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Les Mutilations Génitales Féminines: un problème universel

© Dr. Pierrette Herzberger-Fofana


Rédigé par leral.net le Dimanche 8 Février 2015 à 15:29 | | 0 commentaire(s)|

Les Mutilations Génitales Féminines: un problème universel
A l’occasion de la journée mondiale contre les mutilations génitales féminines, le 6 février, les organisations qui luttent depuis des décennies ont décidé de mettre en commun leurs efforts. Elles appellent à un arrêt de la médicalisation de l’excision par les professionnels de la santé.
C’est d’ailleurs le thème retenu par les Nations-Unies pour la campagne de 2015:
« Mobilisation et implications des personnels de santé pour accélérer la tolérance zéro à l’égard des mutilations génitales féminines ».

La médicalisation de l’excision malgré les lois

En effet dans 20% des cas, l’excision est effectuée par des professionnels de la santé en Afrique, surtout par des sages-femmes et des matrones spécialisées. En Indonésie, au Moyen –Orient et en Egypte, le taux atteint presque 40%.
Bien que l’Egypte ait voté une loi contre la médicalisation de l’excision en 2008, les mutilations effectuées par les membres du corps médical continuent de plus belle. Un médecin vient d’être condamné le 26 janvier 2015, à deux ans et trois mois de prison pour avoir effectué une opération sur une adolescente de 14 ans. Sa clinique a été fermée par les autorités égyptiennes.

Les obstacles pour l’abandon des MGF

La mutilation génitale féminine consiste en l’ablation partielle ou totale de l’appareil génital sans raison thérapeutique. C’est une pratique qui repose sur des principes qui aujourd’hui non plus leur raison d’être et sur des convictions religieuses erronées. Au Sénégal, 17% des femmes pensent que l’excision est une recommandation de l’islam selon l’enquête démographique et de santé à indicateurs multiples (EDS-MICS). La même enquête indique que 5420 communautés pratiquantes ont déclaré leur abandon. La participation des dignitaires religieux qui tous affirment qu'aucune religion ne prône les mutilations, malgré les croyances populaires fortement ancrées dans les mentalités de certains groupes ethniques, constitue également un atout dans l’éradication des mutilations génitales féminines.
En Afrique, les mutilations génitales féminines reposent sur un socle de normes sociales et à ce titre il est difficile de les enrayer. Un travail de sensibilisation et d’éducation soutenu par les praticiens de la santé peut apporter un souffle nouveau afin de parvenir à la tolérance zéro, tant souhaitée. 20 des 28 pays d'Afrique concernés ont voté des lois pour réprimer cette tradition considérée comme un délit et une violation des droits humains. Cependant, l’Égypte, la Gambie, la Guinée, le Mali, la Sierra Leone, le Tchad et la Mauritanie demeurent malgré toutes les campagnes de sensibilisation des pays à haute prévalence.

Le « Comité Inter-Africain, /Inter-African Commitee (CI-AF, /IAC) sur les pratiques nuisibles affectant la santé des femmes et des enfants »

La lutte pour l’abandon de l’excision est un combat de longue haleine. Le « Comité Inter-Africain, /Inter-African Commitee (CI-AF/IAC) sur les pratiques nuisibles affectant la santé des femmes et des enfants » a été créé le 6 avril 1984 à Dakar afin de mettre en œuvre un programme d’éradication des mutilations génitales féminines. C’est la première organisation à s’être penchée sur un sujet aussi sensible ce qui a provoqué à l’époque des débats houleux. Depuis beaucoup d’eau a coulé sous la Falémé, cet affluent du fleuve Sénégal qui prend sa source au Fouta-Djalon (Guinée) et sous le fleuve Niger.
Et de nombreuses organisations comme Tostan, FORWARD, Plan international, GAMS etc…et agences internationales tels que l’ONU , UNICEF, FNUAP etc… s’impliquent dans des campagnes de sensibilisation.
Tous les pays africains sont unanimes pour mettre fin aux mutilations génitales féminines, une pratique discriminatoire envers les filles et les femmes.

Les conséquences sur la santé des femmes

Actuellement, sous l’égide du CI-AF une coalition a vu le jour afin de mettre ensemble toutes les énergies, pour combattre ce fléau qui sévit encore dans de nombreuses contrées: en Afrique, au Moyen-Orient, en Asie, en Amérique du sud, et dû au flux migratoire, en Europe, en Amérique du Nord et en Australie.
« FORWARD-Germany » membre affilié du CI-AF/IAC soutient cette campagne.
Les conséquences sur le plan de la santé sont néfastes pour les femmes: formation d’abcès, règles douloureuses, accouchement difficiles, risque d´épisiotomie soit de déchirure du vagin durant la délivrance, infection de l’appareil génital, stérilité, fistules et autres problèmes. La député madame Aminata Diallo affirme dans son discours à l’assemblée nationale du Sénégal qu’à cause de l’excision, elle a dû subir à trois reprises une césarienne. (1)
Nombreux sont les témoignages de femmes qui ont le courage d’exprimer de vive voix les maux dont elles souffrent suite à une excision mal faite.
Certes, il se peut que certaines femmes ne connaissent pas toutes ces complications. et mènent une vie sexuelle épanouie, mais la majorité d’entre elles subissent en silence des souffrances sur le plan physique, psychique et moral qu’engendrent les mutilations génitales féminines.

Excision dans les pays du Moyen-Orient et d’Asie

L’excision est une atteinte à l’intégrité de la femme aussi bien physique que mentale, elle existe partout dans le monde et touche des pays dont on ne parle pas souvent. En Indonésie, le voile sur le tabou des mutilations génitales vient d’être levé. Il en est de même dans les régions curdes de l’Iraq et de l’Iran. Selon les organisations non gouvernementales, 70% des femmes curdes de ces deux pays seraient excisées et dans les régions de Slemani, le taux atteint 65% selon WADI, soit dans la partie nord-ouest de l’Iran, en particulier dans les régions de Mokrayan et Baban. L’excision serait pratiquée dans cette région par toutes les couches sociales.
Jusqu’à ce jour, il n’a pas été possible d’identifier en Allemagne si la forte population curde, de ces deux pays, pratique l’excision. Si c’était le cas, on pourrait dire que c’est le secret le mieux gardé du monde.

Un recul des mutilations en Afrique

On constate en Afrique subsaharienne un recul de la prévalence dans les 28 pays concernés et en même temps un abaissement de l’âge à laquelle l’excision est pratiquée. Ainsi, au Burkina-Faso le taux est tombé de 70% à 28%, au Sénégal de 26% à 24% et au Bénin de 17% à 12%. Selon des statistiques tirées des enquêtes démographiques de santé de 2005 et 2010, au Sénégal, la proportion des fillettes susceptibles d’être excisées a considérablement baissé. Pour les femmes de 15 à 49 ans, ce taux a baissé de 2 points. Il existe cependant des poches de résistance dans le Fouta, la région de Matam et de Kolda.
Dans certains pays, toutefois, il arrive que les nourrissons de moins d'un an représentent jusqu'à la moitié des cas. Il en est ainsi en Erythrée où le taux de bébés filles excisées atteint 44% et 29 % au Mali, par exemple.
L’Allemagne et l’excision
L’Allemagne est le dernier pays de l’Union européenne à avoir voté une loi au mois de juin 2013 contre l’interdiction des mutilations génitales féminines (Art 226a StGB). Article 226 a du code Pénal.
En Allemagne, où selon les estimations 4000 fillettes seraient menacées de mutilations génitales féminines et 20 000 femmes seraient déjà excisées, l’accent est actuellement mis sur la défibulation. De plus en plus, des femmes se font opérer dans les cliniques spécialisées qui ont vu le jour ces deux dernières années selon diverses méthodes mises au point par des spécialistes Européens ou Africains. Grâce au travail des organisations féminines, cette opération est entièrement prise en charge par la sécurité sociale.
En mettant l’accent sur les conséquences néfastes de l’excision, le personnel médical peut jouer un rôle de grande envergure dans l’éradication de cette pratique qui perdure malgré les nombreuses campagnes de sensibilisation.
Conclusion
Nous saluons tous les acteurs du corps médical qui chaque jour travaillent au bien-être des populations dont ils ont la responsabilité. Ils respectent ainsi le serment d’Hippocrate qu’ils ont fait, à savoir entre autre, protéger la santé des patients et l’intégrité physique des filles et des femmes donc ne pas effectuer d’excision sur la gent féminine. Nous ne luttons pas contre les traditions, mais pour l’élimination d’un acte de violence qui affecte la santé des femmes et des filles.
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Sources
FORWARD-Germany= Foundation for Women’s Health Research and Development
Dr. Pierrette Herzberger-Fofana. Conseillère municipale en Allemagne et Présidente de «FORWARD-Germany» qui est la première organisation contre les mutilations génitales féminines à avoir été crée en 1998 à Francfort. Allemagne. FORWARD-Germany soutient une ong au Mali qui travaille á la sensibilisation des populations www.forward-germany.de.


Dr. Pierrette Herzberger-Fofana. Dix (10) ans de « «Tolérance zéro » contre les mutilations génitales féminines 6.2.2013 /www.dakaractu.com/10-ans-de-lutte-Tolerance-zero-contre-les-mutilatiions-genitales-feminines_a38981.html, aminata.com
Dr.Pierrette Herzberger-Fofana «6 février: Journée internationale contre les mutilations génitales féminines. Tolérance Zéro».9.2.2012. http://www.pressafrik.com/6-Fevrier-Journee-internationale-contre-les-mutilations-genitales-feminines-Tolerance-Zero_a77041.htm
Dr. Pierrette Herzberger-Fofana. «Les Mutilations génitales féminines (MGF) . University of Perth-Australie http://www.arts.uwa.edu.au/AFLIT/MGF1.html. juillet 2000., www.afrology.com

1. Le député Mme Aminata Diallo sur les mutilations génitales «J’ai fait trois césariennes à cause de l’excision» Vendredi 03 octobre, 2014 http://www.seneweb.com/news/People/le-depute-aminata-diallo-sur-les-mutilat_n_136973.html
2. Matam : société civile et ONG déclarent la guerre aux mutilations génitales http://www.seneweb.com/news/Societe/matam-societe-civile-et-ong-declarent-la-guerre-aux-mutilations-genitales_n_127947.html 11.6.2014






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