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Le président roumain évite la destitution

le 30 Juillet 2012 à 09:34 | Lu 542 fois

Le taux de participation au référendum sur son départ s'est établi à 46%, ce qui n'est pas assez pour valider le scrutin. Traian Basescu, accusé d'«abus de pouvoir», promet de «promouvoir la réconciliation».


Le président roumain évite la destitution
Pour la deuxième fois en cinq ans, le président roumain Traian Basescu sauve sa tête. Le chef d'Etat a échappé dimanche à la destitution, grâce à une forte abstention au référendum organisé sur la question. Selon une estimation officielle donnée dimanche soir par le bureau électoral central, le taux de participation était de 45,92%, avec une marge de trois points d'erreur. Or le scrutin n'est validé que si plus de la moitié des électeurs votent.

Accusé d'«abus de pouvoir» par la coalition d'opposition de centre gauche au pouvoir, Traian Basescu a salué les «Roumains qui ont rejeté le coup d'Etat des 256 parlementaires conduits par le premier ministre Victor Ponta et le président intérimaire Crin Antonescu». «Je veux remercier ceux qui, surmontant leur colère, ont compris que le référendum ne portait pas sur Basescu mais sur l'Europe», a-t-il ajouté. Après trois mois de cohabitation houleuse, Traian Basescu a assuré que dès son retour au palais présidentiel il s'attacherait à «promouvoir la réconciliation». «Il faut combler la fracture au sein de la société parce que la Roumanie a besoin de toute l'énergie pour réussir son intégration dans le monde civilisé», a-t-il souligné.

Mais Victor Ponta ne baisse pas les bras. Le premier ministre frondeur a déclaré que quel que soit le taux de participation final, aucun homme politique «ne peut ignorer la volonté» de millions d'électeurs. En effet, une écrasante majorité des votants , 86,90%, se sont prononcés pour la destitution.

Reste à savoir si Ponta sera entendu. Quelques heures avant que les chiffres ne soient connus, le président Basescu avait fait savoir que «si le taux de participation s'élève à 48 ou 49 % et que la différence entre le oui et le non est très grande», il serait prêt à écourter son mandat, qui doit s'achever en 2014, en contrepartie d'une révision de la Constitution.

Adoptée en 1991, la loi fondamentale, qui visait à équilibrer les pouvoirs entre le Parlement et le président pour prévenir une dérive autoritaire, a débouché en effet sur une instabilité politique chronique depuis l'arrivée au pouvoir de Basescu. Dans un pays dépourvu de traditions démocratiques, un régime semi-présidentiel s'accommode mal des périodes de cohabitation. Surtout si le président est un adepte des rapports de forces. Ce qui est le cas de Traian Basescu. En 2007, déjà, quatre mois seulement après l'adhésion de la Roumanie à l'Union européenne, le Parlement avait vainement tenté de le destituer. Le premier ministre de l'époque, Calin Popescu Tariceanu, un libéral, accusait lui aussi Basescu de bloquer l'action du gouvernement.

Un pur produit de la culture communiste
Âgé de 60 ans, le président roumain a toujours manifesté un solide appétit de pouvoir. En 2004, lors d'un débat télévisé avec Adrian Nastase, son adversaire à l'élection présidentielle, cet ancien capitaine de la marine marchande avait admis non sans humour que, tout comme Nastase, lui-même était un pur produit de la culture communiste. Impulsif, grande gueule, provocateur, manœuvrier, Traian Basescu n'a jamais rien fait pour calmer le jeu et, à l'instar de ses opposants, n'a guère eu de scrupules à malmener la Constitution en l'interprétant à sa guise.

Sa forte personnalité ne saurait masquer cependant le véritable enjeu de la crise: la remise en cause d'un système oligarchique hérité de la transition, à savoir le contrôle des institutions et de l'appareil d'État par une nouvelle classe d'entrepreneurs enrichis dans des conditions opaques lors du passage à l'économie de marché. Force est de constater que, malgré les injonctions de Bruxelles, la lutte contre la grande corruption était restée sans effets jusqu'à l'arrivée au pouvoir de Basescu.

Le président roumain n'a plus rien à perdre. Élu une première fois fin 2004, reconduit en 2009, il ne peut plus se représenter. Depuis l'introduction en 2010 d'une cure d'austérité, sa popularité est en berne. Mais cet homme orgueilleux rêve, dit-on, de laisser une trace dans l'histoire de la Roumanie. C'est peut-être déjà le cas. Sous sa houlette, la justice est devenue indépendante et si elle n'a pas permis de démanteler les réseaux d'influence hérités de l'ancien régime, elle a mis fin du moins à la culture de l'impunité qui caractérisait jusqu'ici les élites dirigeantes.


Par Arielle Thedrel