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Le contrôle de la vente des armes dans l'impasse à l'ONU

le 30 Juillet 2012 à 09:32 | Lu 578 fois

La Maison-Blanche, engagée dans la bataille présidentielle, est tenue pour responsable de l'échec des négociations.


Le contrôle de la vente des armes dans l'impasse à l'ONU
Après la volte-face de dernière minute des États-Unis qui a ouvert la voie à d'autres défections, l'ONU a raté vendredi l'occasion historique de signer son premier traité sur le commerce des armes. Avec ce report des négociations en 2013 après l'élection américaine, le traité pourrait être compromis en cas de victoire du républicain Mitt Romney et sera probablement affaibli si Barack Obama est réélu. Le texte élaboré imposait pour la première fois des normes aux États en matière de ventes d'armes pour tenir compte du droit humanitaire.

La déception est d'autant plus grande que la majorité des 193 pays et des organisations non-gouvernementales estimaient être arrivés à un compromis acceptable après des années de préparation et quatre semaines d'intenses négociations à New York. «C'est le plus mauvais scénario possible», a regretté l'ambassadeur français Jean-Hugues Simon-Michel, qui craint que l'on reparte «de zéro» quand la négociation reprendra.

Dans la nuit de jeudi à vendredi, la délégation américaine a créé la surprise en annonçant ne pas avoir d'instructions de Washington. Le lendemain, sans donner d'explications, elle exigeait un report des négociations, bientôt suivie de la Russie, de la Chine, de l'Inde et d'autres encore.

«C'est un recul», a déploré le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon. «L'Administration Obama a fait preuve d'une incroyable lâcheté (…) le premier exportateur d'armes conventionnelles (40 % du marché évalué à 70 milliards de dollars par an) abandonne son leadership», a accusé la directrice d'Amnesty International États-Unis, Suzanne Nossel.

C'est pourtant Barack Obama qui avait décidé en 2009 de relancer les négociations après le boycott de George Bush. Les États-Unis, dont la première préoccupation est le marché des munitions, avaient donné l'impression d'être satisfaits par le dernier texte, qui obligeait seulement les pays à contrôler leurs exportations sans avoir à rendre des comptes (le marché intérieur américain est déjà strictement contrôlé). Mais le département d'État américain a publié un communiqué qui, tout en notant les progrès accomplis à New York, insiste sur la «garantie par la Constitution du droit au port d'armes» aux États-Unis - lequel n'a aucun lien direct avec le traité - et sur l'importance pour les États de «réguler eux-mêmes leur marché».

Un groupe de sénateurs démocrates et républicains avait menacé mercredi de ne pas ratifier le traité, très mal vu par le lobby des armes. Engagé dans une course à la présidentielle très serrée contre Mitt Romney, le président américain ne prend plus aucune décision qui lui ferait courir le moindre risque. «La NRA (le lobby des armes enregistré comme organisation non-gouvernementale à l'ONU) a prononcé un discours atroce et entretient la confusion sur le sujet», déplore un diplomate occidental.

«Si c'est le candidat républicain qui gagne en novembre, on peut dire adieu au traité», s'inquiète Zobel Behalal, du CCFD-Terre solidaire. Contre toute attente, la Chine (principal exportateur d'armes après les États-Unis avec la Grande-Bretagne, la France, l'Allemagne et la Russie) avait fait d'importantes concessions sur les armes légères et les droits de l'homme, souligne l'expert, mais, en raison de son langage vague, le traité n'aurait en revanche pas empêché la Russie de continuer à vendre des armes à la Syrie.


Par Adèle Smith