Le scepticisme des champions de la rigueur

Jeudi 5 Juillet 2012 - 12:17

Finlande en tête, des pays d'Europe du Nord expriment des doutes sur l'accord de Bruxelles.



Le scepticisme des champions de la rigueur
La Finlande et les Pays-Bas tergiversent. La Suède n'est pas convaincue. L'accord pour aider les économies vulnérables de la zone euro est à peine conclu qu'il est déjà remis en cause: les pays les plus rigoristes en matière de discipline financière expriment de sérieux doutes.

Une réunion de l'Eurogroupe est prévue le 9 juillet pour détailler les mesures décidées lors du sommet de la semaine dernière, notamment la possibilité d'utiliser les fonds de sauvetage européens «de manière souple et efficace» pour faire baisser les coûts d'emprunt des États membres sur les marchés, en particulier ceux de l'Espagne et de l'Italie. Mais elle ne sera probablement pas suffisante. D'après le président du Conseil italien, Mario Monti, une deuxième réunion, le 20 juillet, pourrait se justifier afin de convaincre tous les États membres d'adhérer à ce principe. «Nous devrons probablement surmonter une certaine opposition», a-t-il lancé devant le Parlement italien.

Le gouvernement finlandais a d'ores et déjà informé son Parlement qu'il empêcherait le Mécanisme européen de stabilité (MES) d'acheter des obligations d'État sur le marché secondaire. Helsinki estime tout simplement que cela ne constituerait pas une méthode efficace contre la crise, a indiqué un porte-parole du premier ministre Jyrki Katainen à Reuters. La Finlande, l'un des rares pays de l'UE à avoir conservé sa note de crédit triple A, a posé de strictes conditions pour l'octroi de plans d'aide de l'UE aux pays en difficulté. L'an dernier, Helsinki avait ainsi obtenu, lors du deuxième plan d'aide à la Grèce, de conclure un accord bilatéral avec Athènes lui garantissant de récupérer les sommes avancées.

De son côté, Mark Rutte, le premier ministre des Pays-Bas - qui a lui aussi réussi à garder son triple A - a déclaré vendredi qu'il n'était pas un «grand fan des achats d'obligations avec les instruments existants», en raison de leur coût. «Nous sommes réticents mais, contrairement à la Finlande, nous n'y sommes pas opposés dans tous les cas», a précisé mercredi le ministre des Finances, Jan Kees de Jager. La Haye jugera donc la situation «au cas par cas».

«Contourner les problèmes»
Quant aux Suédois, ils sont assez sceptiques: «On a besoin d'analyses supplémentaires, a déclaré le premier ministre Fredrik Reinfeldt devant la commission des affaires européennes du Riksdag, le Parlement suédois. Cette proposition est juste une tentative de contourner les vrais problèmes.» D'après Fredrik Reinfeldt, ce ne serait pas une bonne idée pour les pays en difficulté eux-mêmes, puisqu'ils auraient la possibilité d'emprunter moins cher, au lieu de régler leurs problèmes. La Slovaquie, dont le précédent gouvernement s'était sacrifié, fin 2011, pour faire adopter le Fonds européen de stabilité financière (FESF), a également exprimé ses réticences.

En attendant, cette cacophonie inquiète au Parlement européen. «Le plus grand problème de l'Europe est qu'une décision, une fois prise, n'est pas prise parce que le jour d'après, le lendemain, on peut poser son veto et bloquer tous les autres, se désole le président du Parlement, Martin Schulz.Cela ne crée pas une situation où les investisseurs ont confiance dans l'Europe.»




Par Stéphane Kovacs



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