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Les Libyens votent samedi pour des législatives placées sous haute surveillance

le 7 Juillet 2012 à 12:13 | Lu 506 fois

Ce samedi 7 juillet est une journée historique en Libye. Alors que le pays tourne progressivement la page de plus de quarante ans de dictature, les Libyens sont appelés aux urnes pour élire librement leurs représentants parmi quelque 3 700 candidats. Les bureaux sont ouverts. Si la sécurité semble largement assurée après une semaine émaillée d'actes de violence - qui se poursuivaient ce matin dans plusieurs localités dont Benghazi -, l'affluence n'est pas massive. Et les prévisions sont particulièrement difficiles à établir.


Les Libyens votent samedi pour des législatives placées sous haute surveillance
Il n'y a pas eu de longues files d'attente ce samedi matin dans l’école d'un quartier de Benghazi, mais les bureaux de vote étaient prêts, les isoloirs en carton ont été montés, les scrutateurs ont revêtu leur chasuble orange et blanche.

Idriss, qui sera le premier à voter dans cette école, confie qu’il ne pensait jamais pouvoir voter de son vivant, tant Mouammar Kadhafi a étouffé les Libyens durant son règne. « Après ce scrutin, nous allons nous hisser parmi les meilleures démocraties du monde », prédit-il, agitant le drapeau de l’indépendance de la nouvelle Libye.

Il règne à Benghazi - malgré la tension dûe aux incidents - une atmosphère de fête. Les gens exhibent leur index maculé d’encre bleue par la fenêtre de leur voiture, c’est le nouveau signe de la victoire. Ils votent en la mémoire des chababs, des jeunes qui sont morts au combat face aux forces loyalistes. Les plus âgés expliquent qu'ils vivent le plus beau jour de leur vie : ils ne pensaient pas pouvoir choisir leur dirigeant de leur vivant.

Des incidents dans plusieurs bureaux de vote

Mais dans l'est du pays, des manifestants autonomistes ont perturbé l'ouverture de plusieurs bureaux de vote, à Ajdabiya notamment, une ville située à 100 km de Benghazi. La commission électorale tente de trouver des solutions au cas par cas, un haut-responsable de Tripoli assurant à l'AFP que le scrutin ne serait pas reporté dans les régions concernées.

Des perturbations ont également eu lieu à Jalo et Ojla, deux oasis du sud libyen et puis à Benghazi même, des groupes de fédéralistes en armes ont envahi un bureau de vote de l’école d’Al-Ouya Al-Rabra, armés de lance-roquettes et de Kalashnikov.

Ils ont tiré sur le parre brise d’une voiture, ils s’en sont pris à un journaliste libyen dont ils ont détruit la caméra. Le sol de ce bureau était jonché de bris de verre, de pots d’encre renversés, de bulletins de vote et de registres déchirés. Ce groupe est reparti avec les urnes. Le bureau, qui n’était pas bien gardé, a dû fermer.

Ainsi, les fédéralistes, qui appellent à boycotter le scrutin, sont parvenus à perturber l’élection. « Ils sont minoritaires et ne nous empêcheront pas d’avancer vers la démocratie », confie une mère de famille de Benghazi.

La semaine dernière, une vague d’incidents violents avait visé, la semaine dernière, des symboles de l‘élection - un hélicoptère transportant du matériel électoral ce vendredi, le saccage de deux bureaux de vote, dont un à Benghazi dimanche dernier -. On peut dire que ce scrutin est à risque, notamment à Benghazi.

Ces agressions et actes de vandalismes ont été commis par des groupes proches du conseil de transition de la Cyrénaïque, qui appelle à boycotter le scrutin, dénonçant une mauvaise répartition régionale des sièges de la future assemblée. Les bureaux de la commission électorale sont bien gardés par des hommes armés.

D'anciens prisonniers aujourd'hui candidats

Former un parti politique était un acte de trahison durant le règle de Mouammar Kadhafi. Les formations politiques ont vu le jour au cours des derniers mois. D’ailleurs, les anciens prisonniers politiques se présentent un peu partout à travers le pays. Ils sont nombreux, notamment au parti politique Justice et construction, investi par les Frères musulmans.

Les affiches du parti islamiste Al Watan de l’ancien jihadiste Abdelhakim Belhadj étaient aussi les plus visibles durant la campagne. Il faudra également suivre de près la large coalition mise sur pied par l’ancien Premier ministre du Conseil national de transition, Mahmoud Jibril. Celui-ci est issu de la tribu Warfallah, la plus grande de Libye.


Justice et construction mise sur la figure de l'opposant de longue date

Avec notre correspondante à Tripoli

Dans un pays où pendant quarante ans, fonder un parti était un acte de trahison, difficile de convaincre les futurs électeurs. Amin Belhaj, chef du bureau exécutif du parti Justice et construction, affilié aux Frères musulmans, décrit sa méthode.

« Pour convaincre les électeurs, nous misons avant tout sur la personnalité de nos candidats, décrypte-t-il. Ils se présentent, les gens voient qu'ils ont été des opposants historiques à l'ancien régime. Une grande part de notre campagne repose sur cet aspect, indépendamment du programme politique. »

Comme tous les partis, Justice et construction s'est constitué en liste de candidats, mais il présente aussi un grand nombre de candidatures individuelles. Amin Belhaj se défend de toute contournement de la loi électorale.

« Une candidature individuelle ne veut pas dire que le candidat n'est pas affilié à un parti, plaide le dirigeant. C'est l'indépendant qui ne se présente pas au nom d'un parti. C'est comme en Grande-Bretagne. Je connais bien, j'y habite : il y a un système individuel, mais tout le monde sait que les candidats représentent tel ou tel parti, conservateur, travailliste... Ce sont des partis et ils ont des candidats. »

Le dirigeant avoue enfin que, comme tous les autres partis, le sien ne connaît pas le profil du nouvel électeur libyen. Ce qui sortira des urnes demeure une surprise pour tous.


SOURCE:Rfi