukovitch domine l'oligarchie
De notre envoyée spéciale à Kief

Né sous l'ancien président Leonid Koutchma après la chute de l'Union soviétique, le système oligarchique qui régente la vie politique et économique en Ukraine ne s'est jamais si bien porté. Oligarque repentie, Ioulia Timochenko, qui s'était engagée pendant la «révolution orange» à dissocier politique et business et qui n'avait cessé de dénoncer les compromissions à cet égard de son ancien allié devenu son ennemi intime, l'ex-président Viktor Iouchtchenko, n'a pas rompu elle-même avec ces pratiques. Selon Volodymyr Fessenko, une place sur une liste électorale se négociait aux dernières législatives de 2007 jusqu'à cinq millions de dollars. En contrepartie, le sponsor devenu député obtenait, outre l'immunité parlementaire, de juteux contrats propres à amasser le maximum de profits. Après son échec à la présidentielle de février 2010, bon nombre de ces oligarques ont lâché Timochenko. Selon Fessenko, elle aurait perdu près d'un tiers de son groupe parlementaire. Les plus riches ont rejoint le Parti des régions du président Viktor Ianoukovitch. Les pressions de la justice ou la corruption ont fait le reste. L'an dernier, 77 députés de l'opposition sont devenus «indépendants». Une partie d'entre eux pour échapper à des poursuites judiciaires. Les autres ont tout simplement été achetés. Il y a deux mois, un parlementaire du parti de Timochenko a ainsi rendu publique une conversation, qu'il avait pris soin d'enregistrer, dans laquelle on lui proposait 500.000 dollars pour quitter son groupe.

Société anonyme
Le Parti des régions est une sorte de société anonyme dont l'actionnaire principal a longtemps été l'oligarque Rinat Akhmetov, originaire de Donetsk comme Viktor Ianoukovitch. Depuis quelques années, le paysage de cette formation s'est diversifié avec l'arrivée de nouveaux hommes d'affaires, comme le puissant oligarque Dmitri Firtach, principal actionnaire de l'intermédiaire gazier RosUkrEnergo. Pour des raisons de business, Firtach, Akhmetov et quelques autres camarades oligarques ont eu, dans le passé, maille à partir avec Ioulia Timochenko.

Beaucoup plus récemment, un nouveau clan a pris son envol, celui du président, surnommé déjà «la famille». Le fils aîné de Viktor Ianoukovitch, Alexandre, serait entré en à peine un an dans le club des cinq hommes les plus fortunés du pays. La «famille» a phagocyté les postes clés du pouvoir et notamment les structures de force (Intérieur, services secrets, Défense). Le gouverneur de la Banque nationale, Sergueï Arbuzov, passe lui aussi pour un proche d'Alexandre Ianoukovitch. La «famille» contrôlerait l'administration fiscale et, bien sûr, la justice. L'habitude jusqu'ici en Ukraine était d'acheter les juges. Viktor Ianoukovitch, lui, a nommé des hommes de Donetsk aux commandes de la ma­­gistrature. À tort ou à raison, on s'est ainsi étonné de l'inexpérience du juge Rodion Kireev, chargé du procès Timochenko. Kireev avait été muté - opportunément? - à Kiev en avril 2011 après seulement deux ans de pratique. Ou bien que son homologue, chargé du procès de Youri Loutsenko, ait été dans le même temps sous le coup d'une enquête disciplinaire…

Une démocratie «contrôlée»
L'Ukraine, affirme le journaliste Roman Tsupryk, est devenue «une démocratie contrôlée». Les racines du mal plongent dans «cette kleptocratie qui freine la démocratisation et la modernisation du pays. En maintenant des structures de production héritées de l'époque soviétique avec une industrie lourde devenue obsolète, elle empêche du même coup le développement de PME et d'une classe moyenne, donc d'une société civile». Pour Valery Chaly, les oligarques au pouvoir veulent se rapprocher de l'Union européenne parce qu'ils y voient une promesse d'expansion et un rempart aux appétits voraces des milieux d'affaires russes, mais «rien ne dit qu'ils soient prêts à changer les règles du jeu opaque qui leur ont permis de s'enrichir».

Berlin se fâche
Angela Merkel et les ministres de son gouvernement menacent de boycotter l'Euro 2012 si Loulia Timochenko n'est pas libérée. La chancelière allemande et le président de la République fédérale, Joachim Gauck, qui s'inquiètent de son état de santé, réclament le transfert de Timochenko outre-Rhin, pour la faire soigner. Le ministre allemand des Affaires étrangères, Guido Westerwelle, a mobilisé ses partenaires européens et menace de ne pas ratifier l'accord d'association de l'UE avec l'Ukraine. Au sein de la CDU, plusieurs ténors du parti d'Angela Merkel réclament un transfert en Allemagne des matchs de l'Euro programmés en Ukraine.