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Les Sérères se sont appauvris, par Tounkara


Rédigé par leral.net le Jeudi 15 Septembre 2016 à 14:21 | | 54 commentaire(s)|

Les Sérères se sont appauvris, par Tounkara
Une classification ethnique coloniale arbitraire a regroupé des populations entières sous des appellations quelconques. Dans le cas des Serer, l’ethnie désigne des individus habitant le Sine, le Saloum, le Baol et le Cayor naturels, correspondant respectivement aux régions actuelles de Fatick, Kaolack, Diourbel et Thiès.

Certains se comprennent parfaitement et partagent us et coutumes, tandis que d’autres ne se comprennent pas du tout et n’ont pas les mêmes us et coutumes. Par exemple, les Serer de Fatick sont une société hiérarchisée avec des castes tandis que ceux de Ndoutt sont une société égalitaire sans caste. Ils n’ont pas les mêmes coutumes et parlent des langues sans aucune compréhension mutuelle.

Cependant, les Serer partagent l’enfoncement dans les méandres de la pauvreté. La pauvreté s’est accrue au Sénégal de 2000 à 2012, plus de la moitié de la population étant pauvre, selon l’ANSD. Une bonne part de ces gens qui manquent de tout sont en pays Serer pour trois raisons bien objectives.

En premier lieu viennent les difficultés liées aux principaux moyens de subsistance naturels chez les Serer, que sont l’agriculture et la pêche. La monoculture et la monoproduction arachidières ont appauvri les sols, qui donnent des rendements de plus en plus faibles ; les moyens de production sont largement restés ancestraux et archaïques : houe, daba, traction animale. L’autosuffisance en mil n’a jamais été atteint pour les mêmes raisons.

Les Serer Nyominka qui s’adonnent à la pêche subissent de plein fouet les contrecoups de la surpêche industrielle et de la vétusté de leurs pirogues et filets, qui sont d’un autre âge.

Ensuite, vient la catastrophique exode rurale. La pauvreté en campagne chasse les Serer qui vont chercher de meilleurs moyens d’existence en ville. Là, ils se contentent, dans leur vaste majorité, d’être des employées de maison pour les femmes et des tâcherons (manœuvres, charretiers, gardiens) pour les hommes. Les revenus générés sont insignifiants et ne permettent aucun investissement valorisant dans les contrées natales. Aucune employée de maison ni aucun tâcheron Serer ne sera jamais capable d’apporter de la valeur ajoutée dans son village natal car n’en aura jamais les moyens.

Enfin, vient le manque de solidarité. Les Serer ne s’entraident pas, ne font rien pour s’enrichir mutuellement ou féconder leur terre natale. Il y a de rarissimes cas comme le docteur Serigne Diop qui a construit le lycée de Sandiara ou le « Doctor » Tékhèye Diouf qui a initié et géré l’unité psychiatrique dotée de maternité de Niakhar. Malgré les innombrables cadres bien formés, les communautés Serer n’ont aucune homogénéité ou solidarité commune dans l’investissement et le développement. Le Serer n’aide pas son parent Serer ou ne construit rien dans son village natal pour des raisons de peur mystique complètement infondées et insensées. « Vous risquez de mourir prématurément si vous montrez vos capacités ou possibilités aux autres », pensent-ils.

Les Serer se sont appauvris malgré leurs formidables ressources naturelles car ils n’ont pas su adapter leurs moyens d’existence à la modernité, leurs hommes et femmes ne sont pas pourvoyeurs de valeur ajoutée pour leurs terroirs et ils ne sont pas solidaires. C’est aux Serer de briser ce maudit « Signe Serer ».

Mamadou Sy Tounkara






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