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Le président du Paraguay sur la sellette

le 22 Juin 2012 à 11:19 | Lu 440 fois

Fernando Lugo doit faire face ce vendredi à une procédure de destitution initiée par les députés paraguayens, qui lui reprochent les récents heurts sanglants entre policiers et paysans sans-terre.


Le président du Paraguay sur la sellette
Vendredi dernier, au Paraguay, une opération visant à déloger des paysans qui occupaient illégalement une propriété agricole avait tourné au drame. Onze de ces «sans-terre» et six policiers avaient trouvé la mort dans des échanges de coups de feu qui avaient aussi fait plus de 80 blessés.

Aussitôt, le président Fernando Lugo avait annoncé dans un message à la Nation le limogeage du ministre de l'Intérieur et du chef de la police. Moins d'une semaine plus tard, c'est la responsabilité du chef de l'État lui-même qui est pointée. Considérant qu'il a exercé ses fonctions d'une manière «impropre, négligente et irresponsable, provoquant le chaos et l'instabilité politique dans toute la République», la Chambre des députés a voté jeudi à une large majorité une procédure de destitution contre lui. Selon le document, le président Lugo a généré une «constante confrontation et la lutte des classes sociales, avec, comme résultat final, le massacre de compatriotes, un fait inédit dans les annales de l'histoire (du Paraguay indépendant)».

Lâché par tous ses soutiens
Le président, ou son avocat, est donc convoqué ce vendredi pour présenter sa défense devant le Sénat, qui doit avaliser la démarche initiée par la Chambre des députés. Au terme de cette procédure, Fernando Lugo, qui, à 61 ans, avait déjà annoncé qu'il ne se représenterait pas à la prochaine présidentielle (en avril 2013), risque bien de se voir privé de sa dernière année de mandat. D'autant que ses principaux soutiens ont surpris en se déclarant favorables à sa destitution. Le Parti libéral a ainsi décidé de passer dans l'opposition. Si la destitution du président était confirmée, c'est le leader du parti, le vice-président Federico Franco, qui le remplacerait. Quant aux évêques catholiques du pays, ils ont également demandé à Lugo, ex-évêque, de renoncer à sa charge «pour le bien du pays». Mais l'intéressé «refuse de renoncer à (ses) fonctions», dénonçant «un procès politique».

Face à l'isolement de Lugo sur la scène intérieure, les huit principaux ministres des Affaires étrangères de l'Union sud-américaine des nations (Unasur) se sont engouffrés jeudi soir dans un même avion pour la Paraguay, afin de se porter au secours du président chancelant. «Les présidents (de l'Unasur) ont exprimé la conviction qu'il faut préserver la stabilité et le respect de l'ordre démocratique paraguayen», a déclaré le chef de la diplomatie brésilienne. L'Unasur «ne permettra pas un retour de la dictature ni un coup d'État» au Paraguay, a renchéri son homologue équatorien. Les États-Unis ont quant à eux demandé que le processus du jugement politique initié par le Congrès paraguayen soit respecté «scrupuleusement».


Par Thomas Vampouille