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Le terrorisme et la violence ne sont pas une fatalité - Par Abdoulaye Wade

Dans une tribune parue dans le Figaro, l'ancien président de la République du Sénégal avance plusieurs pistes pour lutter tant contre ces deux fléaux que contre le radicalisme religieux.


Rédigé par leral.net le Jeudi 11 Février 2016 à 11:13 | | 6 commentaire(s)|

Le terrorisme et la violence ne sont pas une fatalité - Par Abdoulaye Wade
« La France, le Mali, le Nigeria, la Tunisie, les États-Unis, le Burkina viennent d’être frappés par des terroristes qui avaient l’intention de tuer le maximum de personnes de tous pays, de toutes races et religions. Ces attentats sont revendiqués par l’État islamique (Daech). Le massacre de tant de vies humaines est une atteinte aux valeurs d’humanisme que nous partageons avec le monde libre. Aucune cause ne peut justifier un tel carnage.

C’est pourquoi, au nom du Parti démocratique sénégalais (PDS), de tous les Africains épris de paix et de justice et en mon nom personnel, je condamne fermement cette barbarie des temps modernes et apporte toute ma solidarité aux peuples africain, français, arabe et américain, ainsi que mon soutien indéfectible aux pouvoirs publics, français en particulier, dans leur détermination à combattre le terrorisme aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur des frontières de la France. Je n’oublie pas les massacres en Tunisie, en Égypte, en Syrie, plongée dans le tourbillon de la violence.

Je m’incline pieusement devant la mémoire des victimes et présente mes condoléances à leurs proches éplorés.

Je propose la mise en place d’une commission mondiale des sages originaires de tous les continents pour réfléchir en permanence sur la tolérance et le respect interreligieux

Aujourd’hui, le monde entier est confronté à une dynamique de déstabilisation généralisée. Mon pays n’échappe pas à ces menaces et le gouvernement du Sénégal lui-même mène une croisade contre le terrorisme. Des intellectuels africains et des chefs religieux m’ont exprimé l’urgence de voir, plus qu’une déclaration de condamnation, une idée, une proposition pour contribuer à l’éradication du terrorisme et des conflits en Afrique et dans le monde.

Le problème auquel le monde fait face à l’heure actuelle est plus grave qu’on ne le croit. C’est la guerre, a dit le président Hollande. Il a raison, mais j’ajouterais asymétrique, informelle et sans préavis.
C’est pourquoi je pense qu’il faudrait des mesures fortes de paix. Aujourd’hui, nos enfants sont de plus en plus pénétrés par le venin de la violence. Dans certaines conditions de vie, chaque enfant pourrait être un terroriste potentiel car des organisations criminelles tentent de les manipuler en abusant de leur hypersensibilité et de leur vulnérabilité.

C’est pourquoi je pense aux mesures suivantes:

1. Il faut que la jeunesse devienne la priorité de tous les gouvernements du monde pour lui trouver des emplois et des raisons de vivre. Il est indéniable que la pauvreté, le chômage des jeunes, l’injustice et l’ethnocentrisme constituent le terreau du terrorisme, notamment en Afrique.

Il convient de revoir les programmes d’instruction civique et d’histoire dans nos écoles et universités pour assurer une bonne connaissance de toutes les religions en vue de promouvoir la tolérance et le respect interreligieux.

Il faudrait également que les écoles de journalisme de nos pays prennent en compte une bonne connaissance des différentes religions dans la formation des journalistes.

2. En matière d’éducation, les pays en voie de développement doivent réviser leur système éducatif en créant des passerelles entre l’école et la vie. Des écoles professionnelles de moyen niveau pourraient former tous ces jeunes ciblés par des organisations terroristes et qui ont quitté les structures scolaires sans diplôme. C’est la lutte contre la précarité et le chômage des jeunes qui affaiblira les terroristes.

Il faut envisager un plan Marshall pour les systèmes éducatifs en Afrique. Au Sénégal, mon gouvernement consacrait 25% du budget national à l’éducation et c’était encore insuffisant.
Avec l’éducation, la paix universelle est possible pour changer l’échelle des valeurs dans la tête de l’homme.

Avec une bonne connaissance des religions, la paix est possible

3. Il faudrait également accorder une place plus importante à la promotion du dialogue interculturel, à la culture de la paix et de la tolérance religieuse au sein des organisations telles que l’Unesco, l’OIF et l’Isesco (Organisation islamique pour l’éducation, les sciences et la culture).

4. Nous, musulmans, devons nous inspirer de l’exemple du Prophète Mohammed (PSL), qui, recevant un jour un groupe de chrétiens coptes alors qu’il priait dans sa mosquée, les fit installer. On leur apporta une table, de l’eau et des serviettes et ils firent tranquillement leur messe dans la mosquée avant de se restaurer avec les victuailles offertes à ses hôtes par le Prophète Mohammed, PSL.

Avec une bonne connaissance des religions, la paix est possible. Le danger vient de ceux qui prônent un faux islam pour commettre au nom d’Allah des crimes abominables. C’est le cas de Daech, de Boko Haram et de toute la galaxie terroriste au Sahel.

Mettre en place une institution internationale chargée de la lutte contre le terrorisme avec des représentations sur tous les continents

5. Il convient enfin de mettre en place une institution internationale chargée de la lutte contre le terrorisme avec des représentations sur tous les continents. Cette institution doit s’appuyer sur des organismes tels qu’Interpol et Afripol, en voie de création en Afrique. Elle doit avoir pour mission de mutualiser l’action des forces de police, de sécurité et de renseignements de tous les continents pour traquer les terroristes avant qu’ils n’agissent.

6. Le XXIe siècle est fortement marqué par la religion. C’est pourquoi, il y a quelques années, j’avais lancé l’idée du Dialogue islamo-chrétien, première étape d’une Conférence des trois religions monothéistes, qui avait soulevé beaucoup d’espoir et avait été bénie par feu le pape Jean-Paul II et feu Sa Majesté Abdallah ben Abdelaziz al-Saoud, roi d’Arabie saoudite.

Reprenons le dialogue islamo-chrétien pour que les chefs d’État des deux religions lancent une déclaration qui deviendrait un viatique pour les générations futures.

Je propose la mise en place d’une commission mondiale des sages originaires de tous les continents pour réfléchir en permanence sur la tolérance et le respect interreligieux. À ce sujet, à l’instar de la COP, il me paraît nécessaire d’organiser une conférence mondiale où tous les États seraient représentés pour assurer les conditions d’une fraternité humaine et d’un vivre ensemble, facteur de paix et de stabilité ».

Abdoulaye Wade







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