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Le jeu du PS : Surenchère pour mieux négocier ou volonté ferme d’y aller ?

Depuis quelques temps le parti socialiste semble profiter de toutes les occasions pour faire dans la nuance dans ses prises de positions sur l’actualité politique économique et sociale. La dernière en date prend le contre-pied de la décision du Chef de l’État d’organiser le référendum en 2016. Le PS comme tenu à une contrainte calendaire caché veut un référendum en 2015. C’est son droit le plus absolu de parti souverain ayant pour objectif la conquête du pouvoir. Reconquête est le terme approprié pour ce parti qui a fait 40 ans ininterrompus aux commandes et qui n’a pas pu placer le Sénégal sur l’orbite d’une émergence.


Rédigé par leral.net le Mardi 12 Mai 2015 à 11:09 | | 12 commentaire(s)|

Le jeu du PS : Surenchère pour mieux négocier  ou volonté ferme d’y aller ?
Nous n’irons pas jusqu’à dire que le bilan du PS est complètement désastreux. Une chose est sure, il n y a pas eu durant les 40 ans de règne socialiste une politique audacieuse et intelligente de correction du modèle d’avant indépendance pour aller dans le sens d’un reprofilage des bases de notre croissance dans des secteurs de production employant le plus grand nombre. Après les 40 ans passés au pouvoir le PS a connu une descente vertigineuse qui a vu ses scores dégringoler. Le dire n’est pas une opinion. C’est la réalité des chiffres !

Les résultats de la dernière élection présidentielle avaient d’ailleurs vu le Candidat du PS arriver 4ème sur 14 candidats avec un score global relatif de 11,30%. Au niveau des 14 régions du Sénégal, le PS n’est pas arrivé une seule fois à la première position. Il ne s’est pas classé 2ème dans une seule région ! Son meilleur score relatif en 2012 est à trouver dans la région de Thiès avec une 3ème place avec 18% derrière Wade et Macky. Le score le plus pénible du PS en 2012 était dans la région de Matam avec seulement un peu plus de 2000 électeurs sur les 100 000 suffrages exprimés soit 2%. Ce cliché chiffré de 2012 n’est pas pour minimiser les 11,30% du candidat socialiste. Ce score compte, mais le peuple au même moment avait choisi deux autres candidats pour le deuxième tour.

Ces résultats du PS méritent à notre humble avis une introspection d’abord au sein même des socialistes qui ont vu leur score passer de 690 917 voix en 2000 à 464 287 à 2007 avant de stagner à 305 924 en 2012 alors que le nombre de suffrages exprimés est passé de 1 672 984 en 2000 à 2 706 789 soit une augmentation de 62%. En clair, l’augmentation de l’électorat de de plus d’un million entre 2000 et 2012 n’a pas empêché la baisse des votants socialistes de près de 400 000 durant la même période. Ces données qui contrastent avec le maillage du territoire national par ce parti montrent qu’il ne suffit pas d’être bien organisé pour capter l’électorat.

Au vu de la tendance baissière chronique, force est de se demander à quoi sert un bon maillage qui a prise sur les responsables sans faire bouger la masse des électeurs. Je ne crois pas que les Sénégalais soient nostalgiques de la période socialiste. Sans doute qu’un jour les historiens feront sérieusement le bilan de l’actif et du passif du PS. Cette courte réflexion ne le fera pas. Nous faisons ce libre choix de ne pas trop insister là-dessus plus par pudeur que par fuite en avant. Nous avons largement sans stigmatisation donné notre vision de la trajectoire économique et sociale du pays dans notre livre paru en 2011 portant titre « Un autre Sénégal est possible : les pistes de la souveraineté économique et sociale ». Par pudeur, nous ne redirons pas ici ce que nous pensons de la gestion socialiste. La pudeur : ce terme en politique signifie sens de la mesure.

Les récentes sorties du PS semblent donner au peuple le sentiment d’incohérence par l’abordage de certains sujets in vivo en total déphasage avec le pacte moral de construction nationale du Sénégal. Cette attitude bizarre consistant à être dedans en clignotant dehors sera lourdement sanctionnée par les électeurs qui ont une table de valeurs basée sur le socle de la constance.

Qu’on nous comprenne bien. Nous pensons que le PS a le droit de choisir un candidat en dehors du leader actuel de la coalition Benno Bokk Yaakar. La question essentielle est de savoir si le parti socialiste a le droit de chercher maladroitement un prétexte pour être chassé de l’attelage gouvernemental. Elle est aussi de savoir si un allié au pouvoir a toute la liberté d’extérioriser les clivages au grand mépris des règles non écrites d’élégance ou de simple gentleman agreement. C’est à ce niveau que se situe le problème. Kocc Barma Fall célèbre penseur Wolof nous disait que la corde qui lie les hommes s’appelle parole donnée.

De la même façon que les militants de l’APR doivent faire preuve de sens de la mesure en évitant de verser dans des formes d’arrogance inutile en réaction, les alliés aussi, dans leur stratégie de surenchère pour mieux négocier un pacte présidentiel ou pour rompre doivent éviter de verser dans des formes de chantage.

En donnant l’impression d’acculer le président Macky pour la tenue du referendum en 2015 et en critiquant le bilan de la coalition, le PS Cherche manifestement à recevoir une réaction disproportionnée de l’APR pour ensuite embrayer dans une victimisation-prétexte. Faut-il donner aux socialistes un alibi ? Faut-il dans certaines circonstances que l’APR leur réponde par un silence sensé en attendant qu’ils franchissent le pas de la rupture ? L’APR doit comprendre que le problème du PS est d’abord interne avec un patron qui a perdu Mbour, un Maire de la Capitale sans pouvoir suprême dans son propre parti et une Maire de Podor ayant une liberté de ton proche de la fracture.

Ce problème interne fera que le PS ne sera pas uni derrière un candidat issu de ses rangs. Alors qu’est ce qui justifie ces nuances socialistes face aux actions du Président Macky ? Est-ce une façon pour ce parti de poser les jalons d’une négociation directe avec le Président en dehors des autres composantes de Benno ou est-ce une volonté claire de rupture ? L’avenir nous le dira.

En vérité, la question de la candidature consensuelle d’un socialiste est plus proche d’une chimère que d’une réalité palpable. Dans une des contributions, nous disions qu’une candidature du Président Macky portée librement par le PS devrait permettre à ce parti d’éviter l’implosion. Si le débat est posé dans ce parti, beaucoup de responsables lucides se détermineront en mettant l’intérêt supérieur de la nation au-dessus des clivages. S’il n’est pas posé, il y a de fortes chances que des responsables de ce parti in fine choisissent le camp d’un ancrage dans Benno autour du Chef de l’État.

Ce scénario créera l’implosion du PS. Ceux qui tissent un destin national au Maire de Dakar doivent savoir qu’avec 76 000 d’électeurs sur 679 000 dakarois inscrits (soit 11%), ce dernier a certes le droit d’avoir des prétentions, mais en a-t-il la base nationale ? Est-il dans le pouvoir ou dans l’opposition ? Va-t-il aller vers des projets d’alliance avec le PDS et le Rewmi ? Si oui, sur quelles bases éthiques ? Ces questions ne sont pas simples à résoudre.

Une frange du PS qui veut jouer un rôle par négociation ou via la rupture tirera sur Benno Bokk Yaakar. Cette démarche est à inscrire sous le registre de la politique politicienne. L’essentiel est d’être dans la vraie politique qui consiste à être en phase avec le peuple silencieux des électeurs qui est largement blindé face aux calculs politiciens. L’essentiel est au bilan et au projet et sous ce rapport le Président Macky a de réels atouts à faire valoir.

En définitive, le PS doit comprendre qu’en 2007 son score avait connu une baisse relative de 67% par rapport à 2000. En 2012, même tendance baissière de 66% par rapport à 2007 avec 305 924 voix au moment où les suffrages exprimés ont augmenté de 62% entre 2000 et 2012. Une analyse froide de ces résultats devrait pousser le PS à plus de lucidité.

Pour une meilleure conduite du PSE, le Président Macky a besoin d’un large consensus dans lequel le PS doit pouvoir jouer un rôle. C’est une condition souhaitable mais pas obligatoire. Le PS a des cadres patriotes dont le pays a besoin en ces moments importants. Cependant, il appartient aux militants de ce parti en toute souverainement de faire le choix historique en évitant de faire le jeu des francs-tireurs. Car comme le disait un Ministre socialiste assez clairvoyant pour ne pas tomber dans l’irrationnel : « Le Ps ne peut pas traiter cette question avec de l'émotion ou de la nostalgie parce que justement on est le Ps ; nous ne pouvons pas nous permettre d'avoir une candidature de témoignage ou d'orgueil. Nous devons réfléchir froidement en fonction des intérêts de notre pays et de notre parti ».

Le PS est dans une posture délicate. Espérons simplement qu’il saura traverser ce moment avec toute la grandeur requise. En attendant, il faut reconnaître aux socialistes leur souveraineté tout en exigeant d’eux plus d’élégance républicaine. Si la séparation est inéluctable, elle doit se faire dans la dignité et non sur des bases politiciennes du genre à essayer de tordre le bras à celui que les Sénégalais ont choisi. S’il y a séparation, le peuple tranchera entre le choix de l’avenir et un retour vers le passé. Nous osons croire sans naïveté que le parti de Senghor est assez intelligent et courageux pour refuser de descendre du train irréversible de l’Émergence du Sénégal. Le train a ce défaut de ne pas attendre les passagers. Cela les socialistes le savent bien.

Par Mamadou NDIONE
Economiste Ecrivain
Cadre APR DIASS






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