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Le soutien de Moustapha Niasse au PSE: Comme la corde soutient le pendu ?

« Mon Dieu, protégez-moi contre mes amis, quant à mes ennemis, je m’en charge ! » Cette citation, prêtée à Voltaire, le président de la République pourrait la faire sienne, assurément. Il y a certains « amis », en effet, dont il gagnerait à se méfier pour sûr. Pis, il devrait bien se passer de certains « soutiens » qu’ils lui apportent et dont on se demande s’ils ne constituent pas plutôt un lest destiné à l’entraîner par le fond. Parmi ces « soutiens » qui ne s’expriment que parce que leur auteur ne peut pas faire autrement, il convient sans hésiter de ranger celui que lui a apporté le président de l’Assemblée nationale, et allié depuis l’entre-deux tours des dernières élections présidentielles, M. Moustapha Niasse. Un soutien qui, soit dit en passant, aurait eu plus de poids s’il avait été exprimé depuis longtemps, c’est-à-dire depuis que le président de la République a lancé son Plan Sénégal émergent (PSE), lorsque ce projet apparaissait encore aux yeux de beaucoup de secteurs de l’opinion comme une chimère, un ersatz du « Yoonu yokkuté », et quand le président Macky Sall était attaqué de toutes parts pour avoir payé la rondelette somme de deux milliards cinq cents millions de francs à des pieds nickelés du cabinet Mc Kinsey.


Rédigé par leral.net le Vendredi 14 Mars 2014 à 18:00 | | 0 commentaire(s)|

Le soutien de Moustapha Niasse au PSE: Comme la corde soutient le pendu ?
D’avoir attendu que ce Plan ait été finalement adoubé par les bailleurs de fonds — pardon, on dit maintenant partenaires techniques et financiers ! —bilatéraux et multilatéraux et qu’il ait fait un triomphe à Pékin et au Groupe Consultatif de Paris avec des promesses de financement de 6000 milliards de francs récoltés, d’avoir attendu tout cela, donc, avant de lui apporter son soutien réduit singulièrement la portée du texte du grand « allié » du président de la République que prétend être M. Moustapha Niasse. Car, ainsi qu’on le dit prosaïquement au Sénégal, il vaut mieux être avec un lutteur lorsqu’il se rend à l’arène, plutôt que de le supporter après qu’il eut fait mordre la poussière à son adversaire ! Sinon, on risque d’être pris pour ces gens qui ne sont qu’avec les vainqueurs. Si le Plan Sénégal Emergent s’était ramassé et si le président de la République était revenu bredouille ou avec des broutilles de Chine et de France, le titulaire du Perchoir de l’Assemblée nationale l’aurait-il soutenu quand même ? Il est permis de se poser la question.

Or donc, dans les quotidiens du week-end dernier, sur une pleine page, M. Moustapha Niasse a publié un texte de soutien au président de la République. Un « pavé », comme on dit, touffu où il essaie laborieusement d’argumenter ce soutien. Disons-le sans ambages : on a connu « soutiens » plus enthousiastes, plus fervents, plus enflammés, plus chaleureux. C’est comme si, en fait, le président de l’Assemblée nationale apportait à celui de la République un soutien du bout des lèvres et en traînant les pieds, comme si finalement cela lui pesait très lourd de sacrifier à ce devoir.

Il suffit de relire attentivement ce texte pour constater qu’en dehors de quelques paragraphes isolés, le secrétaire général de l’Alliance des Forces de Progrès (AFP) traite plutôt de considérations vaseuses et oiseuses et livre des considérations philosophiques sur la démocratie, la République, la nature humaine etc. Pour le reste, comme s’il ne voulait pas se mouiller et rechignait à vanter les mérites de cet allié par la grâce duquel il a été élu à la tête de l’Assemblée nationale et son mandat renouvelé pour une année et le sera encore certainement pendant d’autres années, on ne voit pas, dans son très long texte, nulle part où il cite une seule réalisation concrète du président Macky Sall. Sauf lorsqu’il mentionne le chiffre de 6.000 milliards de francs obtenus en Chine et au Groupe Consultatif, il ne cite aucune autre réalisation du Président. Lequel peut quand même se prévaloir de quelques beaux succès dans plusieurs domaines ne serait-ce que les bourses de sécurité familiale, la couverture-maladie universelle, la baisse du prix des loyers, la réduction de la fiscalité sur les salaires, l’augmentation, deux années de suite, du prix au producteur de l’arachide, les visites de grands de ce monde comme les présidents Obama et Hollande….

Le dernier succès en date c’est, bien sûr, le Groupe Consultatif de Paris mais aussi la visite triomphale en Chine. Mais c’était sans doute fastidieux pour M. Niasse de se livrer à un petit inventaire des réalisations du président de la République. Ou alors, de trois choses l’une. Soit, il ignore totalement ce qu’a fait le Président parce que cela ne l’intéresse pas, ce qui serait grave à son niveau de responsabilités. Soit alors, et c’est la deuxième chose, il le sait mais ne veut pas le dire, ce qui serait à la limite malhonnête. Soit, par paresse, il a choisi de ne rien citer du tout. Dans ce cas, l’âge pourrait tout expliquer. Une chose est sûre, en tout cas : M. Moustapha Niasse soutient le président de la République comme la corde soutient le pendu. Car, encore une fois, outre qu’il intervient trop tard, son texte est avant tout un concentré de platitudes et de lieux communs. Peut-être aussi que ses capacités intellectuelles ont décliné ou que, comme Alexis de Tocqueville qu’il cite, il serait encore au 19ème siècle alors que nous sommes quand même au 21ème siècle !

Toute une page pour exprimer, finalement, le peu de soutien qu’il a apporté au président de la République, il fallait être fort pour le faire et M. Moustapha Niasse l’a réussi, assurément. Nous ne pouvons résister au plaisir de vous livrer les quelques rares paragraphes que l’on peut considérer comme exprimant effectivement un soutien. Il y a par exemple ce long passage où on peut dire que le président de l’Assemblée nationale est franc du collier, ou à peu près. « Les prouesses réussies et les actes posés par le président Macky Sall et son gouvernement sont dignes d’être salués dans un premier temps pour stabiliser économiquement et donc politiquement le pays à la suite du lourd héritage laissé par le régime précédent. Ce sont là des signaux (Ndlr, lesquels ?) qui incitent à l’optimisme et à la mobilisation de tous. Il ne s’agit pas de refaire l’histoire mais de pointer du doigt les tendances lourdes qui étaient catastrophiques avant le 25 mars 2012.

Ce travail (mais lequel, bon Dieu ?), qui peut paraître fastidieux, était nécessaire et il a étémené avec courage et détermination. Il a été couronné de succès ; même si la dynamique enclenchée doit être renforcée dans la nouvelle phase qui s’ouvre maintenant. Car, après la stabilisation, il faut un second temps pour relancer et pousser la machine économique à plein régime. Les voyages mémorables que vient d’effectuer le président de la République en Chine et en France pour le Groupe consultatif, ont permis d’obtenir de nos partenaires, des engagements d’environ 6000 milliards de francs (du jamais vu) pour financer des centaines de projets dans de nombreux domaines, notamment ceux qui touchent à des choix structurants pour l’économie nationale. Pour susciter et maintenir la flamme de l’espoir, avec les réalisations concrètes qui vont favoriser l’emploi massif dans les villes et les campagnes.

Cet effort récompensé est le fruit d’un long travail méthodique et professionnel mené de main de maître par un président totalement dévoué à la cause nationale. Nous qui l’avons soutenu sans réserve, et qui continuons de le faire avec une sincérité totale et un engagement rigoureux (Ndlr, n’en doutons pas, voyons !), savons qu’il a conscience de ses responsabilités et se donne les moyens de réussir pour le Sénégal. Son slogan « la Patrie avant le Parti », il le vit pleinement, montrant au pays tout entier un exemple de leadership courageux, lucide et pleinement assumé. Il ne sera pas seul dans ce combat, dans cette croisade contre la pauvreté, le sous-équipement, la précarité et la malgouvernance. Si l’Assemblée nationale est autonome, elle est aussi le lieu d’une synergie entre l’Exécutif et la majorité parlementaire qui le soutient en toute démocratie. (…) Nous sommes donc dans notre rôle en magnifiant le travail exceptionnel réalisé par le chef de l’Etat pour toute la Nation. Il s’agit bien d’une démarche citoyenne, mais aussi celle d’un allié identifié et reconnu comme tel ».Ça manque de souffle et d’enthousiasme, de flamme aussi, mais enfin, on peut considérer cela comme un soutien même si d’aucuns considéreront qu’ilest exprimé du bout des lèvres. On peut trouver plus chaleureux, on vous dit !

Le deuxième passage faisant ressortir un soutien, c’est celui-ci : « Nous avons opté librement, c’est connu et reconnu, pour soutenir le président Macky Sall (Ndlr, pourquoi donc une telle insistance, quelqu’un en douterait-il ?). Ce qui vient de se passer à Pékin puis à Paris méritait d’être salué et mis en exergue. Nous continuerons de le soutenir, volontairement et lucidement car il y va, selon nous, de la sécurisation de l’avenir du Sénégal, avec l’aide de Dieu, le Tout Puissant ».

Dernier passage, plein de généralités, certes, mais enfin pouvant quand même, et avec beaucoup d’indulgence, être considéré comme une forme de soutien au président de la République, celui qui suit. « Nous sommes à une étape cruciale de notre histoire nationale. Pour la première fois, toutes les conditions sont en train d’être réunies pour conquérir l’émergence économique. La confiance des partenaires n’a jamais été plus grande, les financements consentis aussi importants et les projets élaborés dans les secteurs clés de l’agriculture, de l’industrie, des infrastructures, du tourisme, de l’énergie, de l’éducation, de la santé et des mines, aussi structurants parce que bien pensés et ficelés. Le reste, tout le reste, relève de nous-mêmes, de nos comportements, pour tuer notre penchant à la facilité, notre manque de rigueur. Le moment est venu de nous faire violence, de taire les bavardages inutiles et de nous concentrer sur l’essentiel, comme nous y convie le président de la République que nous avons choisi, encore une fois, dans une totale liberté de jugement(Ndlr, décidément !) et dans un engagement sans équivoque ».

Et c’est tout ! Le minimum syndical, quoi. En étant très généreux, et en comptant large, ça représente 150 lignes sur une longueur moyenne de 420, soit un peu plus du tiers. Pour tout le reste, le patron de l’Assemblée nationale a donné libre cours à ses digressions philosophico-politiques, histoire de ne pas trop se mouiller. Prenons par exemple le passage où il évoque le rapport de la CNRI (Commission nationale de Réforme des Institutions) présidée par le Pr Amadou Makhtar Mbow. Le moins que l’on puisse en dire, c’est que M. Moustapha Niasse y fait preuve d’une grande ambiguïté ! Pour ne pas dire que, n’aurait été cette disposition assassine sur la limitation de l’âge-plafond pour être candidat à la présidence de la République, il se serait écrié à l’endroit du président de la CNRI : « embrassons-nous, Folleville, pardon professeur Mbow ! » C’est en effet à peine si l’éminent membre du peuple des Assises nationales qu’il était (est ?) ne fait pas transparaître sa sympathie pour ce rapport qui donne l’urticaire aux proches du président de la République !

Mais, bon, n’en jetons plus. Il s’agissait juste d’exprimer les impressions ressenties à la lecture de ce texte qui se veut de soutien au président de la République et à son Plan Sénégal Emergent. Et qui a aidé les journaux du week-end à noircir leurs pages. Il se peut — et c’est certainement le cas — que cet article (Ndlr, celui du Témoin) que d’aucuns se donneront la peine de lire, soit purement subjectif et qu’il voie le mal là où il n’y en a pas. Il se peut aussi que son auteur (votre fidèle serviteur) ait l’imagination trop fertile au point d’imaginer un soutien du bout des lèvres et manquant de chaleur, voire de conviction, là où, au contraire, le président de la République devrait apprécier un soutien écrit avec le cœur et dont les accents de sincérité transparaîtraient entre les lignes.

Enfin, M. Moustapha Niasse croit certainement tout ce qu’il a écrit — parcimonieusement — dans son long texte, à l’endroit du président Macky Sall. Dans ce cas, tant mieux ! Encore que, au risque de se répéter, et à la place de ce dernier, on se méfierait de certains « amis ». Surtout quand leurs soutiens sont aussi chèvre-chou, figue-raisin pour ne pas dire s’ils versent de manière aussi évidente dans le clair-obscur !

Mamadou Oumar NDIAYE

Article paru dans « Le Témoin » N° 1155 –Hebdomadaire Sénégalais (Mars 2014)






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