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Le monde doit se préparer à de nouvelles épidémies d'Ebola

le 29 Mai 2015 à 15:17 | Lu 708 fois

Le monde doit se préparer à de nouvelles épidémies d'Ebola en tirant les leçons de la crise actuelle, et tenter d'impliquer plus les personnes concernées, comme les médecins, les malades et les responsables locaux, ont estimé des experts internationaux réunis à Paris.


Le monde doit se préparer à de nouvelles épidémies d'Ebola
"On doit préparer la prochaine épidémie qui va forcément survenir" a indiqué Yves Lévy, directeur-général de l'Inserm (Institut public français de recherche médicale), un thème largement développé lors d'une conférence internationale organisée sur le virus Ebola jeudi et vendredi à l'Institut Pasteur à Paris.

Plusieurs intervenants ont souligné que l'épidémie actuelle qui a fait plus de 11.000 morts en Afrique de l'Ouest n'était pas encore terminée et que des inquiétudes subsistaient à propos de la Guinée et de la Sierra Leone.

Pour le Pr Jean-François Delfraissy, coordinateur français de la lutte contre Ebola, il s'agit d'une épidémie "à bas bruit qui continue à tourner", notamment en Guinée où l'épidémie persiste dans les environs de la capitale Conakry, "alors qu'il y a encore quinze jours, on pensait avoir gagné".

"La crise n'est pas finie et il faut rester vigilant" a renchéri Sylvie Briand, la directrice de l'épidémiologie de l'Organisation mondiale de la santé (OMS).

Parmi les leçons à tirer de l'épidémie actuelle, cette dernière a insisté sur la nécessité d'impliquer davantage les populations locales à l'avenir. "On ne peut pas lutter contre une épidémie en luttant contre les gens", a-t-elle dit, en faisant allusion à certaines pratiques "choquantes", comme mettre les malades en quarantaine sans leur donner de nourriture ou encore traiter les cadavres "comme des morceaux de viande".

L'un des codécouvreurs du virus Ebola, le Pr Jean-Jacques Muyembe, a lui aussi insisté sur la nécessité d'un dialogue avec les populations concernées. "Pour vaincre les réticences, il faut parler et négocier avec les populations locales", par exemple des pratiques funéraires à risque, a expliqué le Pr Muyembe, qui dirige aujourd'hui l'Institut national de recherche biomédicale à Kinshasa (République démocratique du Congo-RDC).

Ces rites, qui impliquent un contact avec le corps, sont considérés comme l'un des principaux facteurs de propagation du virus, transmis par les fluides corporels. La RDC, où le virus Ebola a été découvert en 1976, a connu plusieurs flambées de la maladie depuis cette date mais qui sont toujours restées très localisées.

Poursuite des essais cliniques
Au delà des aspects socio-culturels de la maladie, les experts ont également fait le point sur les recherches en cours, alors qu'il n'existe toujours aucun traitement ni aucun vaccin homologué.

Selon le Pr Delfraissy, un essai de vaccination en population générale devrait être mené en Guinée à partir de juillet par l'Inserm en collaboration avec les Instituts nationaux de santé (NIH) américains qui mènent déjà un essai similaire au Liberia, où il n'y a plus de malades.

Un vaccin produit par Merck et un autre par Janssen font par ailleurs l'objet d'autres essais, respectivement en Guinée - en partenariat avec l'OMS et Médecins sans frontières - et en Sierra Leone, avec l'Inserm. Sur le front des traitements, l'antiviral japonais favipiravir, qui a donné des résultats encourageants lors des premiers tests, devrait être combiné au Zmapp américain dans un nouvel essai qui pourrait débuter prochainement en Guinée, selon le Pr Delfraissy.

Mais les experts continuent également leurs travaux sur la plasmathérapie -qui consiste à injecter du sérum de convalescents aux malades - et s'interrogent sur les symptômes apparus chez certains des 15.000 survivants actuels, incluant la perte progressive de la vision ainsi que des douleurs musculaires ou articulaires.

"On ne sait pas très bien ce qui se passe à long terme" relève le Pr Peter Piot, autre co-découvreur du virus Ebola. Il reconnait également que l'on manque encore de données sur la possibilité d'une transmission sexuelle du virus. Pour mieux comprendre, l'Inserm a entrepris de recruter une cohorte "post-Ebola" de 500 survivants et leurs proches à Conakry qui seront étudiés au cours des prochaines années.

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