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Le président, le pèlerinage et les pierres - Par Mame Gor NGOM

Si la visite de Macky Sall à l'Université Cheikh Anta Diop de Dakar (Ucad) s'était déroulée sans heurts, ses partisans qui avaient mis aux devants le caractère inédit de l'événement exploiteraient cette réussite. Mais l’opération de charme a tourné en hallali. Qu’ils assument l’échec collectif.


Rédigé par leral.net le Mardi 4 Août 2015 à 19:13 | | 10 commentaire(s)|

Depuis 1960, disent-ils, aucun président n'a osé prendre la décision aventureuse de se rendre au campus universitaire. Ils avaient sonné la grande mobilisation, mis des moyens conséquents en payant des bourses à temps -une fois n'est pas coutume. Mais surtout, exhibé des gages de leur volonté de faire la lumière sur la mort de l'étudiant Bassirou Faye. Utilisant à bon escient «leurs» médias avec un timing qui a courroucé l'avocat de Tombong Waly, du nom de ce policier, coupable présumé, désigné par les enquêteurs. Les risques avaient été donc mesurés à leurs justes proportions.
Macky et ses spin-doctors étaient certainement conscients qu'ils se rendaient en terrain hostile. Il a décidé quand même d’y aller en dépit des bulletins dissuasifs des renseignements généraux. C'était à ses risques et périls.
Hélas, pour lui, l’histoire retiendra surtout les jets de pierres sur sa voiture, la colère des étudiants en rouge, les huées et autres cris d'orfraie. Les pavillons inaugurés, ses engagements, le rôle de ses militants ? Au second plan. En 1988 aussi, Abdou Diouf avait mobilisé à Thiès ; mais l'on ne se souvient que des incidents qui l'ont fait sortir de ses gonds avec sa fameuse expression de «jeunesse malsaine» savamment exploitée par son opposition d'alors.
En 2012, Wade avait bien le droit de battre campagne à Nguéniene, mais il l’a appris à ses dépens en payant chèrement cette «provocation» chez Ousmane Tanor Dieng. Son convoi a essuyé des jets de pierres et des coups de pilons des villageois, entre autres. Et ils étaient nombreux à se réjouir de cette tournure des choses si l'on sait que le candidat du Parti socialiste (Ps) lui aussi avait été victime des foudres des militants du président sortant.
La marche du Sénégal vers la démocratie est ainsi parsemée d'événements douloureux, d'actes médités contre le Chef du moment. Des faits qui illustrent le plus souvent une certaine exaspération et, dirions-nous, un rejet des gouvernants. Cette violence est inacceptable.
Mais, si le constat alarmant est qu'elle occupe une place de choix dans notre société si complexe, le président que nous avons librement choisi doit éviter d'en être victime. Vendredi dernier, Macky Sall a choisi d'entrer dans la gueule du loup. Il n’en avait pas le droit. Nous n'avons pas élu un président pour qu'il soit humilié de la sorte. Il ne doit pas «apprendre à vivre dans le danger», pour reprendre le mot de Nietzche.
Il ne s'agit pas ici de mettre en relief l'audace et la témérité de Macky, comme le défendent ses collaborateurs, ils devraient plutôt lui donner les moyens d'un «retour aux sources» et d'un pèlerinage impeccable à la chambre 168 du pavillon A.
Ironie de l’histoire, la seconde alternance a été fêtée d’abord à l’Ucad lors d’un concert «inoubliable» le 4 avril 2012 avec le Positive Black Soul (Pbs). On se rappelle encore la grande émotion de l’actuel Secrétaire d’État, Souleymane Jules Diop, porté en triomphe par ces mêmes étudiants. Il était revenu fraichement de son exil canadien. Rien n’a vraiment changé dans le comportement de l’étudiant. Ceux qui dansaient hier, huent aujourd’hui.
Le président lui-même doit tirer objectivement toutes les conséquences en se gardant de verser dans le déni et les explications fallacieuses de ceux qui n'ont pas les capacités de le sauver.
L'impopularité inquiétante de son ministre de l'Enseignement supérieur a sensiblement participé à sa mésaventure. Lui même s'en est rendu compte avec les réactions hostiles des étudiants à l'encontre de Mary Teuw Niane. Personne n'ose douter des compétences du Professeur émérite, mais il lui sera très difficile de conduire à son terme le travail dans un contexte si tendu où il est en conflit ouvert avec les acteurs.
Wade avait changé le ministre de l’Enseignement Supérieur, Madior Diouf, à la suite de la mort de Balla Gaye en janvier 2001. Ce compromis, combiné à la généralisation des aides annuelles de 60 mille Cfa pour les non-boursiers et l’augmentation du nombre de bénéficiaires, avait sensiblement apaisé la tension même si le flou demeure toujours sur les circonstances de cet événement tragique. Macky Sall n’a pris aucune mesure à la suite de la mort de Bassirou Faye.
Et l’enquête enclenchée et bouclée renferme des zones d’ombre. Il n’y a qu’un seul tireur. Trois policiers sont arrêtés. Le point de vue du principal témoin Sette Diagne est-il pris en compte ? Tout porte à croire que ce dossier aussi ne livrera jamais ses vérités. Dans un tel contexte, il était illusoire de penser que le «déplacement historique» de Sall allait être une promenade de santé.






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