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Le début de la fin pour le Néron de Banjul - Par Yoro Dia


Rédigé par leral.net le Mercredi 20 Avril 2016 à 11:15 | | 6 commentaire(s)|

Une opération Fodé Kaba 3 (intervention militaire de l’armée du Sénégal) n’est plus nécessaire. Elle ne l’est plus parce que c’est le début de la fin pour Yahya le Néron de Banjul. La peur est le moteur de la dictature. C’est pourquoi la dictature commence à s’effondrer le jour où les citoyens n’ont plus peur. Ben Ali a terrorisé les Tunisiens pendant des décennies mais son régime s’est effondré comme un château de cartes le jour où les Tunisiens ont transcendé leur peur. Les Égyptiens ont fait la même chose avec Moubarak. Fodé Kaba 3 ne sera guère nécessaire parce que, après 22 ans de tyrannie, les Gambiens commencent à ne plus avoir peur. Dans une dictature, quand les citoyens transcendent la peur, ils se rendent compte que le dictateur n’est qu’un tigre de papier. C’est pour maintenir cette peur permanente qui est le moteur du système que la violence est permanente dans une dictature. Une dictature se fonde sur deux piliers que sont la violence et le contrôle de l’info. Ben Ali contrôlait tout en Tunisie mais le fait de ne plus pouvoir contrôler les réseaux sociaux ont entraîné sa chute. En Gambie, Yahya Jammeh contrôle encore un pilier (la violence) mais l’autre pilier (le contrôle de l’info) est en train de lui échapper. Une dictature qui n’a plus le monopole de l’info devient très fragile. C’est pourquoi toutes les dictatures sont des sociétés fermées comme la Gambie ou la Corée du Nord.

Comme Néron, Yahya Jammeh est un incendiaire. En augmentant les tarifs du passage, poussant les syndicats de transporteurs à imposer le boycott de la Gambie, Jammeh a peut-être allumé le feu qui va l’emporter. Avec le blocus, les transporteurs démontrent qu’ils ont plus de bon sens stratégique que ceux qui nous gouvernent depuis l’indépendance. Le blocus nous montre une vérité simple. Du bon sens qui, apparemment, n’a jamais été la chose la mieux partagée au sommet de l’Etat. Le blocus montre que la Gambie est un bantoustan dans le Sénégal et n’a d’autre alternative que le Sénégal alors que le Sénégal a toujours le plan B du contournement. Yahya Jammeh a toujours réussi miraculeusement à faire croire le contraire à nos dirigeants qui ont toujours tout sacrifié à l’autel de la paix en Casamance alors que Jammeh nous soutenait officiellement le jour et armait le MFDC la nuit, parce que le MDFC est le seul moyen de pression qu’il a sur le Sénégal. C’est du bon sens : jamais Jammeh ne va nous aider pour la paix en Casamance parce qu’il scierait la branche sur laquelle il est assis. Par ce double jeu, il a survécu à Diouf et Wade et est en train de le répéter avec Macky Sall. Nous avons la paix en Casamance parce que l’armée a montré que l’intégrité du territoire est au bout du fusil pas dans des conciliabules à Banjul ou Kanilay. La meilleure façon d’accélérer le retour définitif de la paix en Casamance est d’avoir une démocratie en Gambie. Les démocraties ne se font pas la guerre. Depuis que la Guinée Bissau est devenue démocratique, elle n’accepte plus le MFDC sur son sol. Une Gambie démocratique n’accepterait de servir de base arrière au MFDC. Le retour de la Gambie à la démocratie devrait se faire facilement parce que avant le coup de d’Etat de Jammeh, la Gambie faisait partie des exceptions démocratiques en Afrique à côte du Sénégal du Botswana et de l’Ile Maurice. Même si c’est le début de la fin pour Jammeh, l’accélération de sa chute dépend en grande partie des Gambiens, pas du Sénégal ou de la communauté internationale parce que, dans une dictature, l’opinion publique n’a aucune importance pour le dictateur dont la survie dépend exclusivement de sa capacité à entretenir la peur permanente. C’est pourquoi ont dit : « dans une dictature, la seule vertu du citoyen est le silence ». Silence parce qu’on a peur. Les Gambiens ont rompu le silence et essaient de transcender la peur. Il est du devoir, de l’intérêt et du rang du Sénégal d’être à leurs côtés en aidant l’opposition démocratique à préparer l’après Jammeh car, « un tyran ne trouve d’adversaire à sa taille que quand le peuple se soulève ». Ce qui se passe en Gambie n'est pas le début d’un soulèvement populaire mais, c’est le début de la fin pour Jammeh qui a transformé la Gambie en Goulag tropical.

Yoro Dia
Politologue






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