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Le marché de l’emploi au Sénégal : Leurres et Lueurs

Au sortir d’une formation bien remplie, acquise non sans quelques grosses suées
dans les universités ou instituts de formation professionnelle, le jeune diplômé se
trouve confronté à un univers nouveau, objet de toutes les convoitises, mais aussi de
toutes les craintes : le marché de l’emploi.


Rédigé par leral.net le Jeudi 7 Avril 2016 à 10:54 | | 0 commentaire(s)|

Le marché de l’emploi au Sénégal : Leurres et Lueurs
Fini les grèves, les longues heures d’études, l’insoluble question des bourses : l’heure est à l’insertion. Cette étape, censée être le couronnement ultime du parcours académique, ne se passe pas souvent comme rêvé, et constitue dès lors un véritable casse tête, pour acteurs de développement, gouvernants, et l’entourage même de l’étudiant. L’examen des causes profondes permettra, en passant par les conséquences, de proposer des solutions, comme contributions citoyennes.
Les Causes :
 Inadéquation de la formation : La spécialisation est tardive dans nos universités, même si l’enseignement est de qualité toutefois. Cet enseignement pousse Cet enseignement général pousse la grande majorité des étudiants à ignorer leur spécialisation, durant et à la fin de leur formation.
Pour preuve, demandez à un étudiant en lettres modernes (français), un étudiant en langues étrangères (allemand, espagnol, anglais,etc.) ce qu’il sait faire d’autre qu’enseigner. Quant aux instituts privés de formation professionnelle,on constate une saturation dans les spécialisations des temps modernes (Marketing, Comptabilité, Banque Finances, Assurance), domaines qui font rêver la majorité d’entre eux. La mesure du costume d’agent marketing, de commercial ou d’expert comptable,semblant convenir à tous.

Politique d’accompagnement à l’insertion quasi inexistante ou méconnue : pour les universités publiques, des directions d’insertion sont mises sur pied. Mais peu d’étudiants en connaissent l’existence. Autant on peut concéder la hausse sur les inscriptions, autant les autorités académiques
doivent mieux vulgariser les services d’insertion, pour vendre leurs « produits ». Une manière aussi de constituer un interlocuteur crédible pour le jeune diplômé.

Recrutement au compte gouttes : Même si L'Agence nationale de la statistique et de la démographie (Ansd) a publié récemment une enquête nationale sur l'emploi au Sénégal, elle ne révèle pas des statisques sur la demande et l’offre, de données sur le recrutement exact des entreprises, qui auraient permis de se faire une idée exacte des recruteurs. Les plus chanceux
se voient ainsi proposer des stages à n’en plus finir, des contrats à durée déterminée avec un résultat mitigé : le stagiaire tarde à prendre ses repères en entreprise (à cause de sa formation), ou bien se voit rarement proposé des contrats d’insertion dans l’entreprise.
 La mainmise des entreprises étrangères : Rien que pour l’autoroute à péage, la filiale sénégalaise du groupe français de BTP Eiffage a réalisé un chiffre d’affaires de 48,6 milliards de FCFA en 2014 et 42,2 milliards en 2015.
Par contre, l'Etat du Sénégal qui a participé pour 320 milliards CFA, ne récoltera d’après les prévisions que 72 milliards CFA sous forme TVA d’ici 2039. Ce qui est contre productif pour notre économie. Sans citer Bolloré Africa Logistics, Total, Orange, la SGBS, la BICIS,etc.
La formule est connue : aucun patriotisme économique pour nous nationaux, l’expertise aux étrangers, la main d’œuvre et les TVA pour le Sénégal.
Les Conséquences : D’après l’ANSD, 32% de la population active est sans emploi. 16% des chômeurs ont un niveau d'étude supérieur (universités et instituts de formation professionnelle),
alors que 40% des dits chômeurs n'ont pas de diplôme.
Avec un relâchement aux conséquences perceptibles :
 L’immigration : Elle est choisie pour les terres d’accueuil, qui préfèrent le gratin de la formation sénégalaise. L’Etat investit, forme, et paie généralement pour l’élève devenu étudiant. Qui se perfectionne dans les universités étrangères, et sert souvent dans ces pays, ou sa compétence est plus valorisée que dans son pays natal.
Aussi, sans espoir, sans perspective aucune, l’horizon est bleu pour bon nombre de chômeurs. La mer reste le dernier rempart pour certains, au péril de leurs vies. Pis, il est de plus en plus fréquent de recenser des diplômés qui
s’essaient à l’immigration, puisque telle ambassade leur a refusés le visa à plusieurs reprises, ou peinent à obtenir un stage.
 Le foisonnement des centres d’appels : initialement conçu comme un emploi pour étudiants, le centre d’appels a beaucoup évolué au Sénégal.
Considérés comme l’antichambre vers l’emploi, ces centres de contact poussent comme des champignons, au point de devenir de véritables vâches laitières. Ces structures, couvées par l’Etat au nom de la Convention Etat Employeurs, profitent de la rareté de l’emploi, car la demande est supérieure à l’offre, pour exercer une ruse sans pareille sur les CDD des téléacteurs. Avec une sous traitance ou elles sont les seules gagnantes, avec l’Etat qui y voit un partenaire qui contribue à réduire le chômage partiellement. D’éminents étudiants qui y voient un moyen transitoire de fuir le chômage, sont plus qu’exploités, sans possibilité de syndiquer, sans assurance maladie, des
conditions de travail démentielles. Avec la routine, le temps qui défile, la perspective de carrière s’obscurcit pour la plupart.
 Le recours à l’enseignement : Solution ultilme pas forcément la plus désirée, l’enseignement est comme imposé par le système éducatif sénégalais.
Après moult demandes de recrutement ou de stages sans feedback, l’étudiant se résigne à tenter l’enseignement. Ce qui n’est sans doute pas étranger au niveau et aux résultats en baisse permanente des élèves, victimes collatéraux de leurs temps, mais aussi d’un système qu’on gagnerait à revoir. Car les meilleurs professeurs sont ceux qui le font par amour du métier, pas par
désespoir.
L’oisiveté, mère de tous les vices : le thé, l’exéctution de tâches viles, sont des palliatifs courants pour les sans emploi. Les plus exposés sont en proie à la déprime, ce qui les pousse parfois à commettre des actes peu recommandables pour satisfaire leurs besoins. Plus le taux de chômage est élevé, plus l’insécurité est galopante, surtout dans les zônes criminogènes du Sénégal.
Les Solutions :
 En ce qui concerne l’Etat : même s’il a procédé au recrutement de 5.500 agents dans la fonction publique, de même que de 10.000 ASP (agents de la sécurité de proximité), sa vocation principale est de favoriser les conditions et procédures de création d’emplois. Il peut procéder à la baisse des
exonérations pour les promoteurs ou hommes d’affaires désirant créer des entreprises. Si celles-ci sont allégées, cela baliserait certainement la voie à beaucoup de promoteurs que les taxes font fuir. Aussi, une meilleure qualité de formation, avec une spécialisation plus précoce, permettrait-elle de mieux situer l’étudiant par rapport aux besoins réels du marché.
Pour les instituts privés : il urge de régulariser le secteur, avec le trop plein d’écoles, dont l’accréditation ou la reconnaissance est parfois à prouver.
Par la même, les couts exhorbitants pour les inscriptions et les frais d’études devraient comporter des clauses spéciales, visant à soutenir les projets de l’étudiant, ou de constituer un link avec les entreprises, durant et à la fin de sa formation. De même, nous ferions mieux de moins faire la promotion des matières à vocation «marketing et business » dans l’imaginaire des futurs
bacheliers: Elles sont certes utiles, mais les matières telles que l’agro-
écologie, l’agro-industrie, l’agro-alimentaire, la médecine, ne sont pas moins
prestigieuses.
 Entreprenariat : Au sortir de sa formation, l’étudiant doit être en mesure
d’avoir un projet bien ficelé, et s’atteler à trouver un financement. AuSénégal,il a été mis sur pied des agences telles que le FONGIP qui vise à
faciliter l'accès au crédit. Un fonds de garantie et d'investissement dédié aux Petites et Moyennes Entreprises (PME), aux groupements de femmes et aux jeunes. L’absence de garanties auprès des banques est toutefois l’obstacle majeur, sans occulter le manque de communication aurpès de la cible. Nous pouvons à ce titre citer aussi la BNDE (Banque Nationale pour le Développement économique) tout comme l’ANPEJ (Agence Nationale pour la Promotion de l’emploi des Jeunes). Pour une bonne politique de lutte contre le chômage, l’accent doit être mis sur l’auto-emploi, mais aussi l’incitation à la culture de l’entrepreunariat.
Les incubateurs d'entreprises devraient être mieux connus et accompagnés, car étant des structures d'accompagnement de projets de création d'entreprises
 Le retour à la Terre :
40% de la population mondiale s’active dans l’agriculture. La terre ne refuse pas la main d’œuvre serviable comme les entreprises. Elle peut s’avérer comme un recours solide, si la jeunesse en prend conscience réellement. Les métiers de la terre ont le mérite de servir à nourrir la nation, mais aussi à créer des petites entreprises, qui forment ainsi une chaîne de valeur importante. En même temps,
cela permettra d’assurer la sécurité alimentaire, et de favoriser le label local.
Les produits comme l’arachide et la filière oléagineuse, le riz, les céréales (maïs,mil, sorgho), l’oignon, la tomate industrielle, les produits horticoles d’exportation, etc sont des opportunités réelles. Reste à doter les requétrants en semances en quantité et qualité suffisante, mais aussi d’assurer l’appui logistique.
Le chomage reste une véritable équation. De l’enseignement à l’insertion, en passant par la formation, c’est toute une politique à revoir. Autrement, c’est toute une élite de jeunes instruits pour la plupart qui risque d’être sacrifiée. Une génération dont le seul tort est de s’être formé et de vouloir servir leur pays. Et personne n’y gagne. Commencer par le bas de l’échelle aussi n’est pas synonyme d’échec.

Fait à Dakar, le 29 Mars 2016, Copyright Alioune DIAGNE, alioune8719@gmail.com






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