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«Les alliés doivent sortir ensemble d'Afghanistan»

le 19 Mai 2012 à 08:31 | Lu 624 fois

Jim Townsend, en charge de l'Otan au Pentagone, rappelle à François Hollande la responsabilité des engagements français.


«Les alliés doivent sortir ensemble d'Afghanistan»
Dans une interview au Figaro, le sous-secrétaire à la Défense en charge de l'Otan et de l'Europe, Jim Townsend, vante le rôle de la France et exprime son souhait de la voir maintenir des troupes de formation aux côtés de ses alliés.

LE FIGARO. - Quelles sont les priorités américaines pour le sommet de Chicago?

Jim TOWNSEND. - L'Afghanistan sera bien sûr le gros sujet de ce sommet de l'Alliance. Il ne s'agit pas de retrait, il s'agit de réaliser la transition de notre mission à l'armée afghane. À Lisbonne, l'Alliance a décidé d'un plan, qui consiste à permettre aux forces de sécurité afghanes de prendre la relève de nos troupes après 2014. Nous avons beaucoup travaillé depuis pour organiser cette transition, district par district. Les forces de la coalition se replient sur un rôle de soutien et de formation. Vous verrez donc à Chicago un plan stratégique qui reflétera cette transition, mais qui dira clairement aux Afghans: l'Otan n'abandonne pas l'Afghanistan, nous allons avoir une présence durable, essentiellement dans un rôle de formateurs.

Qui va rester? Et dans quel format?

Les États-Unis viennent de signer un partenariat stratégique avec le président Karzaï. Nicolas Sarkozy avait fait de même, ainsi que les Allemands. À Chicago, nous mettrons en place le cadre stratégique de ce que sera notre présence après 2014, tout en continuant à travailler sur les détails des contributions nationales, en hommes et en financements.

La promesse faite par François Hollande de retirer les troupes françaises
en décembre prochain est-elle un gros souci pour les Américains?

Il a fait cette promesse pendant sa campagne. Mais celui qui devient président doit confronter ses promesses à la réalité. À Chicago, l'un des messages les plus importants que l'Alliance souhaite faire passer - et qui a été jusqu'ici celui des gouvernements américain et français - est le suivant: nous sommes entrés ensemble, nous devons sortir ensemble. Le président Hollande, je pense, parlait des forces de combat, pas de toutes les forces françaises. C'est à lui de décider, mais il va devoir réfléchir au rôle qu'il veut voir jouer par la France dans l'Otan, à la manière dont il veut que ses alliés le perçoivent et perçoivent le rôle de la France en Afghanistan. L'investissement que les Français ont fait là-bas a été très important, et de grands progrès ont été faits, dont les forces françaises peuvent être très fières. Il est absolument crucial de s'assurer que le passage de témoin se passe bien et que les Afghans soient prêts en 2014. M. Hollande va réaliser tout ce qui a été fait par la France et à quel point nous dépendons de la France pour le succès de l'Alliance. Nous espérons qu'il comprendra que le message que doit envoyer Chicago est capital pour l'Otan.

Vous espérez donc toujours un compromis permettant à certaines troupes de rester?

Je ne vais pas spéculer sur les intentions du président Hollande. Mais je veux souligner que ce sommet marque son entrée en scène, et je pense qu'il va donc réfléchir. Il arrive alors qu'un gros travail a été fait depuis longtemps par de nombreux officiels français. Il doit décider, en mode accéléré, sur des sujets difficiles. J'imagine que ses conseillers ne dorment pas beaucoup en ce moment.

Comment assurer les missions de l'Alliance en période de diète budgétaire?

C'est l'un des gros sujets pour l'Alliance. Chicago se concentrera sur la manière d'aider les pays qui ont des problèmes financiers à conjuguer leurs capacités militaires avec d'autres nations, pour resserrer les coûts. Le général français Abrial, l'un des commandants suprêmes de l'Otan, a beaucoup travaillé sur ce concept pour préparer Chicago. La ­France, dans cette période de contrainte budgétaire, est un allié particulièrement précieux, car elle reste l'une des grandes nations militaires, avec un budget de défense substantiel. On l'a vu en Libye. Bien sûr, nous avons identifié des lacunes de l'Alliance pendant l'opération libyenne, notamment dans les matériels de renseignement électroniques. L'idée est d'acquérir ces capacités en commun en période d'austérité.


Par Laure Mandeville