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Le scrutin du 26 février 2012 : les leçons du premier tour (Mody Niang)

L’élection présidentielle du 26 février 2012 tant attendue et tant redoutée s’est finalement déroulée dans des conditions globalement jugées satisfaisantes. Pendant que le dépouillement des votes continue de livrer ses secrets, il convient de tirer les leçons de ce premier tour.


Rédigé par leral.net le Lundi 27 Février 2012 à 20:16 | | 4 commentaire(s)|

Le scrutin du 26 février 2012 : les leçons du premier tour  (Mody Niang)
1 – Les mises en garde agitées ça et là et relatives à ce fameux fichier qui assurerait une victoire dès le premier tour au candidat sortant se sont révélées sans fondement. Heureusement qu’elles n’ont pas eu un impact significatif sur les électeurs qui se sont rendus très tôt aux urnes. Il en est de même des fanfaronnades des membres de la Coalition Fal 2012 qui proclamaient sur tous les toits, eux aussi, que leur candidat serait élu dès le premier tour, et avec 53 % au moins des suffrages exprimés. La mobilisation des électeurs et les premiers résultats qui tombent constituent un démenti formel à ces deux certitudes.
Sans doute, ont-elles découragé certains électeurs qui ont préféré rester chez eux. La tergiversation des candidats de l’opposition n’a pas, non plus, arrangé les choses.
J’ai été de ceux et de celles qui n’ont jamais cru à la crédibilité de ce fameux fichier et de cette prétendue réélection de Wa de dès le premier tour du scrutin. J’ai eu les mêmes réserves par rapport aux manifestations contre la candidature validée de Me Wade. Je me suis d’ailleurs clairement et publiquement exprimé là-dessus dans une contribution publiée dans la presse et dont le titre était : « Faire partir le vieux candidat par les urnes, c’est bien possible ».
2 – Oui, c’est bien possible et les urnes l’ont montré, avec leurs premiers résultats qui ont infligé un échec cuisant aux prétentieux et aux arrogants de la Coalition Fal 2012. Ils sont loin, très loin des 53 % qu’ils voulaient nous faire avaler. Nombre d’entre eux ne devraient d’ailleurs plus oser jeter le nez dehors, si jamais il leur restait un peu de sens de l’honneur et de la dignité. Ils ne savent malheureusement pas ce que c’est. Ce ne sont que de pauvres chasseurs de primes et de prébendes.
3 – Le scrutin d’hier a aussi infligé une sanction sévère à Bennoo Siggil Senegaal originel. Cette Coalition a payé cash son incapacité de trouver, en son sein, un candidat de l’unité et du rassemblement, qui était la demande la plus partagée par l’opinion qui leur était favorable. Pour ce qui me concerne j’y ai travaillé de toutes mes forces. Serigne Mbaye Thiam peut bien être mon témoin à cet égard. Tout le monde se souvient de l’acharnement avec lequel les représentants aux différents débats des candidats Macky Sall, Idrissa Seck et Me Wade défendaient la pertinence de la candidature plurielle au sein de Bennoo, alors que ce n’était pas leur affaire. Abou Abel Thiam et Seydou Guèye en particulier, ont perçu très tôt le danger que pouvait représenter pour leur camp cette candidature de l’unité et du rassemblement. C’est pourquoi, ils ont tout mis en œuvre pour convaincre que c’était un mauvais choix.
Je me suis employé à les contrer dans leur croisade. Je me souviens d’ailleurs les avoir interpellés dans une de mes contributions en ces termes : « De quoi je me mêle ? ». Convaincu que la candidature de l’unité et du rassemblement était le bon choix pour Bennoo, je me suis longuement expliqué sur la pertinence de ce choix dans la conclusion de mon dernier livre : « Le clan des Wade (…) ». En voici quelques larges extraits :
« (…) Aucun sacrifice n’est de trop pour barrer la route à ces trois individus et éviter, partant, le cataclysme que constituerait pour notre pays, la réélection du père ou l’élection de l’un des deux fils (le biologique ou le « putatif »). En particulier, aucune carrière politique individuelle ne devrait être privilégiée par rapport à l’intérêt supérieur de la Nation. Tous les responsables de Bennoo Siggil Senegaal (originel)# et les différentes composantes de la Société civile qui cheminent avec eux depuis le 1er juin 2008, ne devraient jamais exclure l’éventualité d’un second tour, où ne serait présent aucun représentant de cette Coalition. Ce n’est pas une vue de l’esprit : c’est une forte probabilité. Je discute depuis de longs mois avec les uns et les autres, avec mes compatriotes de divers horizons. Je crains comme la peste le scénario d’un Bennoo éclaté, avec plusieurs candidats à la clé. »
Et je poursuivais : « Certains oiseaux de mauvais augure plaident évidemment pour la pluralité limitée des candidats dans Bennoo. C’est un leurre : en cas d’éclatement de cette Coalition, personne ne peut garantir de limiter les candidats à deux ou à trois. Même dans ce cas de figure, le gros risque dont j’ai fait état plus haut existe. Il y aura bien plus de candidats, qui feront face au candidat Wade, s’il tient sur pieds jusque-là, ou à celui qu’il aura désigné en cas d’incapacité physique manifeste. Il y en aura de nombreux autres, issus des autres composantes de la Société civile, des différents Mouvements dits citoyens ou d’autres horizons. Sans compter les candidats farfelus que le boulanger Wade ne manquera pas de susciter pour brouiller les cartes. Nous pourrions alors nous retrouver avec au moins une quinzaine de candidats, peut-être plus. Ce qui aurait pour fâcheuse conséquence de désorienter les populations qui ne sauraient alors pas, finalement, à quel candidat faire confiance. Le plus gros risque de ce scénario pour Bennoo Siggil Senegaal, de mon point de vue, pourrait être que leurs électeurs et sympathisants éventuels, qui ont toujours affiché leur nette préférence pour un candidat unique, soient gagnés par la déception et se disent avec dépit : « Ñii, duñu dara ! Ku ci nekk sa njariñul bopp moo la gênêl njariñu réew mi#. » Nombre d’entre eux seraient alors tentés de s’abstenir ou, peut-être même, dans le pire des cas, de sanctionner les différents candidats de Bennoo. Le candidat sortant ou celui qu’il aura désigné bénéficierait largement de cette situation, en plus de ses électeurs traditionnels qui voteraient massivement pour lui. La grande catastrophe que je n’exclus point, pourrait alors s’abattre sur notre pays. »
Je rassurais les uns et les autres, en terminant mon argumentaire en ces termes : « Je suis loin d’être une cassandre ; je rends compte de ce que j’ai constaté tout au long de mes discussions régulières avec les différentes populations. Un candidat à une quelconque élection, ne peut ignorer l’opinion publique. Celle-ci est, dans son écrasante majorité, pour l’unité de l’opposition. Je fais évidemment état des membres et sympathisants de Bennoo, et même de ceux et de celles de nos compatriotes qui n’ont pas encore choisi leur camp. Une candidature unique de l’opposition, face à une quinzaine ou une vingtaine d’autres éclatés, a pour avantage substantiel de créer comme une sorte de déclic, une dynamique, une ferveur qui peut se traduire par un vote massif. Bennoo pourrait alors avoir sur les foules le même effet entraînant que le Sopi le 19 mars 2000#. »
Peut-être que la grande catastrophe ne s’abattra pas sur nous : aucun des deux fils n’est heureusement de la partie et le père, contraint au second tour, devrait être normalement battu. Cependant, comme je le craignais, les deux principaux responsables de Bennoo qui ne sont pas arrivés à surmonter leurs divergences, sont éliminés de la course vers le palais de la République. Les Socialistes en particulier, par leur fixation aveugle sur leur prétendue représentativité, ont été pour beaucoup dans le clash de Bennoo.
4 – Le scrutin du 26 février a été aussi un cinglant démenti à « ces nombreux donneurs de leçons, prêts à clouer au pilori l’opposition sénégalaise. Celle-ci – je l’ai déjà indiqué – a au moins le mérite d’exister, malgré ses limites qui sont réelles. Elle est dans l’arène, même si quelques-unes de ses méthodes de lutte suscitent çà et là des réserves. Comme le dit si bien l’adage walaf, « dëkk, lafay ñuul moo fa di ab ñak ». En d’autres termes, faute de mieux, nous nous accrochons à cette opposition. En outre, où sont ces tonitruants donneurs de leçons, qui passent le plus clair de leur temps à crier au discrédit, à la mollesse et à la vieillesse de l’opposition ? Que font-ils depuis le 1er avril 2000 contre les forfaits de la détestable gouvernance des Wade ? Quelles actions mènent-ils en direction des populations pour aider à l’élévation du niveau de leur conscience citoyenne ? Ces gens-là, bavards et critiques à souhait, se terrent chez eux comme des lapins au moment des marches de l’opposition. On ne leur connaît aucune ligne de contribution, aucun début de livre pour prendre la défense de la République, de la Démocratie et de la Bonne Gouvernance. Alors, à quel titre décrètent-ils la mort de l’opposition ? Que nous proposent-ils finalement, à dix mois du scrutin déterminant du 26 février 2012 ? »
J’ai eu même le toupet de m’adresser ainsi, dans la même conclusion, à ces politologues, énarques, sociologues et autres grands de la communication, qui voulaient nous convaincre de la nécessité de jeter dans la fosse « tous ces politiciens discrédités dont s’éloignaient de plus en plus en plus les populations »#. Á quel titre décrétaient-ils la mort programmée de l’opposition ? Ces mêmes populations auxquelles ils s’adressaient ont plutôt rejeté les personnes alternatives qu’ils leur proposaient, et encore porté leur dévolu sur ces politiciens discrédités, dont quatre se suivent en tête de peloton, selon les premiers résultats du scrutin d’hier. Le dernier mot appartient donc au peuple. C’est à lui qu’il appartient de donner ses suffrages à qui il veut. L’enjeu, c’est de l’aider à améliorer son éducation citoyenne pour l’amener à faire, chaque fois que de besoin, le bon choix. Personne, fût-il le meilleur observateur politique, n’a le droit de le faire à sa place.
5 – Le scrutin du 26 février a été également une grosse désillusion pour certains candidats dits indépendants qui n’ont pas été capables de tirer les leçons du passé. Ils ne valent pas mieux que des compatriotes comme Me Mamadou Lo et Me Mame Adama Guèye. Nous n’avons pas encore la culture de la candidature indépendante. Les Sénégalais s’attachent encore davantage à des hommes et à des partis qu’à des programmes. Il convient de travailler à élever leur niveau de conscience citoyenne, pour les détacher de plus en plus de ceux qu’on appelle les politiciens dont certains sont, il convient de le reconnaître, loin d’être des exemples, de bons exemples. C’est là, je le rappellerai sans cesse, le grand enjeu, le grand défi à relever.
Le scrutin a remis aussi à leur place de jeunes candidats politiques très pressés et croyant que leur heure avait déjà sonné. Ils se voyaient déjà construire leur destin, leur carrière présidentielle sur la tombe des « politiciens vieillissants et n’attirant plus ». Le scrutin a surtout donné une bonne claque à tous ces candidats farfelus et sortis d’on ne sait où. Je me demande d’ailleurs et me demanderai pour longtemps encore quelle a pu être l’origine des 65 millions de francs Cfa qui leur ont servi de caution.
6 – Le 26 février nous aura épargné en particulier ce que j’ai toujours considéré comme un cataclysme, une catastrophe nationale : l’élection du fils putatif de Me Wade. Les rêves de l’homme se sont évanouis, et ses prétentions d’être le quatrième président de la République du Sénégal effondrées. Nul ne peut présager de l’avenir. Cependant, ses chances de devenir un jour président de la République sont très minces, voire nulles. Tant mieux pour notre pays !
7 – Le scrutin du 26 février a été aussi un désaveu cinglant aux rares chefs religieux qui se sont aventurés à donner un ndigël. Le pronostic de Serigne Moustapha Cissé de Pire que le candidat Wade réunirait autour de son nom plus de suffrages encore qu’en 2007 s’est révélé faux. De même, le ndigël de Béthio Thioune de voter pour lui ne lui aura pas permis d’être réélu dès le premier tour. Pourtant, cette réélection ne devrait poser aucun problème si on considère que celui que l’on appelle le cheikh prétend qu’il dispose de 10 millions de « thiantacounes » tous inscrits et détenteurs de leurs cartes d’électeurs. Au lieu de cette victoire attendue, le vieux candidat serait même battu dans la localité où les« thiantacounes » obéissants ont voté.
8 – Le scrutin d’hier a surtout confondu certains individus comme :
- la très activiste et très dégoûtante Aïda Mbodj, qui aurait été battue dans son propre bureau. J’espère que cette défaite est avérée et sera pour elle le début d’une longue descente aux enfers ;
– le très envahissant vuvuzela de Me Wade, bavard à souhait, venu de nulle part, sans aucune qualification et placé à un niveau si élevé de l’État. Son excès de zèle s’explique par le fait que, dès que me Wade quitte le pouvoir, il retombe immédiatement sur les carreaux dont on n’aurait jamais dû le tirer.
9 – Le scrutin du 26 février n’aura pas fait que des malheureux. Il a généré aussi des victoires. Victoire de la Démocratie, victoire du peuple sénégalais, grande victoire du candidat Macky Sall dont le coup d’essai aura été un coup de maître. Cette victoire n’a pas été usurpée : M. Sall a travaillé d’arrache pied depuis qu’il a rompu les amarres d’avec son ancien mentor et le Pds. Il a bénéficié aussi de la sympathie de nombreux compatriotes, par réaction à l’injustice que Me Wade lui a faite et à sa tentative de l’humilier. Cette victoire était donc prévisible et il l’a largement méritée. Tout indique d’ailleurs qu’il va battre le candidat Wade au second tour. Tous les candidats malheureux n’ont d’autres choix que d’appeler à voter pour lui. Ils ont tous formellement récusé la candidature validée du vieux politicien, et ont manifesté d’abord pour son invalidation. N’y étant pas parvenus, ils se sont employés à contraindre le vieil homme à renoncer à cette candidature. Ce qui était une véritable gageure. N’ayant réussi à atteindre ni l’un ni l’autre objectif, ils ont appelé, la veille du scrutin, leurs militants et sympathisants à ignorer le bulletin de vote du vieux candidat une fois dans le bureau de vote. Nombre de nos compatriotes ont beau être incohérents, mais je ne vois aucun candidat regarder les Sénégalais dans les yeux, pour leur demander de voter en faveur de cet homme considéré par tous comme le seul problème du pays. Une abstention ne devrait même pas être envisageable.
Je voudrais, cependant, avant de terminer ce texte, apporter quelques précisions pour prévenir toute possibilité de supputations : j’ai eu des réserves par rapport à la candidature de M. Sall. Je les ai développées dans mon dernier livre et dans au moins deux contributions. Aujourd’hui que je sais qu’il a de sérieuses chances d’être élu président de la République, je réaffirme ici avec force mes réserves. J’ai eu à préciser, pour mettre ses amis à l’aise, que je n’avais aucun problème avec l’homme. Il sollicite nos suffrages et j’ai le droit de savoir qui il est, ce qu’il peut faire demain de nos suffrages s’il est élu.
En matière de gouvernance, je n’ai pas d’ami. Tout homme, toute femme qui incarne la Bonne Gouvernance et la met en œuvre a mes faveurs et mon modeste soutien. Tout autre qui incarne le contraire et le met en application essuie mes critiques, même si elles ne devaient pas changer pas grand-chose.
Pour le départ de Me Wade donc, qui est pire que tout, je serais tenté, d’ores et déjà, d’appeler à voter en faveur de M. Sall avec, cependant, le souhait qu’il ne prolonge pas la nauséabonde gouvernance libérale, ni ne reconstitue autour de sa personne, le Pds avec les pratiques malsaines que nous connaissons à ce Parti et qui nous ont fait si mal.
Mody Niang, e-mail : modyniang@arc.sn



1.Posté par gorgus le 27/02/2012 21:52 | Alerter
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..elever leur niveau de conscience citoyenne...vous avez dit...non, mais...doyen, danga sibirou am danga païs ?

2.Posté par cvr26 le 27/02/2012 22:18 | Alerter
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la franmaçonnerie existe et leur représentant est macky sall.jamé je ne voterai pr un mécréant

3.Posté par Diop le 28/02/2012 05:20 (depuis mobile) | Alerter
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Les donneurs de leçon comme Mr Niang qui se croit que le Sénégal se limite à leur propre projection. Makki à été logique, cohérent et moins bavard comme vous.

4.Posté par La Vérité le 28/02/2012 12:41 | Alerter
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Mody,
Coki ton village a voté pour le vieux certes qui est en avance.
Il ira au second tour parcontre ton candidat lui est à la retraite.
Depuis 2008, il est en campagne d'abord dans Benno, puis dans le M23 et enfin dans le pays.
Ses collaborateurs l'ont escroqué à plusieurs millards.
C'est pourquoi, depuis le 26 il est dans un mutisme total.
Il va continuer de ruminer sa colére et sa volonté de vouloir prendre sa revanche.
Malheureusement, l'ocassion ne se profile point pour ce rancunier.
Il n'a qu'à aller à Keur Madiabel s'occuper de sa maman.
Le Pds est toujours au Pouvoir même s'il perd au soir du 18 à venir.

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