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Le prince du WALO Sydya Ndatte Yalla Diop, héros national sénégalais méconnu (Par Diawdine Amadou Bakhaw Diaw)


Rédigé par leral.net le Dimanche 13 Août 2017 à 22:55 | | 0 commentaire(s)|

Il y a 136 ans, le 26 Juin 1878  à 23 H 30, mourrait  sur une île perdue , Nengué Nengué au large du Gabon, dans la moiteur tropicale, dans la solitude de l’exil, le prince Sydya Ndatté Yalla Diop. Il préféra mettre fin à ses jours que de subir cet exil sans fin, dans la forêt équatoriale gabonaise, loin des berges du Lac de Guiers, de la rivière Taouey, loin de son Walo, et du Sénégal, pour lesquels il a accepté le sacrifice suprême.
     
Né en  1848 à NDER, Sydya  était le fils du Béthio Sakoura Diop et de la Linguère Ndatté Yalla Mbodj, il portait le prénom du marabout maure de son pére. Sydya appartenait à l’une des trois lignées matrilinéaires qui permettaient d’accéder au trône du Walo, les Tediecks. Cette lignée maternelle des Tediecks a fourni les plus grands Bracks du Walo, dont Brack Ndiack Aram Bacar Mbodj ( qui conquit tout le pays wolof au milieu du 18e  siécle) ,Brack Yérim Mbagnick Aram Bacar et Brack Natogo Aram Bacar Mbodj.
        
Sa grand-mère maternelle, la Linguére Fatim Yamar Khouryaye Mbodj préféra se brûler vive avec plusieurs de ses courtisanes, lors de la prise de la capitale Nder par les maures, lors du célèbre Mardi du 5 Mars 1820 (Talatay Nder)
      
Sa mère, la Linguére Ndatté Yalla Mbodj accédera au trône le 1er octobre 1846, à la mort de sa grande soeur la Linguére Ndjeumbeut Mbodj ,quand Sydya avait 4 ans à l’époque. Elle entreprit une politique  d’hostilité envers le comptoir  colonial de Saint- Louis, en revendiquant  la possession de l’île de  Sor que voulait annexer le Gouverneur Faidherbe.
 

Le 25 Février 1855, le gouverneur Faidherbe battît les troupes de la Linguére Ndatté Yalla à Diobouldou, tout près de Nder et annexa le Walo comme possession française. Ce fut le début de la conquête française en Afrique noire
 
Trois ans après la conquête coloniale du Walo, par Faidherbe, les Tediecks et leurs partisans s’opposèrent, autour de la candidature de Sydya, à la nomination par les Français de Fara Penda Madyaw Khor Diaw comme chef supérieur du Walo.
 
 En Octobre 1858, dès la fin des cérémonies de circoncision de Sydya, ses partisans s’insurgèrent et la révolte qui partit du village de Breune, envahit tout le Walo. Les colonnes militaires françaises du Gouverneur Faidherbe menèrent une féroce répression contre les populations, les villages furent incendiés, le bétail abattu.
     
Les insurgés Walo Walo furent vaincus, et à Rosso, devant la foule nombreuse réquisitionnée, les troupes françaises fusillèrent publiquement  Youga Fally, le chef de la révolte, ainsi que Madyaw Xor Ndiaye et Birane Gaye, les nommés Aly Thiam et Birane Sarr furent déportés en Côte d’Ivoire et Birane Thiam au Gabon.
 
Pour calmer les partisans de Sydya, le Gouverneur Faidherbe créa une cinquième canton à Nder avec Sydya comme chef, mais administré provisoirement par Ndiack Coumba Mbodj, son cousin. De force, le gouverneur Faidherbe emmena le jeune Sydya à Saint- Louis à la Gouvernance et en fit son fils adoptif.
 
 Ainsi, Sydya Ndate Yalla domicilié chez le gouverneur FAIDHERBE, fut inscrit à l’école des Otages .Excellent élève , major de sa classe dans tout le cycle primaire, il fut envoyé au lycée impérial d’Alger, en Avril 1861 afin de poursuivre ses études secondaires.
 
A son retour au Sénégal en 1863, Sydya suivit pendant quelques mois les cours de l’école des Frères, et fut baptisé ayant pour parrain le gouverneur FAIDHERBE, qui lui donna son deuxième prénom, LEON.
 
En 1868, il reçut le brevet de sous-lieutenant indigène au bataillon des Tirailleurs sénégalais, le décret qui le nomme est du 18 mai 1868. Il fut l’un des  premiers sénégalais à obtenir le grade d’officier.
 
La Colonie lui confia le commandement du canton de NDER. Ne voulant pas être  un relais docile de l’administration coloniale, il refusa d’appliquer les impôts injustes et essaya d’introduire de nouvelles spéculations agricoles ainsi que la scolarisation en masse dans le Walo.
 
Dans ce Waalo annexé et ruiné, son aristocratie déchue, ses populations en désarroi sont en proie à la famine et aux épidémies de fièvre jaune et de choléra ; un mouvement politico-religieux inspiré par le marabout toucouleur, Amadou Sheikhou  BA de Ouro Madyou et dirigé localement par Amadou Mbodj Briok, Marabout à Doune Dialang (Lac de Guiers), gagnait chaque jour du terrain   
 
Le marabout Amadou Sheikhou avait adressé un message aux populations de la Sénégambie, présentant les épidémies de choléra et de fièvre jaune comme une malédiction due à la présence coloniale française. Seule  une conversion massive des populations à l’ Islam, passant par l’expulsion des Francais du Sénégal, pourrait apporter la clémence divine. La jihad qu’ Amadou Sheikhou proclamait, eut un écho immense dans tous les royaumes du Nord sénégambien, particulièrement au Walo , au Cayor et au Djolof. Sydya Ndaté  accepta de suivre la lame de fond politico-religieuse qui secouait le Waalo
 
De façon solennelle, devant une grande assemblée de dignitaires du Waalo et une foule nombreuse, il jeta dans la rivière TAOUEY tous ses habits et autres attributs européens. Il prit le bain rituel royal dans la rivière pour se rhabiller avec des tenues traditionnelles. Il jura de ne plus parler la langue des colonialistes, le français
 
Ensuite il partit à TIANALDE se faire des tresses de ceddo. Ce sera le signal fort de sa dissidence de  son refus de l’assimilation, du rôle sur mesure de chef nègre, de suppôt colonial ; les populations du Waalo le proclamèrent Brack. En novembre 1869, l’insurrection dirigée par Sydya fut générale au Waalo. Il  rejoignit avec ses partisans, la coalition de résistance antifrançaise composée des forces de Lat Dior et du Marabout Amadou Cheikhou BA.
 
Le Gouverneur Valère, dans une dépêche du 17 décembre 1869, devait reconnaître l’échec de la domination française au Waalo: « Le Waalo, tôt abandonné à lui-même, s’est laissé insensiblement entraîné par d’habiles meneurs et n’attend qu’une occasion favorable pour secouer notre domination, et servir de trait d’union à nos ennemis du Kadyoor et du Fuuta Tooro.
 
Déjà l’insubordination est à l’ordre du jour, tous les chefs qui sont pour nous, sont abandonnés par leurs gens et un de cinq chefs de Cercle, Léon Diop (Sydya), annonçant hautement son intention de redevenir seul maître du pays, entretient au vu et au su de tous ceux qui sont encore soumis, des relations amicales avec Lat Dior pour agir ouvertement contre nous ».
 
 
Tous les autres Chefs de cantons alliés aux autorités coloniales, Yoro Boly DIAW, le Djoos Yamar MBODJ, Samba DIENE, le DIiombanakh Yoro Altiné DIAW durent se réfugier dans les forts et garnisons français, assiégés par les insurgés dirigés par Sydya. Les troupes coloniales subirent de lourdes défaites au Waalo et au Cayor face à la coalition des troupes de Sydya, Lat Dior et du marabout, Amadou Cheikhou BA.

Devant l’ampleur de la résistance, le Gouverneur Valère était forcé au compromis. Surtout avec la défaite en Europe des armées française du 2ème empire face à l’Allemagne Bismarckienne et à la chute de Napoléon III, et de l’avènement de la 3e  République, la France était plus préoccupée par une politique de redressement national interne,que celle d’une expansion coloniale.
 
Avec la réduction de la subvention métropolitaine à la colonie du Sénégal, le Gouverneur Valère n’avait plus les moyens financiers pour mener des expéditions militaires. Devant le nouveau rapport de force, le Gouverneur se résolût d’accepter de reconnaître Lat Dior comme Damel du Cayor et de nommer Sydya comme Chef Supérieur du Waalo .
 
La nouvelle alliance de Sydya et du Damel Lat Dior avec les Français, permit à ces derniers des actions militaires d’une extrême brutalité contre les partisans d’Amadou Cheikhou en brûlant, pillant, plusieurs villages de Tooro.
 
Mais malgré cette offensive coloniale française, le Marabout Toucouleur consolidait et élargissait sa base politique dans toute la Sénégambie.
 
Il envahit en1873 le Djolof et le mouvement politico- religieux s’implanta rapidement et profondément dans le Ndiambour, le Waalo et au Cayor qui fut occupé en 1874.
 
Au Waalo,  Sydya, le chef supérieur, dut se résoudre encore une fois à épouser les aspirations profondes des populations et rompit  l’alliance avec les Français.
 
Une levée en masse eut lieu, et au Waalo; Sydya réoccupa tout le royaume sauf les postes militaires de Richard – Toll,  Lampsar et Dagana.
 
En janvier 1875, Sydya fut destitué par le gouverneur Valère, qui pour juguler la résistance au Waalo, nomma un nouveau  Chef supérieur, le Djoos Yamar Mbodj qui échappera à une tentative d’assassinat à Ndiangué par le chef de guerre de Sydya, le Dialigué Meissa Ndiaye.
 
Le Gouverneur renforça la garnison militaire de Richard-Toll, et arma tous les autres Chefs de Canton pro français, pour qu’ils refoulent Sydya et ses partisans  hors du Waalo. L’ancien Chef supérieur se replia en Mauritanie, chez son cousin maternel,  le roi du Trarza Ely, fils de sa tante la Linguére Ndjembeut, grande sœur de sa mère.
 
De la rive droite du fleuve Sydya mena plusieurs incursions au Waalo et réoccupa les Cantons de Nder et de Foss situés sur les deux rives du Lac de Guiers. Afin d’affaiblir le roi du Trarza qui, soutenait son cousin maternel Sydya, le Gouverneur arma des princes maures Trarzas, dissidents hostiles à Ely Ndjembeut, pour les inciter à piller et à razzier les populations du Waalo.
 
Cette politique échoua, et devant les résistances des populations, l’administration coloniale envoya une puissante colonne expéditionnaire par voie fluviale et par route, le 20 novembre 1875. Ainsi pendant un mois ;tout le Waalo fut mis à sac avec une politique systématique de confiscation, de destruction, de liquidation physique ; les Cantons de Nder et de Foss virent tous leurs villages incendiés .
 
Son alliance du Nord avec Ely Ndjembeut  fragilisée, Sydya adressa des correspondances, des propositions de coalition à Alboury Ndiaye et à Lat Dior, pour constituer un front commun contre la politique de conquête coloniale. (Voir en annexe les copies de lettres )
 
Lat Dior de connivence avec les Français, fit mine d’accepter la proposition d’alliance de Sydya. L’armée Waalo Waalo pressée de toutes parts par les troupes coloniales, se dirigèrent  vers le Cayor à la rencontre des troupes de Lat Dior, pensant qu’elles étaient ses alliées.     
 
A Cayor, l’armée Waalo Waalo fut sciemment dispersée à travers plusieurs, puits très distants l’un de l’autre. Trahi, seul avec son état-major au village de Banghoye, le 21 décembre 1876, Sydya  tombera dans un guet-apens, sera blessé et fait prisonnier par les troupes de Lat Dior
 
Lors de sa capture par les forces de Lat Dior, 12 membres de  l’état-major de SYDYA tomberont les armes à la main pendant les combats.