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Le football pris en otage par les nationalistes espagnols

Lors de la Coupe du roi, ce vendredi, les indépendantistes prévoient de s'en prendre aux symboles de l'unité ibérique.


Rédigé par leral.net le Vendredi 25 Mai 2012 à 08:58 | | 0 commentaire(s)|

Le football pris en otage par les nationalistes espagnols
En plein cœur de Madrid, l'hymne de l'Espagne sera sifflé ce vendredi soir. Le stade Vicente Calderón accueille à 22 heures la finale de la Coupe du roi, l'équivalent de la Coupe de France de football. Deux équipes s'affrontent: le FC Barcelone et l'Athletic de Bilbao. Il s'agit théoriquement de sport, mais lorsque des Basques et des Catalans se rencontrent à Madrid, la politique n'est jamais loin.

Les deux régions espagnoles sont celles qui revendiquent le plus fort leur spécificité… Les plus jalouses, aussi, du pouvoir central. Majoritaires ou non, les nationalistes présents dans les tribunes se saisiront de l'occasion. La Marcha Real, ainsi que le prince Felipe, chargé de décerner le trophée, essuieront très probablement les huées des gradins.

À Bilbao, à Barcelone et à Madrid en tout cas, personne n'en doute. Il y a trois ans, le Barça et l'Athletic s'étaient déjà affrontés en finale de la Copa del rey et l'hymne avait été sifflé. «Les masses sociales qui supportent Barcelone et Bilbao sont un échantillon très représentatif des sociétés catalane et basque», juge Ricardo Vilaregut, docteur en sciences politiques à l'Université autonome de Barcelone. Selon ce spécialiste du nationalisme, ce seront les indépendantistes radicaux et une partie des nationalistes modérés qui s'en prendront aux symboles de l'unité espagnole.

Face à cette fatalité, la présidente de la région de Madrid a jeté un pavé dans la mare. Esperanza Aguirre, électron libre - et populaire - de la droite espagnole, a proposé tout bonnement d'annuler le match. «Les outrages au drapeau et à l'hymne sont des délits qui ne doivent pas être tolérés. Le match doit être suspendu puis disputé plus tard, à huis clos!»

Personne, toutefois, n'a suivi Aguirre. Ses amis du Parti populaire (PP, droite) se sont démarqués les premiers. La numéro deux du gouvernement, Soraya Sáenz de Santamaría, a ainsi jugé qu'il ne fallait pas «mélanger le sport et la politique». Au nom de la défense de la liberté d'expression, ou soucieux de ne pas jeter d'huile sur le feu, les responsables politiques ont esquivé le débat.

Victor Martínez, vice-président du Centre de recherches d'histoire et de statistique du football espagnol (CIHEFE), déplore une évolution: «Le football a toujours été politisé. Mais jusqu'il y a 10 ou 15 ans, l'Athletic de Bilbao, par exemple, se présentait comme le plus espagnol de tous les clubs. Depuis, comme d'autres, il a été confisqué par les nationalistes.» Le problème, dit-il, est que personne ne répond aux arguments des séparatistes, «sauf trois ou quatre paumés d'extrême droite».

L'extrême droite, en effet, ne sera guère loin. Contre l'avis de la préfecture, la justice a autorisé une manifestation des nostalgiques du franquisme. La marche «en défense du drapeau» doit se dérouler quelques heures avant le début du match. La police, du coup, sera très présente dans les rues de Madrid: 2300 agents seront chargés d'éviter les tensions.

Par Mathieu de Taillac






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