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Le syndicalisme étudiant est un engagement noble et le banditisme estudiantin répréhensible

Quoiqu'il en soit et de quelque bord politique qu'on se situe, il faut déplorer le « caillassage » du cortège présidentiel ce Vendredi 31 Juillet 2015 à l'Université Cheikh Anta Diop. D'autant plus que le Président y était venu avec de très bonnes nouvelles pour le monde universitaire en répondant positivement et par la réalisation à certaines doléances des syndicats étudiants et des enseignants du supérieur.


Rédigé par leral.net le Mardi 4 Août 2015 à 10:41 | | 22 commentaire(s)|

Bien-sûr l'université de Dakar a toujours été un "contre-pouvoir" et rebelle mais de là à chercher à malmener la première institution du pays, ce n'est ni républicain,ni juste pour ce pouvoir qui déploie des efforts considérables pour l'enseignement supérieur à travers son projet de réformes courageuses, réformes qui vont dans le bon sens e l'avis de l communauté universitaire. Cette violence n'est donc pas acceptable.

Quand on pense que ces étudiants sont la partie de la jeunesse la plus gâtée et la plus privilégiée de la République: ils sont logés, nourris, subventionnés, avec des bourses en nombre satisfaisant etc.... Nous invitons d'ailleurs l’Etat à maintenir cette politique d'investissement dans le secteur sur les volet pédagogique et le volet social. Il y a de quoi déplorer sur ces événements la politisation de l'accueil du chef de l'Etat par certains étudiants estampillés "opposants".

L’université reflet de la société ?

Parlons-en. Notre université est publique ce qui veut dire qu'elle est financée par les contribuables que nous sommes à travers nos impôts. Dans les pays comme les nôtres les étudiants sont la partie de notre jeunesse la mieux soutenue, accompagnée et encadrée car elle représente nos espoirs de demain. Ils doivent donc à la nation et à ses institutions du respect. Les problèmes de nos universités ne sont pas nés avec Macky Sall, ils remontent aux années d’ajustement structurel de la période du Président Abdou Diouf, depuis l’école nouvelle du professeur Iba Der Thiam qui a sérieusement abaissé le niveau de l’éducation nationale avec le fameux système à double flux, s'ajoutant à cela une mauvaise gestion de la poussée démographique qui a favorisé la pléthore des amphithéâtres avec comme corollaire la baisse sensible du niveau d’excellence des promotions qui se succèdent dans nos facultés. Les mauvais comportements, le manque de civisme, l'impolitesse, tous les maux dont souffre la société sénégalaise s’y retrouvent à une proportion déconcertante est ce normal quand nous pensons qu'ils sont les plus éduqués du pays ?

Le Président Macky Sall et ses gouvernements font pourtant de leur mieux et il faut le leur reconnaître, ce n’est pas un quelconque pouvoir qui a failli depuis 1960 mais c'est l’Etat lui-même qui a failli. Depuis que nous assumons notre propre destin depuis les indépendances, la défaillance ou l’absence à dessein d’un Etat-stratège est la pire chose qui nous soit arrivée.

Si la société sénégalaise va mal, comme on le dit l’université devrait être l’indicateur d’un futur meilleur si tous nos efforts d'orientation et de formation produisent les effets positifs attendus. Car à l'université y sont de jeunes responsables qui sont passés par un système élitiste, système qui est assumé dans notre pays. Dans une classe de primaire de 60 élèves seuls cinq se retrouvent, à peu prés, avec le baccalauréat une dizaine d'années plus tard. C’est ce qu’on appelle de l’écrémage. Quand une société écrème à ce point, finance et souhaite que cette voie qu'est l'école républicaine soit un ascenseur social efficace, elle a le droit et l’obligation d’être exigeante avec « ses jeunes privilégiés ». Hélas ce vendredi certains de nos étudiants ont fait pire que les marchands ambulants qui semblent avoir plus de déférence pour nos institutions et finalement plus de respect pour leur pays. Jamais on a vu , dans leurs moments de contestation les plus déterminés, les marchands ambulants attaquer le cortège présidentiel dans les rues de Dakar.

Amalgames malheureux:

Je suis étonné de voir certains cautionner l'acte des étudiants en nourrissant certains amalgames. Certains opposent à cet épisode malheureux à l’université les mouvements et contestations post électorales des années 2011 et 2012. Il faut savoir raison garder. Le pays tout entier était dans la défense légitime d’un refus de dévolution monarchique du pouvoir présidentiel. On s’est battu pour des principes contre un Président qui était prêt à s’asseoir sur notre charte fondamentale pour laquelle il était censé être le gardien. A l’université ce vendredi 31 Juillet ces jeunes n’ont brandit aucun principe, aucune exigence, aucune revendication ! Ils ont été instrumentalisés par ce que notre classe politique a de plus mauvais en son sein.

D’autres nous reprochent, nous qui nous étions distingués dans les luttes syndicales contre le pouvoir socialiste, de refuser à nos cadets les droits qu’on s’était arrogé. Là aussi il y a des précisions à amener. Ce qui s’est passé ce vendredi ce n’est pas du Mai 68 comme mon défunt oncle Abdoul Salam Kane, les Dialo Diop, Blondin Diop, Abdoulaye Bathily et autres ont animé en face du pouvoir socialiste incarné par le clan des Djibo Ka et autres protégés socialistes. Ce ne sont pas les mouvements étudiants de Dakar des années 70 qui ont vu une liste de patriotes être exclus et poursuivis pour des principes et des valeurs qu'ils défendaient. Ce ne sont pas les mouvements de 87 en riposte à l’agression des forces de l’ordre dans le campus social au pavillon A, orchestrée par feu Jean Colin et qui demandait une affirmation et une solidarité entre élèves et étudiants, qui a malheureusement menée à une année blanche en 1988.

Ce ne sont pas les luttes des années 90 dans lesquels j’ai été leader avec les Barési Cissé, Wade, Tall du Lycée Limamoulaye etc… dont certains nous ont prématurément quittés si jeunes. Non ! Ce vendredi l’université avait un hôte de marque. Celui qu’il pouvait avoir le plus prestigieux si ces jeunes avaient le sens de la République et de l’histoire. Oui, aujourd’hui nous regrettons le manque de culture de l’élite syndicale étudiante, instrumentalisée à outrance et va-t-en-guerre contre les institutions et la justice de notre pays. Nous, les leaders de ma génération et nos aînés, nous dissertions d'’idéologie à longueur de journée, de doctrines, de politiques publiques et de principes fondamentaux de nos engagements respectifs. Ceux d’aujourd’hui, eux, caillassent la première institution du pays en dehors de tout conflit syndical, en dehors de toute négociation avec les pouvoirs publics, en dehors de tout bras de fer pour l’amélioration des conditions sociales ou d’étude de leur corporation.

Aussi paradoxal que cela puisse sembler, le mouvement syndical étudiant aura toujours mon soutien indéfectible dans le cadre de ses actions légales découlant de son droit de grève et de manifestation, même si les moyens utilisés peuvent porter à discussion. Mais ce n’est pas le cas de ces jeteurs de pierres de ce week-end. En prime ils recevront aux premières heures de leur interpellation, la visite des ténors de l’opposition républicaine. Monsieur Oumar Sarr coordonnateur du PDS, Me Amadou Sall et le responsable des étudiants et élèves libéraux Monsieur Elhadji Diaw se sont rendus au commissariat central pour rendre visite aux étudiants arrêtés. Ceci est une régression que nous déplorons pour nous qui avons tenu le flambeau des Salam Kane , des Blondin Diop, des Savané, Thierno Kane Yankee, des Bathily, des Talla Sylla, Modou Diagne et autres… de la meilleure façon qu’on a pu. Le syndicalisme étudiant est noble et le banditisme estudiantin répréhensible, chers compatriotes.

Cette visite du Président Macky Sall était faite pour amener de bonnes nouvelles aux étudiants, pour leur rendre une certaine dignité de leurs conditions d’étude difficiles et surtout pour les écouter. Ce que leurs aînés n'ont jamais eu dans le passé avec d'autres présidents en fonction. J’ai été élu syndical, j’en ai souffert tout le temps que j’ai défendu des plateformes revendicatives. Dans les années Diouf, on était systématiquement suspects de porter la cause élèves/étudiants et nous étions malmenés à toute occasion, la seule issue qui nous était laissée était la grève, et nous en avions usé allègrement. Cette minorité qui a donc fait le buzz en prenant autant de risques et défiant ainsi nos institutions pour s'attaquer à l'intégrité physique du Président de la République, est une minorité d'étudiants politiciens et cette minorité entache la condition de leurs pairs qui ont plus besoin d'assistance du pouvoir et de son accompagnement.

Nous sommes nombreux à nous être battus pour que l'université soit un espace d'échange, un espace pacifié, ou les idées et les ambitions s’entrechoquent sainement , il m'arrive même souvent de dire que ce syndicalisme étudiant était l'antichambre de la vie politique sénégalaise, dans le sens le plus noble. Hélas aujourd'hui certains veulent en faire un espace de non-respect de la république et c'est juste inadmissible. Il y a lieu de reconnaître la noblesse de leur condition de future élite et de leur dire que ceux-ci qui ont fait ce forfait ont été en deçà de la grandeur et de l'espoir qu'on veut placer en eux.Il faut réintroduire donc au sein de nos augustes universités les valeurs républicaines, l'excellence, l'esprit critique, le sentiment de grandeur de notre nation et son coté vitrine sur notre continent. Car nous y avons là notre future élite qui devra propulser notre pays et l'Afrique encore plus loin et plus haut. C’est ignoble, ce qu'ils nous ont fait même les ambulants se sont abstenus de nous infliger cette peine.

Mohamed Ly
Ancien syndicaliste élève-étudiant







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